À la UneÉconomie

L’urgence d’un nouveau modèle de consommation énergétique

La consommation nationale d’électricité a de nouveau battu son propre record lundi après-midi, à 21.378 mégawatts, un jour seulement après un précédent pic historique de 21.176 MW enregistré dimanche, sous l’effet conjugué de la vague de chaleur qui frappe plusieurs wilayas et d’une demande en hausse structurelle, a annoncé le ministère de l’Energie et des Energies renouvelables, appelant les citoyens et les administrations à un usage plus rationnel de l’énergie.

Selon un communiqué du département ministériel, le groupe Sonelgaz, via sa filiale Sonelgaz-Transport de l’électricité et l’Opérateur du Système Electrique (OS), a enregistré ce nouveau pic à 15h30 lundi, deuxième record du genre en l’espace de deux jours seulement cet été. Un phénomène qui, selon la même source, « reflète la hausse continue de la consommation d’électricité, notamment durant les périodes de forte chaleur et de taux d’humidité élevé ». Plus que des événements conjoncturels, ces pics reflètent une tendance structurelle lourde

Une hausse continue qui interroge le modèle national

Dans ce contexte directeur de l’information et de la communication au ministère de l’Energie, Khalil Hedna, a permis lundi de mesurer l’ampleur des enjeux posés par cette dynamique. Dans une déclaration sur les ondes de la Radio algérienne, le responsable a souligné que le pic de dimanche, 21.176 MW enregistré à 13h00, dépassait le précédent record de l’été 2025 (20.628 MW). Pour y faire face, et regard des enjeux en place, M. Hedna a indiqué que les pouvoirs publics entendent « ancrer une culture de consommation rationnelle » de l’électricité. L’écart d’un millier de mégawatts enregistré par rapport à l’an dernier n’est pas anodin. Il équivaut, a expliqué le responsable, à la production d’une centrale électrique complète, dont la réalisation coûterait environ un milliard de dollars, voire davantage. « Investir dans des installations colossales pour couvrir un pic qui ne dure qu’une période limitée constitue un défi qui appelle à ancrer une culture de consommation responsable de l’énergie », a-t-il souligné, résumant ainsi la contradiction au cœur du système électrique national assise sur la nécessité bâtir une capacité de production dimensionnée pour quelques semaines de canicule chaque été.

M. Hedna a rappelé que cette pointe de consommation ne s’étend en réalité que sur une courte période estivale, d’environ un mois, alors que la moyenne de consommation nationale oscille le reste de l’année entre 9.000 et 10.000 MW. La hausse tendancielle, a-t-il précisé, s’explique par l’expansion du parc résidentiel et la livraison de nouveaux logements, la multiplication des exploitations agricoles et des zones industrielles, ainsi que par la dynamique économique que connaît l’Algérie ces dernières années.

Des investissements préventifs pour sécuriser l’approvisionnement

Le responsable a assuré que le groupe Sonelgaz a mobilisé d’importants investissements pour accompagner les besoins de l’économie nationale et garantir la stabilité de l’approvisionnement en électricité durant l’été 2026, dans un contexte où les prévisions tablaient déjà sur une hausse de la demande liée aux vagues de chaleur et d’humidité. Un vaste programme de maintenance préventive des réseaux et des transformateurs a ainsi été mis en œuvre pour limiter les pannes, en parallèle de la mise en service programmée de nouvelles installations électriques renforçant les capacités de production, de transport et de distribution.

M. Hedna a également évoqué les incendies qui touchent plusieurs wilayas, 52 foyers recensés la veille, de Tizi Ouzou jusqu’à El Tarf, et qui occasionnent des dommages aux réseaux de transport et de distribution électrique, compliquant davantage la continuité du service durant les périodes de pointe.

Des mesures incitatives

Face à cette pression sur le système, le ministère de l’Energie a lancé, depuis le 18 juin dernier, une campagne nationale de rationalisation de la consommation électrique, associant la Commission de régulation de l’électricité et du gaz, les associations de protection du consommateur et plusieurs acteurs de la société civile. Cette campagne vise à ancrer une culture de consommation responsable de l’énergie, préserver les ressources nationales et garantir la continuité de l’approvisionnement durant l’été, le Premier ministère ayant adressé des correspondances aux différents secteurs et institutions publiques pour rappeler que la rationalisation de l’énergie relève d’une responsabilité collective.

M. Hedna a insisté sur le rôle déterminant du comportement quotidien des consommateurs, qu’il évalue à 70% dans la maîtrise de la demande électrique. Il a appelé les citoyens à régler la climatisation à 25 degrés plutôt qu’à des températures très basses, à en faire un usage raisonné, à éteindre les appareils inutilisés plutôt que de les laisser en veille, à privilégier l’éclairage naturel et à s’équiper d’appareils à haute efficacité énergétique. Il a de même souligné l’importance, pour les collectivités locales, de rationaliser l’éclairage public dans les établissements et les mosquées, en coordination avec les imams, ainsi que la nécessité de s’acquitter des factures d’électricité, rappelant que les tarifs pratiqués en Algérie sont subventionnés et que le recouvrement contribue au financement des programmes d’investissement destinés à développer le réseau.

Un dispositif d’aide financière pouvant atteindre 50.000 dinars a par ailleurs été annoncé pour encourager le remplacement des climatiseurs énergivores par des équipements plus performants, y compris de fabrication locale, via une plateforme électronique dédiée à l’enregistrement des demandes, une mesure destinée à la fois à réduire la pression sur le réseau aux heures de pointe et à soutenir l’industrie nationale. M. Hedna a tenu à préciser que cette rationalisation ne vise nullement à réduire le confort des citoyens, mais à préserver les ressources nationales pour les générations futures tout en assurant un service électrique stable et de qualité.

Une pression qui pèse aussi sur les capacités d’exportation

Au-delà du défi immédiat de sécuriser l’approvisionnement domestique, cette envolée de la demande électrique pose une question plus structurelle pour l’économie nationale : celle de la part croissante du gaz consommé sur le marché intérieur, aux dépens des volumes disponibles à l’exportation. L’électricité algérienne demeurant très majoritairement produite à partir du gaz naturel, chaque pic de consommation électrique se traduit mécaniquement par une ponction supplémentaire sur les réserves destinées aux marchés extérieurs.

Cette problématique avait été posée avec netteté lors d’une table ronde organisée fin juin à Alger par l’association Club Energy, réunissant d’anciens cadres dirigeants du secteur. Abdelmadjid Attar, vice-président de l’association et ancien P-dg de Sonatrach, avait alors dressé plusieurs scénarios de consommation en gaz à l’horizon 2035, évoquant, dans l’hypothèse d’une croissance faible de la demande, des besoins compris entre 68 et 71 milliards de mètres cubes par an. Des projections qui, dans les scénarios de croissance plus soutenue, s’annoncent nettement plus élevées.

Samira Ghrib

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *