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Abdelkader Cherfaoui prend les rênes d’Alnaft : Un changement à un moment charnière pour l’amont hydrocarbures

C’est dans une conjoncture énergétique particulière que l’Exécutif a décidé, ce lundi, de rebattre les cartes à la tête de l’un de ses instruments institutionnels les plus stratégiques du secteur des hydrocarbures.

Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a installé Abdelkader Cherfaoui dans les fonctions de président de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft), mettant ainsi un terme au mandat de Samir Bakhti. Un mandat singulièrement bref, puisque ce dernier n’aura tenu la barre de l’agence qu’une seule année, ayant lui-même été installé le 29 juin 2025. Ce changement, à la tête d’une agence appelée à orchestrer la relance des programmes amont du pays, n’a rien d’anodin et intervient précisément au moment où Alnaft conduit le second appel d’offres organisé sous le régime de la nouvelle loi sur les hydrocarbures.

D’ailleurs, et dans une allocution prononcée à cette occasion, M. Arkab a indiqué que cette installation s’inscrit dans « la dynamique continue que connaît le secteur des hydrocarbures, en concrétisation de la vision stratégique du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, visant à renforcer la sécurité énergétique, à promouvoir l’investissement, à valoriser nos ressources naturelles et à consolider la place de l’Algérie en tant que partenaire fiable et acteur de premier plan sur les marchés énergétiques régionaux et internationaux ». Soulignant la place « centrale » qu’occupe Alnaft au sein du dispositif institutionnel du secteur, le ministre a relevé que les mutations accélérées que connaît le secteur mondial des hydrocarbures imposent « la nécessité de poursuivre la modernisation des outils de gestion, d’améliorer le climat de l’investissement et de renforcer l’attractivité de l’Algérie pour attirer des investissements de qualité, au service de l’économie nationale et d’une exploitation optimale de nos ressources naturelles ».

Un timing qui n’est pas anodin

Au-delà du protocole, c’est bien la symbolique du timing qui retient l’attention des observateurs. Alnaft n’est pas une agence comme les autres. Elle constitue la porte d’entrée des investisseurs étrangers dans l’amont algérien, celle qui attribue les périmètres, négocie les contrats et fixe, in fine, la trajectoire de la production nationale d’hydrocarbures pour la décennie à venir. Confier sa direction à un nouvel homme, après un si court intervalle, traduit une exigence d’efficacité et de continuité que les autorités semblent vouloir imprimer à un secteur stratégique. Car Cherfaoui hérite d’un chantier majeur : l’Algeria Bid Round 2026. Ce second appel d’offres lancé sous l’empire de la loi sur les hydrocarbures de 2019 met sur la table plusieurs blocs d’exploration conventionnels, ouverts aux compagnies internationales dans le cadre d’une stratégie de mise en concurrence que les autorités entendent dérouler par vagues successives jusqu’à la fin de la décennie.

Le nouveau patron d’Alnaft arrive aussi à un moment où les signaux venus des grandes compagnies internationales redeviennent, précisément, encourageants. Les majors manifestent un regain d’intérêt manifeste. Le géant italien ENI, partenaire historique de Sonatrach, multiplie les engagements ; l’américain ExxonMobil et son compatriote Chevron scrutent de près les opportunités gazières et pétrolières que recèle le sous-sol saharien ; et surtout, le retour du britannique BP en Algérie après six ans d’absence, après l’obtention d’une autorisation d’exploration du bassin Est, atteste de ce regain d’intérêt dans le sillage d’un climat des investissements plus attractif. Ce mouvement de fond n’est pas fortuit, il consacre aussi le repositionnement de l’Algérie sur la carte énergétique mondiale.

Une conjoncture favorable

Il faut dire que la conjoncture géopolitique joue en faveur d’Alger. Depuis février 2026, la scène internationale est traversée par des secousses majeures. La guerre en Ukraine continue de peser sur les équilibres gaziers européens, tandis que l’escalade entre les États-Unis et l’Iran fait planer une menace permanente sur les routes d’approvisionnement du Golfe. Dans ce paysage instable, l’Europe, plus que jamais soucieuse de diversifier ses sources, se tourne naturellement vers le partenaire méditerranéen le plus proche et le plus fiable. L’Algérie, forte de son réseau de gazoducs et de sa proximité géographique, est ainsi appelée à jouer un rôle clé, voire stabilisateur, sur le marché énergétique mondial, à condition, toutefois, de tenir ses promesses en matière de production.

Et c’est là que réside le véritable défi de Cherfaoui. Relancer les programmes amont, sécuriser de nouveaux volumes de gaz, accélérer la mise en production des découvertes et convaincre les investisseurs de la solidité du dispositif algérien, autant de chantiers qui ne souffrent aucun retard. La modernisation des outils de gestion, l’amélioration du climat des affaires et le renforcement de l’attractivité du pays, évoqués par le ministre lors de la cérémonie, ne sont pas de simples formules de circonstance, ils constituent la feuille de route non écrite du nouveau président.

L’installation d’un nouveau patron à l’Alnaft n’est donc pas un simple mouvement administratif. Elle envoie un message clair aux marchés, celui d’un pays déterminé à saisir la fenêtre d’opportunité que lui offre le contexte mondial, pour consolider sa place de fournisseur incontournable et transformer sa rente d’hydrocarbures en levier durable de développement.

Melissa Roumadi

admin

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