Culture

Colloque à Alger sur la dimension africaine dans la production culturelle algérienne : Des ponts entre les peuples africains

Samedi à Alger, au Palais de la culture Moufdi Zakaria, des chercheurs, des intellectuels et des représentants d’institutions culturelles se sont réunis pour se pencher sur la part africaine dans la culture algérienne. Le colloque national organisé par la Fondation internationale pour la jeunesse et l’enfance, sous le patronage du ministère de la Culture et des Arts, a ouvert sur une conviction forte, formulée par le président de la Fondation, Ishak Ibn Kayem Kenouna. Pour lui, tenir ce genre de rencontre n’est pas un exercice académique parmi d’autres. « La communication culturelle est un fondement essentiel pour construire la conscience et raffermir les liens humains », a-t-il dit en ouverture, précisant que ce colloque « traduit la vision de la Fondation, qui fait de la culture une base solide de communication entre les jeunes élites africaines ». Il a insisté sur ce qu’il considère comme une évidence trop peu revendiquée : « L’identité algérienne s’étend avec ses racines profondes dans le continent africain », et « l’art et la littérature sont deux ponts qui lient les peuples africains ». Salah Belaïd, président du Haut Conseil de la langue arabe, a prolongé cette réflexion en l’ancrant dans le domaine de la création intellectuelle et scientifique. La dimension africaine de la culture algérienne, a-t-il rappelé, « s’exprime dans plusieurs domaines de créativité », et l’Algérie joue selon lui « un rôle pionnier dans le renforcement des liens culturels et historiques au sein du continent africain ». Il a aussi abordé la question des élites, qu’il voit comme « un pilier fondamental pour construire l’avenir du continent et son rayonnement ». Mais c’est sur la langue et l’identité qu’il a été le plus direct, insistant sur « la nécessité d’investir dans la créativité humaine et de promouvoir la production intellectuelle africaine à travers le monde, dans le cadre des événements culturels internationaux ». À ses yeux, la jeune génération porte « une responsabilité historique » : celle de continuer un chemin tracé par des prédécesseurs qui ont fait de la culture un outil de résistance autant que de rayonnement.

Les communications présentées au cours de la journée ont illustré concrètement ces prises de position. L’une des interventions portait sur « l’écriture coloniale et les manifestations de la dimension africaine dans le discours littéraire algérien » — un angle qui permet de relire des textes connus sous un éclairage différent, en y repérant les traces d’une appartenance continentale que la période coloniale avait tenté d’effacer ou d’ignorer. Une autre communication s’est penchée sur « le rôle des élites culturelles dans le renforcement de l’unité nationale et des valeurs partagées entre l’Algérie et les pays africains », questionnant la responsabilité de ceux qui écrivent, pensent et créent dans la construction d’une solidarité africaine qui ne soit pas seulement diplomatique.

Ce que le colloque met en lumière, au fond, c’est un paradoxe : l’Algérie entretient depuis l’indépendance une relation intense avec le reste du continent — Alger fut l’un des foyers du panafricanisme, un refuge pour les mouvements de libération, un carrefour de la pensée tiers-mondiste — mais cette histoire reste peu intégrée dans le récit culturel dominant. On parle volontiers des influences arabes, berbères, méditerranéennes. La dimension africaine, elle, est souvent traitée en marge, comme si elle relevait de la géographie plus que de l’identité. C’est précisément ce déséquilibre que la Fondation internationale pour la jeunesse et l’enfance cherche à corriger, en plaçant les jeunes élites au centre du dispositif. L’idée n’est pas de revisiter le passé pour le seul plaisir de l’archéologie intellectuelle, mais d’alimenter un dialogue vivant entre générations et entre pays. Le colloque de samedi s’inscrit dans cette logique : mettre des mots sur des liens qui existent, leur donner une visibilité, et confier aux plus jeunes la charge de les prolonger.

Mohand S.

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