Production de Lait UHT : Une nouvelle stratégie centrée sur l’intégration locale
La filière du lait UHT s’apprête à connaître une refonte en profondeur, la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amel Abdellatif, ayant plaidé, mardi à Alger, pour l’adoption d’une nouvelle stratégie visant à porter l’industrie nationale du lait Ultra Haute Température vers une intégration à 100 %, un objectif qui s’inscrit dans un mouvement plus large de réduction de la dépendance aux importations laitières, porté notamment par le méga-projet algéro-qatari Baladna dans le Sud du pays. Présidant une réunion de travail au siège de son ministère, en présence du directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache, et des responsables des unités de production de lait UHT, la ministre a indiqué, selon un communiqué officiel, que le développement de cette filière stratégique nécessite l’adoption d’une nouvelle vision fondée sur la valorisation des ressources locales et le relèvement du taux d’intégration nationale. La rencontre était consacrée au suivi de l’approvisionnement du marché national en ce produit de large consommation ainsi qu’à l’examen des perspectives de développement du secteur.
Après avoir recueilli les préoccupations des opérateurs économiques présents, Mme Abdellatif a précisé que cette nouvelle approche repose sur le renforcement de la coordination entre producteurs de lait et fabricants de matériaux d’emballage, l’objectif étant, selon les termes du communiqué, d’« identifier les besoins réels, d’augmenter le taux d’intégration nationale et de garantir un produit répondant aux attentes des consommateurs et aux besoins du marché national ». De son côté, le directeur général de l’AAPI a insisté sur la nécessité d’orienter les investissements vers les filières jugées prioritaires, en particulier les projets de fabrication de matériaux d’emballage, en raison de leur rôle déterminant dans le renforcement de l’intégration locale, la création de valeur ajoutée et le soutien à la compétitivité de l’économie nationale. Au terme de la réunion, la ministre a réaffirmé l’engagement de son secteur à poursuivre l’accompagnement des opérateurs économiques et à réunir les conditions propices au développement de la filière, afin de garantir la pérennité de l’approvisionnement du marché et de consolider la production locale.
Baladna, pivot de la stratégie nationale
Cette orientation vers l’intégration locale s’inscrit dans un contexte où la filière laitière algérienne vit une transformation d’ampleur inédite, portée par le projet structurant « Baladna Algérie », fruit d’un partenariat entre le Fonds national d’investissement (FNI) et le groupe qatari Baladna. Doté d’un investissement global estimé à 3,5 milliards de dollars, ce complexe agro-industriel implanté sur 117.000 hectares dans la wilaya d’Adrar ambitionne de devenir, à terme, la plus grande ferme laitière intégrée au monde, avec l’accueil progressif de 270.000 vaches laitières sur neuf ans et une capacité de production annuelle avoisinant les 100.000 à 194.000 tonnes de lait en poudre, de quoi couvrir près de la moitié des besoins nationaux. Le projet a franchi, en avril dernier, une étape décisive avec la signature d’un deuxième lot de contrats dépassant 635 millions de dollars, portant sur le génie civil, les infrastructures d’élevage, la centrale à béton et la constitution du cheptel. Le directeur général du FNI, Salah Labani, a souligné à cette occasion que ces contrats « permettront d’économiser des devises et de stimuler la production nationale, considérée comme un pilier du développement de l’économie nationale ». Un programme d’importation de 30.000 vaches laitières en provenance de neuf États américains doit par ailleurs démarrer en novembre 2026, par pont aérien, sur une période de dix mois, afin de constituer le cheptel destiné aux fermes du projet. Selon des données publiées début juillet 2026, les retombées de cette stratégie commencent déjà à se faire sentir sur les équilibres commerciaux. Les importations laitières algériennes ont amorcé un net ralentissement au premier quadrimestre de l’année, une inflexion directement liée à la montée en puissance attendue du complexe d’Adrar. L’Algérie demeure toutefois, pour l’heure, largement tributaire des marchés extérieurs, l’Uruguay s’imposant comme premier fournisseur de lait entier en poudre avec 42 % des parts de marché en volume, devant la Nouvelle-Zélande (34 %) et l’Argentine (22 %), tandis que l’Union européenne conserve la tête sur l’ensemble de la filière laitière avec 37 % des approvisionnements.
C’est précisément cette double équation, renforcer l’intégration locale du conditionnement UHT tout en accélérant la montée en puissance de la production nationale de lait en poudre, que le ministère du Commerce intérieur entend désormais piloter de façon coordonnée, en misant sur la complémentarité entre les grands projets structurants comme Baladna et la modernisation des filières industrielles existantes, seule voie jugée durable pour garantir, à terme, la souveraineté alimentaire du pays dans ce secteur stratégique.
Sabrina Aziouez

