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L’Afrique face aux défis de la maîtrise de l’intelligence artificielle : Des perspectives prometteuses

Par Pr Abderrahmane Mebtoul

Abderrahmane Mebtoul est professeur des universités, expert international en management stratégique, docteur d’État 1974, président de la commission transition énergétique des 5+5, Allemagne 2019/2021.

Politiques, entrepreneurs, médias, universitaires, simples citoyens, nous vivons tous aujourd’hui dans une société de la communication électronique, plurielle et immédiate, qui nous contraint à prendre des décisions en temps réel.  La maîtrise du temps étant le défi principal du siècle, engageant la sécurité nationale, toute inadaptation à ces mutations isolerait encore plus le continent, qui a pourtant d’importantes potentialités. Rappelons que des dizaines de chefs d’État et ministres, dont Narendra Modi, Antonio Guterres et Emmanuel Macron, ont assisté au sommet de l’IA à New Delhi, en Inde, les 19 et 20 février 2026, et ont publié le 21 février 2026 une déclaration sur la manière de réguler l’usage de l’intelligence artificielle, appelant à l’établissement rapide de règles communes afin de garantir une utilisation sûre de l’IA. Le patron d’OpenAI, Sam Altman, a déclaré que cette technologie en plein essor avait un besoin urgent de régulation, alors que grandissent les inquiétudes quant à son impact sur la société.

1. La définition des menaces cybernétiques et la mise en œuvre de mécanismes de contrôle et de détection efficaces constituent aujourd’hui les principales exigences prospectives pour assurer l’entière sécurité requise pour les infrastructures vitales de façon sûre et permanente, et une nécessité pour garantir la sécurité nationale dans ses dimensions politique, militaire, économique, sociétale et technologique. Des écoutes téléphoniques, nous sommes passés aux interceptions de messages électroniques. Lorsqu’un mail est envoyé de façon habituelle, il n’est pas crypté et peut transiter par une dizaine de proxies qui jalonnent le parcours vers sa destination. Or ces derniers conservent, pour des raisons techniques mais aussi légales, une copie des messages reçus. Les informations contenues dans le corps du message et dans les fichiers joints peuvent donc être lues par autant de responsables de proxies que nécessite le trajet. Les vols de documents ne se produisent pas seulement en accédant, à distance ou non, à un ordinateur ou un serveur, mais également de la façon la plus inattendue : par les photocopieuses. Chaque fois que l’on copie un document sur un copieur moderne, une copie est enregistrée sur le disque dur de la machine, ces appareils étant devenus de véritables centres de stockage. Les copieurs et les machines multifonctions les plus modernes stockent les informations avant de les imprimer ; des experts en informatique peuvent récupérer ces informations, d’autant plus que la plupart de ces machines sont connectées à un réseau, soit via un PC (imprimante partagée), soit grâce à une adresse IP propre.

2. Sur le plan macroéconomique, les nouveaux processus mis en place grâce aux TIC ont des conséquences sur l’analyse de la valeur des produits et services, que l’on effectue davantage sur le cycle de vie, lequel a tendance à se raccourcir et influe sur les gains de productivité. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont des implications au niveau de la gouvernance politique, de la gestion des entreprises et des administrations, et ont également un impact sur notre nouveau mode de vie, renvoyant au savoir et à l’innovation permanente. La globalisation des entreprises, des marchés et des circuits de la finance n’a pas seulement impliqué un remodelage des structures économiques et des flux d’échange ; elle a aussi conduit à la professionnalisation de la communication et de l’information, ainsi qu’à une intégration de plus en plus poussée des phases de conception, de création et de consommation des produits, parallèlement à la fusion de sphères d’activités jadis séparées, voire opposées. Plus qu’une ouverture vers le grand public, les TIC révolutionnent l’organisation interne de l’entreprise : les logiciels de gestion appelés ERP (Enterprise Resource Planning) gèrent différentes tâches comme les stocks ou la trésorerie, le travail collaboratif est simplifié grâce à l’intranet et à la messagerie, le système sans fil maintient un lien permanent avec des collaborateurs en déplacement, tout comme la vidéoconférence. Tout cela génère un meilleur partage ainsi qu’une meilleure circulation de l’information interne. Ces technologies permettent de mettre en place des modèles d’organisation du travail dont les principales caractéristiques sont la décentralisation et la flexibilité, favorisant notamment le phénomène de délocalisation de l’emploi. D’où l’importance du développement d’une stratégie intégrée dans le domaine numérique, combinant les aspects prospectifs et de prévention contre les menaces de l’espace cybernétique, la protection des systèmes et des données, la promotion d’une culture numérique reposant sur la sensibilisation permanente, ainsi que la veille stratégique de l’ensemble des institutions. Avec la révolution du nouveau système d’information, nous devons gérer un flux important d’informations, une gestion qui exige la crédibilité de l’appareil statistique et la sélection opératoire de cette masse d’informations, afin de s’adapter à la nouvelle révolution mondiale du numérique, laquelle a un impact sur le comportement des citoyens, sur la gestion des institutions et des entreprises.

