L’accord entre Téhéran et Washington doit être signé vendredi à Genève : le Liban comme préalable
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi que le mémorandum d’entente devant être signé vendredi à Genève entre Téhéran et Washington prévoit expressément le retrait des forces d’occupation israéliennes des territoires libanais, posant ainsi une condition dont il a fait le critère ultime d’une paix véritable au Moyen-Orient.
S’exprimant devant des diplomates étrangers dans une allocution retransmise par la télévision d’État iranienne, Araghchi a été explicite. « Tant que les forces sionistes ne se seront pas retirées des territoires qu’elles ont occupés, la guerre ne sera pas véritablement terminée», a affirmé le chef de la diplomatie iranienne. Il a ajouté, selon l’Associated Press, que toute nouvelle offensive israélienne contre le Liban serait interprétée par Téhéran comme une violation directe du protocole d’accord conclu avec les États-Unis. Ces déclarations interviennent à trois jours de la cérémonie de signature d’un accord entre Iran et Washington devant mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février dernier par une agression américano-israélienne contre l’Iran.
Le texte, déjà signé électroniquement selon des sources proches des négociations, prévoit une cessation immédiate et complète des hostilités sur l’ensemble des fronts actifs de la région, dont le Liban figure en bonne place. Outre le volet militaire, l’accord inclut la levée du blocus maritime américain imposé à l’Iran le 13 avril dernier en réponse au verrouillage par Téhéran du détroit stratégique d’Ormuz, la réouverture de ce même détroit à la navigation internationale, et la création d’un fonds de 300 milliards de dollars destiné à la reconstruction de l’Iran. Les États-Unis, l’Iran et le Pakistan, qui a joué le rôle de médiateur aux côtés du Qatar dans les discussions, ont tous trois confirmé qu’un accord avait été trouvé.
Discussions approfondies
La signature formelle du protocole aura lieu dans le complexe hôtelier du Bürgenstock, une montagne dominant le lac de Lucerne en Suisse centrale. Le ministère suisse des Affaires étrangères a précisé à l’AFP que ce site, difficilement accessible, avait été proposé conjointement par les médiateurs pakistanais et qataris ainsi que par les deux parties. Côté iranien, le chef de l’équipe de négociation, Mohammad Bagher Ghalibaf, représentera Téhéran. Washington délèguera le vice-président J.D. Vance. Araghchi a par ailleurs annoncé que des discussions approfondies entre les deux pays pourraient débuter dès vendredi, dans la foulée de la cérémonie.
À Evian, où se tient le sommet du G7, Donald Trump a livré sa propre lecture de l’accord. Le président américain a réaffirmé ce qu’il présente comme le principe « fondamental » du texte, l’Iran ne possédera jamais l’arme nucléaire. Il a promis d’en rendre le contenu public, allant jusqu’à annoncer une conférence de presse au cours de laquelle il entend le lire « à la virgule près ». Il a également indiqué vouloir soumettre l’accord au Congrès américain, une idée qu’il a dit avoir adoptée spontanément lors de l’échange avec la presse. Interrogé sur la possibilité d’un changement de régime à Téhéran, Trump a exclu cette option, estimant que l’Iran était désormais dirigé par des « dirigeants raisonnables ». Il a par ailleurs reconnu que la reconstruction du pays prendrait « de nombreuses années », tout en maintenant l’exigence américaine de récupérer l’uranium enrichi iranien dans le cadre d’un futur accord plus complet.
Le détroit d’Ormuz rouvre, le baril chute
Les effets de l’accord se font déjà sentir bien au-delà des salles de négociation. La télévision d’État iranienne a annoncé mardi que des pétroliers iraniens avaient repris leur circulation dans le nord de l’océan Indien et que deux autres navires transportant des marchandises et du bétail étaient en route vers des ports du sud du pays, signal que Washington a d’ores et déjà assoupli son dispositif de blocus. Sur les marchés, le baril de Brent est tombé mardi sous la barre des 80 dollars pour la première fois depuis début mars, prolongeant une baisse entamée depuis l’annonce de l’accord. Le WTI américain reculait lui aussi de plus de 4 %. Le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a qualifié l’accord de « grande nouvelle pour l’économie mondiale et les marchés de l’énergie », tout en soulignant que la réouverture « totale et sans condition » du détroit d’Ormuz demeurait la priorité absolue pour permettre la reprise des flux pétroliers vers l’Asie.
L’accueil international est globalement favorable, même si des voix dissidentes se font entendre à Téhéran même. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué l’accord en estimant que « la diplomatie porte ses fruits » et en y voyant le signe d’une « fin définitive du programme nucléaire iranien ». Depuis Doha, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, s’est dit « prudemment optimiste » quant aux perspectives de sécurité régionale que pourrait ouvrir la signature du mémorandum. En Iran, en revanche, le chef du système judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a émis un avertissement. « Il ne faut jamais faire confiance à cet ennemi perfide, malfaisant et criminel », a-t-il déclaré selon l’agence IRNA, rappelant que Washington et Tel-Aviv avaient cherché à « détruire l’Iran ». Une mise en garde qui illustre les fractures qui persiste et qui rappelle que la distance entre un protocole d’accord et une paix durable se mesure rarement à la seule longueur d’un texte.
Lyes Saïdi

