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Gouvernance des entreprises publiques : L’UNEP engage une réforme managériale au long cours

La réunion du Conseil national de l’UNEP, lundi à Alger, n’est pas un événement isolé : elle s’inscrit dans une démarche globale, patiente et déterminée, de refonte en profondeur de la gouvernance du secteur public marchand, désormais explicitement orientée vers la performance et la création de valeur.

Il aura fallu trente ans de tâtonnements, de dissolution de structures, de création de nouvelles entités et de réformes inabouties pour que l’Algérie finisse par nommer clairement le mal qui ronge son secteur public économique : l’absence d’une gouvernance d’entreprise digne de ce nom. La réunion du Conseil national de l’Union nationale des entrepreneurs publics (UNEP), tenue lundi au siège de la Banque nationale de l’Habitat à Alger, marque une étape supplémentaire dans ce que les économistes et les décideurs publics appellent désormais, sans détour, la « transformation managériale » des entreprises publiques économiques (EPE).

L’histoire de la gouvernance du secteur public algérien est celle d’une quête inachevée. Après le démantèlement des grandes sociétés nationales au tournant des années 1980 et l’autonomie des entreprises consacrée par les lois de 1988, l’Algérie a traversé une série de reconfigurations institutionnelles qui ont davantage redistribué les organigrammes qu’elles n’ont transformé les pratiques. Les Sociétés de gestion des participations (SGP), créées au début des années 2000 pour remplacer les holdings, ont elles-mêmes été dissoutes en 2015, avant que le balancier ne reparte dans l’autre sens. Chaque cycle a produit ses propres instruments sans jamais trancher la question centrale : à quoi sert une entreprise publique, et comment mesure-t-on sa performance ?

C’est précisément cette question que la démarche actuelle entend enfin résoudre. Depuis la révision constitutionnelle de 2020 et les orientations du Plan d’action du gouvernement qui ont suivi, un consensus s’est progressivement forgé autour d’une doctrine claire : l’entreprise publique doit obéir à une logique économique, produire de la valeur, et rendre des comptes. Non plus seulement à l’État actionnaire au sens administratif du terme, mais à la collectivité nationale au sens économique.

C’est dans ce contexte de long terme que s’inscrit la réunion de lundi. Le communiqué de l’UNEP le dit sans ambages : les membres du Conseil sont revenus sur « la contribution de l’Union aux réflexions nationales relatives à la restructuration du secteur public marchand, réaffirmant la nécessité d’une approche fondée sur la performance, l’efficacité économique et la création de valeur ». Trois mots — performance, efficacité, valeur — qui constituent en réalité un changement de paradigme complet par rapport à la culture de la gestion administrée qui a longtemps prévalu.

L’UNEP n’est pas un spectateur de cette transformation. Créée pour fédérer les dirigeants des entreprises publiques, elle s’est progressivement imposée comme une force de proposition dans le débat sur la réforme économique, dialoguant avec les pouvoirs publics, contribuant aux concertations sectorielles et portant la voix d’un patronat public qui revendique désormais son identité d’acteur économique à part entière. La mise en conformité de ses statuts avec la loi n° 23-02 du 25 avril 2023 relative à l’exercice du droit syndical, actée lors de cette réunion, et l’élargissement de son bureau de 12 à 15 membres, participent de cette montée en puissance institutionnelle.

La formation des dirigeants, nerf de la guerre

Mais c’est sans doute sur la question de la formation que la réunion de lundi livre son message le plus structurant. Le Conseil a en effet « accordé une attention particulière à la formation des membres des conseils d’administration et des cadres dirigeants, érigée en axe stratégique prioritaire, notamment en vue de sécuriser l’acte de gestion et de promouvoir une gouvernance moderne orientée vers les résultats », selon le communiqué. La formule « sécuriser l’acte de gestion » mérite qu’on s’y arrête : elle traduit la prise de conscience que des dirigeants mal formés aux règles de la gouvernance d’entreprise sont exposés à des risques juridiques réels, et que leurs entreprises le sont tout autant. Le président de l’UNEP, Ahmed Belayat, a été explicite sur les enjeux : « le renforcement des compétences et la valorisation du capital humain constituent des leviers déterminants pour accompagner les transformations économiques en cours et améliorer durablement la performance des entreprises publiques ». Une conviction qui rejoint les recommandations formulées de longue date par le Conseil national économique et social (CNES) et les experts qui ont planché sur la réforme de la gouvernance des EPE : sans dirigeants formés aux standards modernes du management et de la gouvernance d’entreprise — conseil d’administration, audit interne, contrôle de gestion, reporting financier —, aucune réforme structurelle ne peut produire ses effets.

Le rapprochement public-privé, signal fort

L’autre signal fort de cette réunion est la convention de partenariat signée entre l’UNEP et le CREA, organisation représentative du patronat privé. Ce rapprochement, que le communiqué présente comme « une volonté commune de structurer un dialogue inter-patronal renforcé au service de l’économie nationale », est porteur d’une signification qui dépasse le cadre protocolaire. Il acte symboliquement la fin d’une frontière longtemps étanche entre deux mondes qui se regardaient en chiens de faïence : celui des entreprises publiques, protégées mais contraintes, et celui des entreprises privées, libres mais souvent marginalisées dans les grands équilibres économiques nationaux. À l’heure où l’Algérie cherche à diversifier son économie, à réduire sa dépendance à la rente hydrocarbure et à développer un tissu industriel compétitif, cette convergence entre patronat public et privé pourrait constituer un levier de cohérence inédit. Elle suppose néanmoins que les deux parties acceptent de jouer sur un terrain commun : celui de la compétition, de la complémentarité et, in fine, de la performance mesurable. Le Conseil national de l’UNEP a conclu ses travaux en réaffirmant « l’engagement de l’Union à contribuer à la mise en œuvre des réformes structurelles et à œuvrer pour une économie nationale plus performante, diversifiée et créatrice de valeur ».

Amar Malki

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