Ghaza : L’étau de l’occupation se resserre, les enfants paient le prix
Alors que l’entité sioniste projette de prendre le contrôle de 70 % de la bande de Ghaza, l’UNICEF tire la sonnette d’alarme depuis Genève : entassée sur 40 % du territoire qui lui reste, la population civile — et les enfants en premier — vit dans des conditions sanitaires catastrophiques. Le bilan de l’agression génocidaire atteint désormais 72.938 martyrs et 172.919 blessés, depuis le 7 octobre 2023. Pendant ce temps, à Al-Qods-Est occupé, l’Union européenne dénonce une « dangereuse escalade » des expulsions et démolitions dans le quartier de Silwan.
Les chiffres parlent, mais les mots de Salim Oweis, porte-parole de l’UNICEF s’exprimant depuis Ghaza même devant des journalistes réunis à Genève, disent quelque chose que les statistiques peinent à contenir. « La population est entassée sur environ 40 % de l’espace qui lui reste, trouvant refuge au milieu de bâtiments détruits, de gravats et d’une accumulation croissante de déchets solides », a-t-il déclaré vendredi. « Il ne reste plus aucun espace accessible pour les évacuer. » Dans ce contexte, le projet sioniste d’étendre le contrôle militaire à 70 % du territoire de Ghaza n’est pas une abstraction géopolitique. C’est, selon l’UNICEF, une condamnation supplémentaire pour des enfants déjà à bout. Les conséquences de cette surpopulation forcée sont, selon Oweis, « largement visibles ». Les enfants souffrent d’infections respiratoires, de diarrhées aiguës. Plus de la moitié des foyers signalent des maladies de peau. « Les puces, les poux et la gale sont monnaie courante », a précisé le porte-parole, évoquant également de nombreux cas de rats mordant des enfants après s’être introduits dans les tentes et abris où s’entassent des centaines de milliers de déplacés. Ce tableau — des enfants mordus par des rats dans des tentes au milieu des décombres — n’est pas une métaphore. C’est la réalité documentée par les équipes de l’agence onusienne sur le terrain.
La situation hospitalière aggrave tout le reste. « Un nombre croissant d’enfants nécessitent une hospitalisation, alors qu’il n’existe plus un seul hôpital pleinement opérationnel dans toute la bande de Ghaza », a souligné Oweis. La surpopulation, a-t-il rappelé, « favorise davantage la propagation des maladies, met les infrastructures sous pression et réduit les services disponibles ». Si l’emprise territoriale sioniste s’étend comme prévu, cela « signifiera que nous perdrons l’accès à certains points de service, mais aussi à certaines zones difficiles d’accès », a-t-il averti. Conclusion sans détour : « cela ne fera qu’accroître les souffrances des enfants ».
Il faut rappeler que Ghaza souffrait déjà de surpopulation avant le 7 octobre 2023. Ce territoire de 360 km², l’un des plus densément peuplés au monde, supportait une pression démographique extrême avant même que l’agression génocidaire ne commence à détruire méthodiquement ses infrastructures, ses hôpitaux, ses réseaux d’eau et d’assainissement. Ce qui se passe aujourd’hui n’est donc pas le résultat d’un enchaînement de circonstances malheureuses. C’est le produit d’une politique délibérée.
À Al-Qods-Est occupé, la même logique de dépossession se poursuit, à une autre échelle mais avec la même constance. Le bureau du représentant de l’Union européenne en Palestine occupée a publié vendredi, en coordination avec les chefs des missions européennes à Al-Qods et à Ramallah, un communiqué dénonçant une « dangereuse escalade » des expulsions forcées et des démolitions dans le quartier de Silwan. Les chiffres avancés sont précis : plus de 50 familles palestiniennes, soit environ 300 personnes, ont été expulsées de leurs maisons au cours des 18 derniers mois dans les secteurs de Batn al-Hawa et Al-Bustan. Environ 200 habitations restent menacées d’expulsion ou de démolition imminente.
L’UE a réaffirmé son opposition à la politique de colonisation sioniste à Al-Qods-Est, qu’elle considère illégale au regard du droit international, et rappelé que « les lois sionistes ne dispensent pas l’entité de ses obligations en tant que puissance occupante, notamment celle de protéger la population palestinienne vivant dans les territoires occupés ». Les mesures unilatérales — transferts forcés, expulsions, démolitions, confiscations — « ne feront qu’aggraver les tensions déjà existantes et accroître les souffrances humanitaires », a conclu le communiqué, avant d’enjoindre les autorités sionistes à respecter « pleinement leurs obligations en vertu du droit international ».
Sur le fond, ces injonctions européennes restent sans effet concret. Mais leur accumulation documente, au fil des mois, l’échec de toute médiation à contraindre l’entité sioniste à modifier sa conduite. Pendant ce temps, le bilan de l’agression génocidaire contre Ghaza continue de s’alourdir. Les autorités sanitaires palestiniennes ont communiqué samedi un nouveau bilan : 72.938 martyrs et 172.919 blessés depuis le 7 octobre 2023. Au cours des dernières 48 heures, les corps de sept martyrs et 25 blessés ont été transférés vers les hôpitaux. De nombreuses victimes se trouvent encore sous les décombres. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 19 janvier dernier, 929 Palestiniens sont tombés en martyrs, 2.811 autres ont été blessés, et les corps de 781 martyrs ont été récupérés.
Les chiffres s’accumulent. Les alertes onusiennes aussi. Et Ghaza brûle.
L.S.

