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Le TSGP au cœur de la nouvelle carte énergétique africaine

Le Forum des pays exportateurs de gaz apporte son plein soutien au projet du gazoduc transsaharien. C’est ce qui ressort de la rencontre, lundi à Alger, entre le Premier ministre Sifi Ghrieb et le Secrétaire général du GECF, Philip Mshelbila, venu en visite de travail en Algérie du 20 au 23 juin. Une caution de poids pour un projet dont la réalisation est désormais engagée, et qui ambitionne de remodeler la carte énergétique du continent africain.

Les entretiens se sont tenus en présence du ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, et ont couvert un agenda dense soit la mise en œuvre des conclusions de la 7e Conférence des chefs d’État et de gouvernement du GECF, abritée par l’Algérie en mars 2024, activation de l’Institut de recherche sur le gaz (GRI) dont le siège est établi à Alger, et avancement du TSGP.

Sur ce dernier point, le communiqué des services du Premier ministre est explicite, les deux parties ont échangé sur « le soutien du GECF au projet du gazoduc transsaharien, étant une initiative importante susceptible de contribuer au renforcement de la sécurité énergétique mondiale ». L’implication du Forum dans ce dossier n’est pas anodine. Le GECF regroupe les principales nations exportatrices de gaz, Russie, Qatar, Iran, Algérie, Nigeria, entre autres,  et son adossement au TSGP lui confère une dimension géopolitique qui dépasse le cadre strictement régional. Long de près de 4 000 kilomètres, le TSGP reliera les gisements gaziers du Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger, ouvrant ainsi une voie directe vers les marchés européens.  Le projet s’inscrit d’ailleurs pleinement dans le cadre de la recomposition de la carte énergétique dans un contexte marqué par des perturbations géopolitiques qui induit l’urgence d’ouvrir de nouvelles routes d’approvisionnement énergétique.

Le contexte énergétique mondial a en effet, été profondément reconfiguré par deux chocs successifs. Le premier est la guerre en Ukraine, déclenchée en février 2022, qui a contraint l’Europe à engager en urgence une rupture avec le gaz russe dont elle dépendait structurellement. Bruxelles s’est alors lancée dans une course effrénée à la diversification de ses approvisionnements, GNL américain, norvégien, qatari, mais aussi vers les gazoducs méditerranéens, où l’Algérie a significativement accru ses livraisons vers l’Italie et l’Espagne. La sécurisation de corridors gaziers terrestres stables, soustraits aux aléas maritimes et aux pressions géopolitiques, est devenue une priorité stratégique pour l’Union européenne.

Le second choc est plus récent et plus brutal. En février 2026, la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial, a mis à nu, de façon spectaculaire, la fragilité des routes énergétiques maritimes. Quelques semaines de blocage ont suffi à provoquer des tensions sur les marchés et à raviver, dans les chancelleries européennes et asiatiques, l’obsession de la résilience énergétique. Le TSGP prend ainsi toute sa valeur stratégique. En reliant les réserves gazières du Nigeria à l’Europe via l’Algérie par voie terrestre, il propose exactement le type de corridor que les circonstances appellent, continental, diversifié, et affranchi des points d’étranglement maritimes.

Le TSGP ambitionne surtout de transformer l’Afrique de l’Ouest en acteur gazier de premier plan, tout en consolidant le rôle de l’Algérie comme hub énergétique continental. Pour Alger, l’enjeu est double. Il s’agit de renforcer ses propres capacités d’exportation et s’imposer comme pivot incontournable de l’intégration énergétique africaine.

Le Premier ministre Ghrieb a inscrit le projet dans une perspective plus large, affirmant que « sa réalisation s’inscrit dans la vision stratégique et intégrée du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, qui vise à bâtir un partenariat énergétique africain, basé sur l’intégration, la solidarité et la réalisation d’intérêts communs, en phase avec les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Afrique ». Chose qui place le TSGP au rang de projet de coopération Sud-Sud, au-delà de sa seule dimension commerciale ou infrastructurelle.

Les discussions ont également porté sur l’activation du GRI, appelé à devenir « un centre international de recherche, de renforcement des capacités et d’échange d’expertises », ainsi qu’un « acteur contribuant au soutien des efforts des États membres visant à faire face aux nouveaux défis auxquels est confrontée l’industrie gazière ».

Samira Ghrib

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