3. D’une manière générale, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) changent profondément la vie quotidienne des citoyens ainsi que le fonctionnement des entreprises et de l’État. Tout cela entraîne de nouvelles représentations mentales et sociales, phénomène plus patent au niveau multimédia — TV, vidéo à la demande, GPS, musique — sur les téléphones portables. Le développement d’Internet à haut débit, la démocratisation de l’ordinateur et des nouvelles technologies découlent d’une baisse des tarifs proposés par les fournisseurs d’accès et d’une demande de plus en plus présente de la clientèle. Le boom des blogs et des messageries électroniques donne aux TIC une place de plus en plus vaste dans notre société. Ainsi, le monde est devenu une grande maison de verre, un acquis contre les régimes totalitaires, dans la mesure où l’information n’est plus le quatrième pouvoir mais le pouvoir lui-même (voir l’American Herald Tribune du 11 août 2018 : « Dr Abderrahmane Mebtoul : Algeria Still Faces Significant Challenges »). Avec l’avènement d’Internet, le développement formidable qu’il connaît depuis quelques années et les retombées de l’application de l’intelligence artificielle qui révolutionne le monde, marginalisant les pays qui ne la maîtrisent pas — avec des impacts économiques, psychosociologiques, militaires et sécuritaires —, tout État et toute entreprise, de quelque importance qu’ils soient, sont mis en demeure de s’adapter et d’en faire l’usage le plus judicieux et le plus productif, la sécurité et la compétitivité les obligeant à obtenir l’information en temps réel, la maîtrise du temps étant le principal défi en ce XXIe siècle. D’où l’importance de la gestion stratégique des nouvelles technologies, qui constituent pour une nation et pour l’entreprise l’un des moteurs essentiels de leur performance globale et de leur sécurité. Cela explique que les grandes puissances et les nations émergentes utilisent les services de renseignement et de contre-espionnage en mettant en place, si l’on se limite au seul domaine économique, un service d’information économique pour aider leurs entreprises engagées dans le commerce extérieur.

4. Selon le Financial Times pour 2025, les investissements dans l’intelligence artificielle ont dépassé les 320 milliards de dollars au niveau mondial. Les analystes prévoient un investissement cumulé de 1 847,5 milliards de dollars à l’horizon 2030 et estiment que l’IA pourrait contribuer jusqu’à 14 % du PIB mondial, soit environ 15 700 milliards de dollars pour les seuls États-Unis, sans compter les autres espaces en expansion, notamment la Russie, l’Europe, l’Asie, l’Inde, mais surtout la Chine, dont l’agence officielle indique que le pays entend devenir le numéro un mondial de l’intelligence artificielle d’ici 2030. Pour conserver son leadership, le président Donald Trump a annoncé 500 milliards de dollars d’investissements pour développer le secteur. Les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni sont en tête du classement mondial de l’IA publié par le Stanford Institute for Human-Centered AI le 21 novembre 2024, la France se classant 6e devant l’Allemagne.

Pour l’Afrique, selon le Global AI Index et Oxford Insights pour 2025, se basant notamment sur la gouvernance (stratégies nationales, lois de protection des données), les infrastructures (investissements dans les centres de données) et la formation des talents, ainsi que sur l’enquête « AI Talent Readiness Index for Africa 2025 » sur la capacité des 54 pays du continent à développer, retenir et déployer des talents en IA — enquête reposant sur 20 indicateurs tels que le pourcentage de développeurs web par million d’habitants, le nombre d’établissements d’enseignement supérieur offrant des formations en IA et en apprentissage automatique, le pourcentage de diplômés du supérieur dans la main-d’œuvre totale, le taux de pénétration d’Internet, l’adoption d’une stratégie nationale de développement de l’IA, le taux d’électrification et la qualité des réglementations en matière de protection des données, le score global reposant sur trois piliers pondérés : « compétences numériques » (40 %), « données et infrastructures » (35 %) et « état de préparation du gouvernement à l’adoption de l’IA » (25 %) —, le classement des 16 premiers pays africains en intelligence artificielle, par ordre décroissant, est le suivant : 1. Égypte (47e mondial) ; 2. Afrique du Sud (54e mondial) ; 3. Ghana (61e mondial) ; 4. Algérie (65e mondial) ; 5. Maroc (68e mondial) ; 6. Nigeria (69e mondial) ; 7. Maurice (70e mondial) ; 8. Kenya (74e mondial) ; 9. Sénégal (75e mondial) ; 10. Côte d’Ivoire (84e mondial) ; 11. Tunisie (85e mondial) ; 12. Rwanda (86e mondial) ; 13. Bénin (88e mondial) ; 14. Zambie (89e mondial) ; 15. Éthiopie (91e mondial) ; 16. Sierra Leone (93e mondial). Ces enquêtes ont omis les Seychelles, qui se classent généralement dans le top 10 africain et oscillent autour de la 50e et 60e place mondiale, selon les différentes éditions du Government AI Readiness Index d’Oxford Insights.

En conclusion, un pays sans son élite est comme un corps sans âme. L’intelligence artificielle est devenue un enjeu majeur de souveraineté numérique et de développement économique en Afrique : elle laisse entrevoir des perspectives prometteuses tout en posant des défis substantiels. Le continent, porté par sa jeunesse, ambitionne de concevoir des solutions locales adaptées à ses réalités — agriculture, santé, éducation — plutôt que de simplement consommer des technologies étrangères. Or, bon nombre de pays développés favorisent l’exode des cerveaux, notamment ceux provenant d’Afrique, où le coût financier annuel de la fuite des cerveaux est estimé à environ 4 milliards de dollars par les institutions internationales. Ce montant colossal correspond aux dépenses que le continent doit engager chaque année pour recruter des experts expatriés ou des consultants internationaux afin de combler le vide laissé par le départ de ses propres diplômés. Je suis persuadé que l’Afrique saura s’adapter à ces nouvelles transformations, qui auront un impact stratégique sur son devenir et sur le devenir du monde, en retenant ses compétences grâce à une nouvelle gouvernance, en approfondissant les intégrations régionales, en dynamisant la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAF) et en mutualisant les dépenses d’investissement dans le savoir.

A.M.

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