ActualitéPolitique

La seconde semaine de campagne commence : Sous le signe des programmes et de l’appel aux urnes

Depuis le coup d’envoi de la campagne électorale le 9 juin, partis politiques et listes indépendantes sillonnent le territoire national avec un double objectif : convaincre les Algériens de l’utilité de leur vote et leur présenter les grandes lignes de leurs programmes. La 10e législature se joue dans les meetings en périphérie autant que dans les salles climatisées des chefs-lieux de wilayas — et la première semaine l’a confirmé.

Les discours entendus de Bordj Bou Arreridj à Tlemcen, en passant par Sétif, ont articulé des thèmes récurrents,  participation massive, compétence des candidats, rôle central du Parlement dans l’accompagnement des réformes économiques. Derrière la diversité des formations politiques, une convergence de fond se dessine sur l’enjeu démocratique du scrutin.

L’appel aux urnes, leitmotiv de la campagne

Qu’ils viennent de la gauche historique, des partis islamistes ou des mouvements plus récents, les chefs de parti ont tous placé la participation citoyenne au sommet de leur agenda de campagne. Le premier secrétaire national du Front des forces socialistes (FFS), Youcef Aouchiche, était d’ailleurs mardi à Bordj Bou Arreridj, pour marquer le début de la seconde semaine de campagne, en qualifiant le vote de «responsabilité nationale et exercice démocratique important». Devant un meeting populaire au complexe culturel Aicha-Haddad, il a appelé les citoyens à «participer efficacement» à cette échéance qui constitue, selon lui, «un outil pour renforcer le processus démocratique». Même discours à Tlemcen, où Lamine Osmani, président du parti Sawt Chaâb, a invité les électeurs à «participer massivement à ce scrutin et exprimer leur vote afin de choisir les personnes les plus aptes à les représenter». La synthèse nationale établie par l’APS résume bien cette tonalité générale.  Les meetings de la première semaine ont «principalement porté sur l’explication des programmes électoraux, invitant les citoyens à participer massivement au scrutin, compte tenu de son importance pour l’ancrage de la pratique démocratique».

Les jeunes, cible prioritaire de tous les candidats

Un autre thème a traversé les meetings de cette première semaine avec une constance remarquable, celui de la jeunesse. Les candidats ont multiplié les appels à une plus grande implication des jeunes dans la vie politique, à renforcer leur participation aux décisions et à élargir leur présence au sein des Assemblées élues. Les orateurs les ont encouragés à croire en leurs capacités et à s’intégrer activement dans la vie économique et sociale pour contribuer à l’édification d’une Algérie plus forte.

Lamine Osmani a été explicite sur ce point. Le président de Sawt Chaâb a indiqué mardi que son parti «mise sur la valorisation des ressources humaines et œuvre à mettre en place de nouvelles mesures favorisant l’implication des jeunes dans la vie politique, notamment à travers leur accompagnement et leur formation politique». La récurrence du thème n’est pas innocente. La jeunesse représente une part considérable du corps électoral et les formations politiques ont compris qu’elles ne peuvent remporter ces législatives sans capter une partie de cet électorat traditionnellement abstentionniste.

Des programmes économiques en concurrence

Si les appels à la participation convergent, les propositions économiques, elles, divergent. Et c’est peut-être là que la campagne prend sa dimension la plus concrète.

Abdelkader Bengrina, président du Mouvement El Bina, a choisi Sétif, capitale économique de l’est algérien, pour entamer cette seconde semaine de campagne et dérouler la partie industrielle de son programme. Dans un meeting à la Maison de la culture Houari-Boumediene, il a plaidé pour la création de «pôles industriels spécialisés et compétitifs», dans une vision économique fondée sur le renforcement du secteur productif. Ces pôles intégrés permettraient, selon lui, de «faciliter les processus de production» et d’intégrer «les petites et moyennes entreprises dans la chaîne de valeur», tout en ouvrant la voie à «l’élargissement des opportunités d’exportation à même d’intégrer plus efficacement l’économie nationale au sein des marchés étrangers».

La dimension identitaire n’était pas absente du discours de Bengrina. «Une Algérie triomphante ne peut se construire qu’à travers la participation de tous les Algériens et de toutes les Algériennes», a-t-il lancé, avant d’appeler les électeurs à se rendre «en force aux urnes» pour choisir des candidats capables d’exercer un contrôle rigoureux sur «l’action gouvernementale».

Du côté du FFS, Youcef Aouchiche a développé une plateforme plus sociale. Il a mis en avant «le renforcement des réformes politiques, l’ancrage des principes de justice sociale et le soutien du développement économique durable, ainsi que l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens et le renforcement du système de protection sociale». Il a aussi insisté sur «l’importance de construire une économie nationale fondée sur la production, l’investissement et la création de richesse», tout en accordant la priorité à «la réforme des secteurs de la santé et de l’éducation, et à l’amélioration de la qualité des services publics».

Pour le premier secrétaire du FFS, ces législatives sont «une opportunité de renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions» — une formule qui dit, en creux, à quel point cette confiance reste à reconstruire.

Le Parlement au centre du débat institutionnel

Au-delà des programmes sectoriels, les candidats ont consacré une part significative de leurs interventions au rôle que devra jouer la future Assemblée populaire nationale. Le constat est partagé. Le Parlement issu du 2 juillet devra être autre chose qu’une chambre d’enregistrement. Ils se sont engagés à placer le citoyen au cœur de l’action «d’un Parlement représentatif, à même de proposer des initiatives servant les intérêts de la société», doublé d’un «rôle vital» dans l’élaboration de lois «proches des préoccupations et des aspirations des citoyens», selon la synthèse nationale. La conjoncture actuelle, ont-ils fait valoir, «exige des institutions fortes, pleinement investies dans leurs missions de législation, de contrôle et de proposition, en cohérence avec la vision et le processus de réformes en cours». Osmani a été direct sur ce que devrait être un député : quelqu’un qui «prend sérieusement en charge les préoccupations des citoyens, contribue à l’élaboration des lois et enrichit le débat parlementaire par des propositions et des alternatives constructives», tout en restant «à l’écoute des attentes et des préoccupations de la population». Un portrait idéal du parlementaire algérien — qui dit aussi, par contraste, ce que beaucoup d’électeurs n’ont pas toujours trouvé dans les législatures précédentes.

Aouchiche s’est rendu dans les communes d’El Hammadia et de Djaâfra, à Bordj Bou Arreridj, pour des rencontres avec les habitants, écouter les doléances, prendre note des propositions relatives au développement local. Osmani, lui, devait enchaîner dans la soirée de mardi avec une seconde rencontre de proximité à Misserghine, dans la wilaya d’Oran.

Cette multiplication des activités de terrain traduit une stratégie consciente, transformer les meetings en «espace de débat» et faire de la campagne un moment d’écoute autant que de conviction. Les candidats ont réaffirmé leur engagement à défendre les dossiers relatifs au développement local, développement des routes, accès aux services, emploi, en sachant que c’est souvent là, et non dans les grands discours sur la démocratie, que se joue le vote.

Il reste encore deux semaines avant le scrutin. Les partis et les listes indépendantes s’évertuent, selon leurs propres termes, à se présenter comme des choix capables de représenter le citoyen, de porter ses préoccupations et de répondre à ses aspirations.

Salim Amokrane

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *