Culture

Algérie-Tchéquie : Un pont entre deux cinémas

Alger et Prague ont signé un accord académique inédit entre leurs écoles de cinéma, le 19 mai, jour anniversaire de la Journée nationale de l’étudiant.

C’est une date symbolique qu’ils n’ont pas choisie par hasard. Le 19 mai, jour où l’Algérie commémore soixante-dix ans de la Journée nationale de l’étudiant, l’Institut national supérieur du cinéma Mohamed-Lakhdar-Hamina et la FAMU — l’École du cinéma et de la télévision de l’Académie des arts du spectacle de Prague — ont signé un mémorandum d’entente au Palais de la culture Moufdi-Zakaria, à Alger. Deux institutions, deux histoires, un pari commun : former ensemble la prochaine génération de cinéastes. La cérémonie s’est tenue sous la supervision de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, en présence de l’ambassadeur tchèque en Algérie, Jan Czerny, et du directeur de l’Institut supérieur du cinéma, Bachir Bensalem. Autour d’eux, les directeurs des écoles et instituts relevant du ministère. Un parterre institutionnel, certes, mais l’événement mérite qu’on s’y attarde, car la FAMU n’est pas n’importe quelle école. Fondée en 1946 à Prague, elle a formé des générations de cinéastes d’Europe centrale et figure depuis des décennies parmi les références mondiales de l’enseignement cinématographique. C’est là qu’ont étudié, entre autres, des réalisateurs du Nouveau Cinéma tchèque des années soixante, ce mouvement qui a secoué les festivals internationaux bien avant la chute du rideau de fer.

Malika Bendouda a salué l’accord conclu avec l’«une des plus anciens et prestigieux établissements mondiaux dans le domaine de la formation cinématographique et audiovisuelle». Pour la ministre, l’enjeu est clair : «développer la formation dans les domaines du cinéma et de l’audiovisuel et rehausser le niveau de la performance artistique et académique à travers l’échange d’expertises professionnelles entre les deux pays». Elle y voit surtout «une étape qualitative» dans la coopération culturelle algéro-tchèque, qui «ouvre des perspectives prometteuses aux étudiants et enseignants pour bénéficier d’une expérience académique de renommée mondiale».

Concrètement, le mémorandum prévoit des ateliers de formation, des conférences spécialisées, des projets artistiques et de recherche conjoints, ainsi que des échanges de ressources pédagogiques. Bachir Bensalem, directeur de l’Institut Lakhdar-Hamina, a précisé que l’accord vise à «développer les compétences cinématographiques algériennes à travers l’échange d’expertises académiques, les visites estudiantines et l’enseignement conjoint». Il a aussi évoqué l’ambition de «moderniser les programmes pédagogiques et la production audiovisuelle» et, surtout, de «contribuer à la vulgarisation du cinéma algérien à Prague et dans le monde, à travers l’organisation de semaines cinématographiques mutuelles». Ce dernier point est peut-être le plus intéressant : le cinéma algérien, riche d’une tradition documentaire et fictionnelle solide depuis l’indépendance, reste peu diffusé hors des frontières arabes et africaines. Une semaine algérienne à Prague, c’est une fenêtre vers un public d’Europe centrale qui connaît encore peu Lakhdar-Hamina, Mohamed Chouikh ou Tariq Teguia.

Jan Czerny, l’ambassadeur tchèque, a insisté sur la dimension humaine de l’accord : il s’agit de «faciliter l’échange des expertises, des étudiants et des enseignants entre les instituts spécialisés dans les deux pays». Il a aussi mentionné un volet moins attendu du partenariat : «renforcer les liens de créativité, développer les compétences des jeunes dans les arts des bandes dessinées, de la conception numérique et de l’industrie des jeux, et ouvrir de nouvelles perspectives pour les projets cinématographiques communs». L’irruption du jeu vidéo et du design numérique dans un accord centré sur le cinéma dit quelque chose sur la façon dont les formations artistiques évoluent : les frontières entre les disciplines bougent, et les deux écoles semblent vouloir accompagner ce mouvement plutôt que de l’ignorer.

En marge de la signature, la journée a été marquée par des représentations visuelles et musicales d’étudiants des instituts culturels, ainsi qu’un atelier de dessin.

Mohand Seghir

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