Théâtre et cinéma : L’École supérieure des professeurs de Bouzaréah tisse ses réseaux
Le 19 mai, journée symbolique des étudiants, l’École supérieure des professeurs de Bouzaréah a signé deux accords de coopération avec le Théâtre national algérien et le Centre national du cinéma. Derrière les protocoles, une idée simple et longtemps négligée : l’université algérienne a besoin du théâtre et du cinéma autant qu’ils ont besoin d’elle.
Le premier accord a été signé par le directeur de l’École, Mohamed Brich Abdelmonem, et le directeur général du Théâtre national algérien, Mohamed Yahiaoui. Son objectif est de «bâtir un partenariat pédagogique et technique qui permette à l’université de s’ouvrir à l’expérience de terrain du théâtre», tout en permettant au Théâtre national de «bénéficier du capital critique et de recherche de l’université en vue de développer la qualité de la formation artistique». Concrètement, cela se traduira par des stages pour les étudiants en arts, des ateliers de jeu et de scénographie, et une collaboration entre le Théâtre national et les laboratoires universitaires spécialisés en arts, lettres, histoire et anthropologie. Les chantiers envisagés touchent à la mémoire théâtrale, à l’esthétique de la représentation, aux archives et aux fonds audiovisuels. Ce n’est pas anodin : le Théâtre national algérien, fondé en 1963, porte une histoire considérable, et une grande partie de cette mémoire reste peu documentée, peu étudiée, peu transmise.
Le second accord, signé entre Brich Abdelmonem et le directeur général du Centre national du cinéma, Mourad Chouihi, porte sur la coordination entre les deux institutions dans le domaine des activités cinématographiques, l’accès aux compétences des enseignants de l’École et l’organisation d’ateliers de formation pour les cadres. Des visites culturelles au Centre sont aussi prévues, ainsi que des projections de films algériens à destination des étudiants. Ce volet-là est peut-être le plus immédiat dans ses effets : combien d’étudiants algériens, même en filières artistiques, ont-ils vraiment accès au cinéma national dans leur parcours de formation? Peu, en réalité.
Mohamed Brich Abdelmonem a tenu à rappeler la charge symbolique de la date choisie. Le 19 mai, a-t-il souligné, est «une étape charnière dans l’histoire de la Révolution de libération, qui illustre la contribution des étudiants à son soutien». Il a aussi précisé que ces signatures constituent «un renouvellement de l’accord cinéma conclu en 2021 et de l’accord théâtre signé en 2018, qui procèdent tous deux d’une vision stratégique commune visant à réhabiliter l’acte théâtral et cinématographique au sein de l’espace universitaire pour produire la connaissance esthétique et affiner les talents». Les deux accords ne partent donc pas de zéro : ils actualisent des engagements antérieurs, ce qui suggère que les premières moutures ont produit suffisamment de résultats pour mériter d’être reconduites.
Mohamed Yahiaoui a, de son côté, replacé le renouvellement de l’accord dans le cadre du programme «Le théâtre au sein de l’université», initiative commune aux ministères de l’Enseignement supérieur et de la Culture. Pour lui, «le théâtre est un véritable laboratoire de production de la connaissance esthétique et de forgeage des compétences créatives». La formule est belle, et elle dit quelque chose que les cursus universitaires classiques ont parfois du mal à admettre : la scène forme aussi, autrement, avec une exigence que le cours magistral n’a pas toujours.
Mourad Chouihi a insisté sur le «rôle éducatif du cinéma en milieu universitaire», sur le développement du sens esthétique des étudiants et sur l’accompagnement des ciné-clubs universitaires. Ces clubs, présents dans de nombreuses facultés algériennes, ont longtemps fonctionné avec des moyens dérisoires. Le soutien en équipements et en ressources évoqué dans l’accord pourrait changer la donne pour des étudiants qui, souvent, découvrent Lakhdar-Hamina ou Merzak Allouache sur un écran d’ordinateur faute d’autre option.
Mohand S.

