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Attentats de Madrid 2004 : Un ancien ministre espagnol met en cause les services secrets marocains

Federico Trillo, ancien ministre de la Défense du gouvernement Aznar, a formulé des accusations graves contre les services de renseignement marocains.

Vingt ans après les attentats du 11 mars 2004 à Madrid — 191 morts, 2 000 blessés, la plus meurtrière attaque terroriste de l’histoire espagnole — l’affaire ressurgit avec une brutalité inattendue. Federico Trillo, ancien ministre de la Défense du gouvernement Aznar, a formulé des accusations graves contre les services de renseignement marocains lors de la présentation de ses mémoires, intitulées Recuerdos de ayer mismo («Souvenirs d’hier»).

Dans ces déclarations rendues publiques le 22 avril 2026, Trillo affirme que les auteurs des attentats formaient « un commando marocain suspect » et que l’opération s’est déroulée « en coordination entre les services de renseignement marocains et ceux d’un État européen ». Des propos qui, dans la bouche d’un ancien responsable de haut rang ayant eu accès aux dossiers les plus sensibles de l’État espagnol, prennent un relief particulier. L’ancien ministre va plus loin. Il évoque des hypothèses qui circulent, selon lui, dans certains milieux des services occidentaux : les réseaux impliqués dans les attentats « ne se déplaçaient pas de façon indépendante », mais s’inscrivaient dans « des coordinations plus larges pouvant impliquer plusieurs parties ». Les exécutants, insiste-t-il, « venaient effectivement du Maroc ».

Ces révélations interviennent dans un contexte diplomatique déjà tendu entre Madrid et Rabat. Ces derniers mois, plusieurs responsables espagnols ont ouvertement exprimé leurs inquiétudes quant à la posture du Maroc vis-à-vis de l’Espagne. Certains considèrent que le régime de Rabat « constitue une menace sérieuse pour la sécurité de l’Espagne » — une formulation qui, si elle venait à être confortée par des éléments probants sur le rôle des services marocains dans le 11-M, rendrait difficilement soutenable la politique actuelle de Madrid envers son voisin du sud.

Car c’est bien là l’enjeu politique de ces déclarations : elles pourraient nourrir des appels à une révision en profondeur de la relation hispano-marocaine, que ses critiques jugent depuis longtemps trop complaisante. Les deux pays ont, après plusieurs années de crise, normalisé leurs relations en 2022. Mais la question du prix politique de cette normalisation n’a jamais vraiment été soldée. Il convient de rappeler le contexte judiciaire : en Espagne, la justice a condamné plusieurs membres d’une cellule terroriste liée à Al-Qaïda pour les attentats du 11-M. La piste d’une implication des services marocains n’a jamais été formellement établie par les tribunaux espagnols. Trillo ne prétend pas livrer des preuves ; il dit ce qu’il croit, et ce qu’il a entendu dans les couloirs du renseignement occidental.

Reste que la parole d’un ancien ministre de la Défense n’est pas celle d’un commentateur anonyme. Elle porte le poids d’une fonction, d’un accès, d’une responsabilité passée. Et dans le débat espagnol sur le Maroc — déjà avivé par le dossier du Sahara occidental, les pressions migratoires instrumentalisées par Rabat en 2021, ou les révélations sur l’espionnage via le logiciel Pegasus — elle risque de ne pas passer inaperçue.

Lyes S.

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