Aïd El-Adha : L’État sonne une mobilisation tous azimut
À 48 heures de l’Aïd El-Adha, l’ensemble de l’appareil d’État est sur le pied de guerre. Eau potable, carburant, transport, nettoiement, approvisionnement des marchés : chaque secteur a son plan, ses équipes de permanence et ses instructions venues d’en haut.
Le ministère de l’Intérieur a donné le ton lundi dans un communiqué, les opérateurs publics ont suivi. Le tableau d’ensemble est celui d’une mobilisation nationale inédite dans son affichage, même si les défis restent, année après année, les mêmes. « En application des instructions du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, M. Saïd Sayoud, visant à assurer la pleine mobilisation de l’ensemble des structures et services publics durant cette fête religieuse, les autorités locales à travers les différentes wilayas du pays ont entamé la mise en œuvre de plans spéciaux destinés à garantir la continuité des services publics et à assurer les conditions adéquates aux citoyens», a indiqué un communiqué du ministère de l’Intérieur. En somme, les walis ont reçu leurs feuilles de route et ont commencé à les exécuter. Sur le terrain, cela se traduit par un surcroît de visites et de réunions de coordination. Les walis « ont intensifié leurs visites de terrain et leurs réunions de coordination, en présence des autorités sécuritaires et des directeurs des instances exécutives concernées, afin de s’enquérir du niveau de préparation des différents services et des moyens mobilisés ».
L’eau et l’énergie, le nerf de la fête
L’abattage du mouton, c’est des millions de litres d’eau en quelques heures. Le ministère de l’Intérieur l’a intégré dans ses plans : des mesures spécifiques ont été prises pour « garantir un approvisionnement régulier en eau durant les jours de l’Aïd, en prévision de la hausse de la demande due à l’abattage des moutons, et la continuité de l’approvisionnement en électricité et en gaz, avec la mobilisation des équipes techniques pour intervenir rapidement et parer à tout imprévu ».
L’Algérienne des Eaux (ADE) avait anticipé en publiant son propre communiqué dès le 18 mai. Le dispositif qu’elle décrit est précis : remplissage progressif des réservoirs à travers les différentes wilayas, dont la capacité globale de stockage est estimée « à près de 8 millions de mètres cubes », lancement de campagnes de réparation des fuites, vérification des stations de pompage et des groupes électrogènes de secours. Des équipes de permanence seront mobilisées « jour et nuit » et des camions-citernes déployés « immédiatement en cas de panne ou de perturbation ». L’ADE a également appelé les citoyens à « la rationalisation de la consommation de cette ressource vitale » — un appel récurrent, dont l’efficacité réelle reste difficile à mesurer.
Naftal, de son côté, a publié son communiqué habituel d’avant-fête, avec une promesse sans ambiguïté : « Durant les jours de l’Aïd El-Adha, à l’instar des autres jours de l’année, tous les produits pétroliers seront disponibles à travers l’ensemble de ses stations-service et points de vente 24h/24 sur tout le territoire national. » La société a précisé avoir pris « une série de mesures proactives » pour faire face à la hausse attendue de la demande en gaz butane, dont la consommation explose mécaniquement à l’occasion des abattages et des cuissons collectives.
Le métro d’Alger, lui, fonctionnera de 5h00 à 23h00. La Société d’exploitation du métro d’Alger (SEMA) a élaboré « un programme spécial des horaires d’exploitation », également en application des instructions du ministre Sayoud, pour « assurer des déplacements confortables et sécurisés aux voyageurs à travers les différentes lignes et stations ». Des agents d’exploitation et d’accueil seront mobilisés sur l’ensemble du réseau. Pour les autres wilayas, le ministère de l’Intérieur indique que « des programmes spécifiques ont été mis en place afin d’assurer la continuité des services de transport public, avec le renforcement de certaines lignes selon les besoins des citoyens ».
La question de l’approvisionnement des marchés est peut-être celle qui touche le plus directement les citoyens au quotidien. Le ministère du Commerce intérieur a chiffré le dispositif dès samedi : 53 771 commerçants mobilisés dans le cadre d’un programme de permanence couvrant l’ensemble du territoire. Le détail donne une idée de l’effort : 6 602 boulangeries, 28 663 commerçants actifs dans l’alimentaire général, les fruits et légumes, et 17 905 autres répartis dans divers secteurs d’activité.
À cela s’ajoutent 541 unités de production — 336 minoteries, 159 laiteries, 46 unités d’eau minérale — maintenues en activité pour éviter toute rupture dans la chaîne d’approvisionnement. Pour s’assurer du respect du programme, 2 684 agents de contrôle ont été déployés sur le terrain.
Déchets et peaux de moutons : l’autre défi logistique
Moins visible mais tout aussi concret, le volet nettoiement est également couvert. Les services communaux et les établissements de nettoiement ont élaboré leurs propres plans : mobilisation des agents et des équipements, enlèvement des déchets issus des sacrifices, nettoyage des quartiers, mise à disposition de « points de collecte des peaux des moutons sacrifiés » et prise en charge de leur transport dans des conditions appropriées. Des campagnes de sensibilisation ont été lancées pour inciter les citoyens à respecter les consignes d’élimination des déchets. Le message est chaque année le même — la gestion des abats et des peaux reste un point noir dans de nombreuses communes, notamment dans les quartiers denses.
Le dispositif est là, les communiqués sont nombreux, les chiffres sont précis. Le ministère de l’Intérieur assure que les mesures prises « dénotent le degré de mobilisation des différents services et organismes publics à travers l’ensemble du territoire national ».
Chokri Hafed

