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Ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset : La course contre la montre lancée

Le chantier le plus ambitieux que l’Algérie ait engagé depuis l’indépendance entre dans sa phase de concrétisation.

Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a présidé mardi à Alger une réunion de travail consacrée au suivi des préparatifs du lancement des travaux de la ligne ferroviaire Hassi Messaoud–Ouargla–El Meniaa–In Salah–Tamanrasset. Il accélère ainsi les préparatifs alors que les délais fixés par le président de la République approchent. La date est désormais fixée : septembre 2026. La réunion s’est tenue au siège du ministère, en présence des cadres centraux et des représentants de l’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (ANESRIF). Selon le communiqué du ministère, les participants ont examiné «les mesures et dispositions prises pour garantir le lancement effectif des travaux», et ont passé en revue les arrangements encore à finaliser «avant d’entamer la phase de concrétisation, afin d’assurer la réalisation du projet dans le respect des normes techniques adoptées et des délais fixés». Un exposé détaillé sur l’état d’avancement des préparatifs a également été présenté.

La même journée, en marge du Salon international de l’industrie et des infrastructures ferroviaires Algeria Rail Expo 2026, ouvert mardi au Centre des conférences Mohamed Benahmed d’Oran, Bachir Mokrani, chargé de la direction des transports guidés au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, a confirmé l’échéance. «Les travaux du tronçon reliant les wilayas de Laghouat, Ghardaïa et El Meniaa, sur près de 500 km, démarreront en septembre prochain», a-t-il déclaré à la presse, précisant que les études techniques sont «achevées à 100 %», conduites par des bureaux d’études nationaux. Les travaux seront «réalisés par des entreprises algériennes, avec des compétences et une main-d’œuvre nationales», a-t-il ajouté. Le délai contractuel est fixé à 24 mois, mais M. Mokrani a souligné que les deux ministères concernés «œuvreront à réduire ces délais et à accélérer le rythme des travaux, afin de mettre la ligne en service dans les meilleurs délais».

Un projet présidentiel suivi en Conseil des ministres

Le lancement de septembre ne tombe pas de nulle part. Depuis le début de l’année, le président Abdelmadjid Tebboune a fait de ce corridor ferroviaire un dossier qu’il traite en direct, hors des circuits ordinaires. En février 2026, lors d’une rencontre avec les médias nationaux, il avait annoncé une mise en service de la ligne Alger–Tamanrasset pour fin 2028. En avril, il avait réuni autour de lui le ministre des Hydrocarbures, le ministre des Finances, le gouverneur de la Banque d’Algérie et le PDG de Sonatrach — une composition inhabituelle pour ce type de séance — pour trancher sur le financement et arrêter le calendrier opérationnel. À l’issue du Conseil des ministres du 19 avril, il a chargé le gouvernement de «concentrer ses efforts sur la concrétisation du nouveau pari du siècle, qui n’est pas de moindre importance que le projet de Gara-Djebilet», fixant la mise en service à fin 2028. Les travaux ont été découpés en trois fronts simultanés : Ouargla–In Salah, In Salah–Tamanrasset, et le même axe en sens inverse, pour accélérer la jonction. Lors du dernier Conseil des ministres, Le président Abdelmadjid Tebboune a fixé le lancement des travaux du « train du siècle » au plus tard en septembre 2026, à travers les trois grands chantiers simultanés.  La séance présidée mardi par Djellaoui s’inscrit dans ce prolongement direct : traduire les instructions présidentielles en actes de chantier avant la rentrée.

La BAD et l’enjeu continental

Ce projet bénéficie aussi d’une reconnaissance internationale qui renforce la portée du projet. En marge des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville fin mai, la vice-présidente principale de l’institution, Marie-Laure Akin-Olugbade, a indiqué que la contribution de la BAD au financement du premier tronçon (Laghouat–Ghardaïa–El Meniaa) constitue «le plus grand projet de la Banque en Algérie». Elle avait précisé : «Parmi nos interventions très transformatrices figure le projet ferroviaire algérien, qui représente essentiellement la voie transsaharienne», ajoutant que ce corridor illustre l’importance des infrastructures de connectivité pour accélérer l’intégration économique africaine et soutenir la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Le premier tronçon Laghouat–Ghardaïa–El Meniaa, long de 495 kilomètres, est estimé à 2,8 milliards de dollars, financé en partie sur fonds à travers un prêt initial de la BAD de 747,32 millions d’euros. La portée géoéconomique est lisible à plusieurs niveaux. La ligne traversera six wilayas — Alger, Laghouat, Ghardaïa, El Meniaa, In Salah, Tamanrasset — en desservant directement les bassins énergétiques de Hassi Messaoud et d’Ouargla, les gisements miniers du Sahara central et les pôles logistiques qui structurent le commerce saharien. Elle constitue également le maillon algérien d’une connexion terrestre vers l’Afrique subsaharienne, dans un contexte où les routes maritimes sont saturées et où les pays du Sahel cherchent des débouchés alternatifs.

Notons qu’Algeria Rail Expo 2026, inauguré mardi à Oran par le secrétaire général du ministère de l’Intérieur Djamel-Eddine Abdelghani Dridi, illustre à sa façon la densité du dossier ferroviaire. Près de 40 exposants y participent, parmi lesquels la SNTF, Cosider et GICA côté algérien, aux côtés d’industriels venus d’Autriche, d’Allemagne, de Chine, d’Italie et d’Égypte. La présence étrangère signale l’intérêt de partenaires industriels pour un marché en expansion rapide.

Salim Amokrane

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