Culture

Atelier sur le « Le Petit Hakawati » au TNA : Initier les nouvelles générations à patrimoine populaire

Pendant deux jours, des enfants ont investi les coulisses du Théâtre National Algérien pour apprendre à raconter des histoires. Pas à lire — à raconter. C’est une nuance qui compte.

L’atelier s’appelle « Le Petit Hakawati ». Il s’est tenu ces derniers jours dans le cadre des célébrations de la Journée mondiale de l’enfance, et le TNA en a partagé les images sur ses réseaux, avec la sobriété d’une institution qui n’a pas besoin de faire de bruit pour dire quelque chose d’utile. Sur les photos, des enfants concentrés, assis en cercle ou debout, qui gesticulent, qui écoutent, qui cherchent leurs mots. La scène est encadrée par deux hommes de métier : le comédien Mahi Seddik et le dramaturge Hocine Nadir. Deux praticiens du théâtre algérien, pas des théoriciens.

Le hakawati est une figure du patrimoine national : le conteur qui véhicule la tradition de l’oralité à travers les générations, de contes en poèmes, des Mille et Une Nuits aux récits populaires. En arabe, le mot vient du verbe haka — raconter, relater, rendre compte. Ce qui distingue le hakawati d’un simple narrateur, c’est que dans la tradition arabe, c’est moins l’histoire qui importe que la façon de la dire. Par le passé, la narration était une forme d’art populaire qui assurait non seulement le divertissement, mais aussi la cohésion sociale et la diffusion de la culture. Un artisanat de la voix, du corps, du silence.

Confier cet apprentissage à des enfants, dans un théâtre national, le 1er juin, ce n’est pas anodin. Le TNA ne fait pas dans la garderie culturelle — l’atelier est conçu autour de la découverte concrète du conte oral, du travail sur l’expression et la narration. Les participants n’ont pas regardé un spectacle : ils en ont préparé un, à leur mesure. Ce type d’initiative vise à renforcer la dimension éducative et récréative du hakawati en tant que moyen de transmission des valeurs et du patrimoine culturel aux jeunes générations — le conteur algérien Mahi Seddik en est lui-même l’un des praticiens les plus actifs, ayant animé des manifestations similaires à Sidi Bel-Abbès et ailleurs.

L’initiative du TNA n’est pas isolée. Le ministère de la Culture et des Arts a lancé du 1er au 7 juin l’événement « 7/7 Ma Culture », une manifestation nationale placée sous le signe « la Culture, l’Imagination et le Partage », qui se déploie à travers l’ensemble du territoire avec des activités gratuites dans les musées, bibliothèques, salles de cinéma et maisons de la culture. À Bouira, la Maison de la Culture Ali Zaâmoum propose quatre jours de spectacles, jeux acrobatiques et ateliers créatifs au Théâtre de verdure M’cheddou Salah. À Saïda, la quatrième édition des « Journées du théâtre de l’enfant » réunit artistes et associations pour des ateliers de conte, de dessin et de théâtre jusqu’au 9 juin. À Oran, le programme « Il était une fois » met le conte populaire à l’honneur dans plusieurs espaces culturels, tandis qu’une bibliothèque mobile investit les espaces publics.

Ce qui se passe au TNA avec « Le Petit Hakawati » tient pourtant à quelque chose de plus précis que la grande mobilisation nationale. Il y a quelque chose d’un peu têtu dans le choix du conte oral à l’ère des écrans — une façon de dire que la voix humaine, avec ses hésitations et ses modulations, reste un médium que rien n’a encore vraiment remplacé.

M.S.

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