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L’Algérie, pivot de la stabilité et du développement au Sahel

Depuis plusieurs mois, l’Algérie multiplie les initiatives diplomatiques, économiques et sécuritaires en direction du Niger, du Burkina Faso et du Tchad, confirmant le rôle de puissance stabilisatrice qu’elle entend jouer dans l’espace sahélo-saharien. Loin de se limiter à une série d’accords sectoriels, cette dynamique traduit une doctrine constante de la diplomatie algérienne, selon laquelle la sécurité durable d’une région ne peut se construire sans développement partagé, et pour laquelle Alger revendique une expertise incontournable, forgée par plusieurs décennies de lutte contre le terrorisme et de coopération sécuritaire régionale.

La position algérienne repose sur une conviction affirmée de longue date : la solution militaire, à elle seule, n’a jamais suffi ni ne suffira à éteindre durablement les foyers de crise sahéliens. Cette approche globale, plaçant sur un pied d’égalité la paix, la sécurité et le développement, structure l’ensemble de l’action diplomatique algérienne dans la région. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a rappelé que la politique africaine de l’Algérie, telle que définie par le président Tebboune, s’articule autour de quatre piliers à savoir l’établissement de partenariats équilibrés, la promotion d’une action africaine commune, le rejet des solutions imposées de l’extérieur et la primauté du dialogue dans le respect de la souveraineté des États. Cette doctrine a été réaffirmée en mai dernier lors d’un colloque national tenu au Cercle national de l’armée de Béni Messous, où le chef d’état-major de l’ANP, le général d’armée Saïd Chanegriha, a plaidé pour la formalisation d’une vision algérienne structurée de la paix et de la sécurité sur le continent, estimant que les crises sécuritaires que traversent certains pays de la région procèdent moins d’une instabilité interne que d’agendas extérieurs.

Une expertise sécuritaire éprouvée

Sur le terrain sécuritaire proprement dit, l’Algérie s’appuie sur une expérience que peu d’États de la région peuvent revendiquer. Elle a été à l’initiative, dès 2010, de la mise en place du Comité d’état-major opérationnel conjoint et de l’Unité de fusion et de liaison, mécanismes réunissant les pays du champ que sont l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, destinés à coordonner l’effort militaire et le partage du renseignement face aux groupes armés terroristes actifs dans la bande sahélo-saharienne. Cette antériorité, adossée à l’expérience nationale acquise durant la décennie noire, confère à Alger une place singulière dans l’architecture sécuritaire régionale, que ses partenaires sahéliens continuent de solliciter, y compris dans un contexte marqué par la recomposition des alliances régionales.

C’est dans ce cadre doctrinal que s’inscrivent les actions concrètes conduites par l’Algérie ces derniers mois avec ses voisins sahéliens, conçues non comme de simples gestes de coopération économique, mais comme la traduction sur le terrain du triptyque paix-sécurité-développement. Au Niger, l’inauguration en juin d’une centrale électrique de 40 mégawatts offerte à Niamey, doublée de mémorandums entre Sonatrach et la société nigérienne Sonidep sur l’exploration pétrolière, s’accompagne d’une relance du projet de gazoduc transsaharien, infrastructure structurante que l’Algérie porte comme vecteur d’intégration économique régionale. Avec le Burkina Faso, le procès-verbal signé à Ouagadougou en février, portant sur les hydrocarbures, le gaz de pétrole liquéfié et l’accompagnement du secteur minier, répond à la même logique d’ancrage par les infrastructures. Le partenariat scellé fin avril avec le Tchad, à travers trente-quatre accords couvrant les hydrocarbures, l’énergie, la sécurité et la formation, illustre à son tour cette approche intégrée, une convention interministérielle de lutte contre le terrorisme ayant été signée en parallèle des engagements économiques.

Ces actions convergent avec les grands projets structurants portés par l’Algérie à l’échelle continentale, à l’image de la route transsaharienne ou du gazoduc du même nom, qu’Ahmed Attaf présente comme une adhésion « par conviction » à l’intégration économique africaine. Pour Alger, la stabilisation du Sahel ne saurait ainsi se réduire à un enjeu strictement militaire. Elle exige une action combinée, où l’expertise sécuritaire algérienne, forgée par l’expérience, se conjugue à un effort soutenu de développement partagé, seule voie jugée crédible pour construire une stabilité durable dans une région confrontée à des défis sécuritaires persistants.

Salim Amokrane

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