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L’Europe sanctionne des colons en Cisjordanie : Trop peu, trop tard

Bruxelles a fini par agir. Les ministres des Affaires étrangères des vingt-sept pays membres de l’Union européenne ont approuvé lundi de nouvelles sanctions contre des colons sionistes responsables de violences contre des Palestiniens en Cisjordanie occupée. Gel des avoirs en Europe, interdiction d’entrée sur le territoire de l’UE : les mesures sont arrêtées. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a annoncé la décision sur les réseaux sociaux avec une formule qui résume à elle seule l’aveu d’un long immobilisme : « Il était grand temps de passer de l’impasse à l’action. » Une décision officielle des Vingt-Sept reste néanmoins nécessaire pour que les sanctions entrent formellement en vigueur.

Cette annonce n’est pas tombée de nulle part. Le dossier était gelé depuis des mois au sein des instances européennes, paralysé par des divergences entre États membres. Pendant ce temps, les violences des colons en Cisjordanie occupée n’ont cessé de s’aggraver. Meurtres de civils, incendies de maisons et de cultures, confiscation de terres, déplacements forcés de communautés entières : la réalité du terrain a continué à s’alourdir, sans que Bruxelles ne passe à l’acte.

Le déblocage intervient dans un contexte de pression croissante sur les capitales européennes, à mesure que les rapports d’organisations internationales et de témoignages directs documentent l’ampleur de ce qui se passe en Cisjordanie. Les chiffres publiés mardi par l’Unicef ont rappelé, s’il en était besoin, ce que cette inaction a coûté : depuis janvier 2025, au moins 70 enfants palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée, soit en moyenne un enfant par semaine. 850 autres ont été blessés sur la même période. Le porte-parole de l’agence onusienne, James Elder, a précisé que 93 % de ces enfants ont été tués par les forces sionistes, « la plupart par des balles réelles ».

Du côté palestinien, la décision européenne a été accueillie sans enthousiasme excessif. Le président du Conseil national palestinien, Rawhi Fattouh, l’a saluée depuis Ramallah tout en la qualifiant de « reconnaissance tardive de la gravité du projet colonial ainsi que des crimes de meurtre et du terrorisme organisé commis par les colons contre le peuple palestinien en Cisjordanie occupée ». La formule est mesurée, mais le fond est sans ambiguïté.

Fattouh a insisté sur un point que les capitales occidentales ont longtemps évité de formuler clairement : les attaques des colons « ne relèvent plus d’actes individuels ». Elles constituent, selon lui, « un terrorisme organisé mené en partenariat total » avec les autorités d’occupation, qui fournissent aux colons des armes, une protection militaire et politique, ainsi qu’une couverture juridique. Il a cité nommément les zones les plus touchées : la vallée du Jourdain, Masafer Yatta, le sud d’El-Khalil, territoires où les expulsions et destructions se sont multipliées ces derniers mois.

Le dirigeant palestinien a appelé l’UE à ne pas s’arrêter aux associations et organisations coloniales dans ses sanctions, mais à viser directement les responsables sionistes qui incitent, financent et organisent la colonisation.

Ces développements en Cisjordanie s’inscrivent dans un tableau plus large que les chiffres rendent insupportable. À Ghaza, les autorités sanitaires palestiniennes ont communiqué mardi un nouveau bilan de l’agression sioniste depuis le 7 octobre 2023 : 72.742 martyrs et 172.565 blessés, en majorité des femmes et des enfants. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre dernier, 856 Palestiniens ont encore été tués et 2.463 autres blessés. Les corps de 770 martyrs ont été récupérés. De nombreuses victimes se trouvent toujours sous les décombres.

Ces données, transmises par les autorités sanitaires de Ghaza, donnent la mesure de ce que représente concrètement l’agression sioniste au quotidien, au moment où Bruxelles annonce des sanctions qui, selon l’Unicef, auraient dû être accompagnées d’une pression politique ferme des États membres « disposant d’une influence » pour garantir le respect du droit international.

La décision de l’UE est réelle. Elle n’est pas symbolique au sens strict du terme : le gel d’avoirs et l’interdiction de territoire ont des effets concrets pour les personnes visées. Mais son périmètre reste étroit. Elle cible des colons individuels, pas les structures étatiques qui organisent et financent la colonisation. Elle ne remet pas en cause les accords commerciaux entre l’UE et l’entité sioniste. Elle ne touche pas aux exportations d’armements que plusieurs États membres continuent d’autoriser. Kaja Kallas a parlé de la nécessité de « passer à l’action ». Ce premier pas, après des mois de blocage, montre que la pression peut produire des résultats. Il montre aussi jusqu’où cette pression ne va pas encore.

L.S.

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