Aïn Témouchent accueille la 2e édition des Journées Syphax : Hommage à Kelthoum
Seize films, trois jours de compétition, cinquante jeunes cinéastes en formation et un hommage à l’une des plus grandes actrices de l’histoire du cinéma algérien : la ville d’Aïn Témouchent s’apprête à vivre, à partir de jeudi 24 avril, une édition des Journées Syphax du film documentaire qui dépasse largement le cadre d’un événement régional. La manifestation, qui en est à sa deuxième édition, est organisée par l’association culturelle Adab wa Fan dans le cadre des projets soutenus par le ministère de la Culture et des Arts. Abdelali Goudid, directeur de la Culture et des Arts de la wilaya, a précisé que les seize films en compétition sont tous l’œuvre de cinéastes algériens, qui concourront pendant trois jours pour décrocher le titre de cette édition. Une sélection qui dit quelque chose de l’état du documentaire national : nombreux, divers, et visiblement décidés à exister sur une scène qui leur est enfin dédiée. Mais ce qui distingue cette édition de bien des festivals régionaux, c’est la fenêtre ouverte sur les nouvelles technologies. Quatre films supplémentaires, réalisés à l’aide de l’intelligence artificielle, seront projetés hors compétition. Une programmation qui ne relève pas du gadget : elle acte, en plein cœur de l’Oranie, que la question des outils de création est désormais incontournable dans le débat cinématographique algérien.
La dimension pédagogique n’est pas en reste. Cinquante jeunes venus de différentes wilayas du pays bénéficieront d’un master class encadré par le réalisateur Djilali Biskri, accompagné d’enseignants et de techniciens spécialisés. « Cette édition constituera une opportunité de formation pour 50 jeunes », a souligné Goudid, insistant sur la vocation structurante de l’événement au-delà de la seule programmation. Former les regards autant que les projeter : c’est peut-être là le pari le plus ambitieux des Journées Syphax.
L’édition 2026 portera le nom de Aïcha Adjouri, connue sous son nom de scène Kelthoum, disparue il y a quelques années et restée dans les mémoires comme l’une des figures tutélaires du septième art algérien. Le coordinateur de la manifestation, le réalisateur Salah Boufalah, a tenu à expliquer ce choix : cette édition sera placée « sous le nom de la défunte actrice Aïcha Adjouri, connue artistiquement sous le nom de Kelthoum, en hommage à sa riche carrière cinématographique marquée par sa participation à plus de 70 films, où elle s’est imposée comme une figure majeure du cinéma algérien. » Un hommage qui n’est pas seulement mémoriel : il rappelle à une jeune génération de cinéastes que le cinéma algérien a une histoire, une profondeur, des visages qui méritent d’être transmis.
En toile de fond de cet événement, une dynamique de fond dans la wilaya. Goudid a évoqué la stratégie sectorielle en cours : une étude a été lancée cette année pour la réhabilitation de la salle de cinéma de la commune d’El Malah, qui deviendra la troisième salle de la wilaya, après les ouvertures récentes des salles Soummam et Fellaoucene à Aïn Témouchent même. Trois salles en activité ou en chantier dans une wilaya de taille moyenne — le signal est clair : le retour du cinéma dans les villes algériennes n’est plus un vœu pieux, c’est un chantier concret, pierre après pierre. Les Journées Syphax — dont le nom évoque Syphax, roi berbère de Numidie dont le territoire englobait cette région de l’Oranie antique — ancrent ainsi leur ambition dans une double fidélité : à la mémoire d’un territoire et à l’avenir d’un cinéma qui cherche, manifestement, à reprendre toute sa place.
M.S.

