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Mondial 2026 : Tomber de rideau sur une édition que la FIFA veut historique

À la veille d’une finale Argentine-Espagne qui s’annonce comme l’événement planétaire de l’année, le président de la FIFA Gianni Infantino a dressé, jeudi soir depuis la Trump Tower de New York, un bilan triomphal d’un Mondial à 48 équipes qui aura battu tous les records d’affluence de l’histoire du football, non sans avoir traversé des zones de turbulences politiques, géopolitiques et arbitrales qui ont profondément agité la compétition.

Le décor était soigneusement choisi. C’est dans le gratte-ciel new-yorkais de Donald Trump, symbole à lui seul de toutes les ambiguïtés politiques de cette édition américaine, que Gianni Infantino a réuni jeudi soir les membres du Conseil de la FIFA, des représentants d’associations membres et plusieurs anciennes gloires du football mondial pour une réception aux allures de bilan de mandat. Le patron de l’instance dirigeante du football mondial n’a pas boudé son plaisir. Visiblement ému, l’Italo-Suisse a déclaré que « cette Coupe du monde a dépassé toutes les attentes », avant d’enfoncer le clou avec une formule qu’il avait manifestement préparée.  « Il ne s’agit pas seulement de la plus grande Coupe du monde de tous les temps. C’est également le plus grand événement humain, social et culturel que le monde n’ait jamais vu. »

Les chiffres brandis par la FIFA donnent effectivement le vertige. Quelque 6 665 825 spectateurs ont assisté aux rencontres de ce Mondial élargi à 48 équipes, réparties dans 16 villes hôtes réparties sur trois pays, États-Unis, Canada et Mexique. Ce total dépasse, selon la FIFA, la somme cumulée des éditions 2018 en Russie et 2022 au Qatar. La moyenne s’établit à 65 351 spectateurs par match, avec un taux de remplissage de 99,7 %, présenté par l’institution comme le plus élevé jamais enregistré dans l’histoire de la compétition. Des chiffres que l’organisation a communiqués avec une précision chirurgicale, consciente que la bataille narrative est aussi importante que les résultats sur le terrain.

Une cérémonie de clôture cinq étoiles

Pour mettre en scène ce triomphe, la FIFA a convoqué le gratin du show-business mondial pour la cérémonie de clôture, produite en partenariat avec le studio créatif « Balich Wonder Studio », et qui se déroulera ce dimanche 19 juillet à partir de 13h30 heure locale au MetLife Stadium de New York-New Jersey, soit 90 minutes avant le coup d’envoi de la finale. Les portes ouvriront dès 11h00 du matin, la FIFA ayant lancé un appel solennel aux supporters pour qu’ils arrivent tôt afin de profiter des animations, offres exclusives et divertissements d’avant-match.

Le plateau artistique réunit des noms qui, à eux seuls, garantissent l’audience planétaire comme Laura Pausini, icône de la pop italienne, Nicole Scherzinger, Robbie Williams et le phénomène des réseaux sociaux IShowSpeed, dont la popularité auprès des jeunes générations est un signal clair envoyé par la FIFA quant à sa stratégie de conquête de nouveaux publics. La cerise sur le gâteau sera une apparition spéciale de Tom Cruise, dont les cascades et la présence médiatique sont désormais un outil de promotion rodé. On se souvient de son irruption à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024. L’hymne national américain, lui, sera confié à Jennifer Hudson, seule artiste vivante à avoir décroché les quatre trophées Emmy, Grammy, Oscar et Tony Awards.

Heimo Schirgi, directeur des opérations de la Coupe du Monde 2026, a résumé l’ambition du spectacle. « Dans le même esprit que les cérémonies d’ouverture, qui ont accueilli le monde sur la plus grande scène au Canada, au Mexique et aux États-Unis, la cérémonie de clôture bouclera la boucle de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 à travers la musique, la culture et le football, avant le coup d’envoi du match tant attendu qui couronnera les champions de ce tournoi révolutionnaire », dit-il.

L’ombre des polémiques géopolitiques

Mais derrière le faste de la Trump Tower et les lumières du MetLife Stadium et tout ce glamour hollywoodien, ce Mondial 2026 aura été traversé de bout en bout par des controverses qui ont souvent éclipsé les exploits sportifs. Dès avant le coup d’envoi, la co-organisation inédite entre trois nations avait soulevé des questions sur la gouvernance et l’équité de l’organisation. Le choix de tenir la finale, comme les matchs à enjeu majeur, sur le sol américain, au détriment de villes mexicaines et canadiennes qui s’estimaient reléguées au rang de faire-valoir, avait provoqué des remous au sein même du comité d’organisation.

La présence du nom de Donald Trump dans l’intitulé même du lieu de la réception d’Infantino, la Trump Tower, n’a pas manqué de faire réagir. Plusieurs associations de journalistes et organisations de défense des droits de l’homme avaient, dès le début du tournoi, dénoncé ce qu’elles percevaient comme une instrumentalisation du football au profit d’une image politique, à l’heure où l’administration américaine menait une politique migratoire ultra-restrictive. Des supporters munis de billets en règle s’étaient vu refuser l’entrée sur le territoire américain pour des raisons liées à leur nationalité, iranienne, vénézuélienne ou syrienne notamment, créant des incidents diplomatiques que la FIFA avait été contrainte de reconnaître, tout en renvoyant la responsabilité aux autorités fédérales américaines. Sans oublier le scandale provoqué par le refoulement de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan à son arrivée aux États-Unis, l’empêchant d’officier lors de la Coupe du Monde, malgré son passeport diplomatique et son visa en règle. Un arbitre accrédité par la FIFA que celle-ci n’a pas daigné défendre. Que dire des sélections africaines soumises à des contrôles humiliants à leur arrivée dans les aéroports américains.

La situation la plus emblématique de ces dérives est sans conteste celle vécue par la sélection iranienne. Victime directe de la politique belliqueuse de l’administration Trump, l’équipe nationale d’Iran a été contrainte, tout au long de la compétition, de résider au Mexique, pays co-organisateur, entre ses matchs. Les joueurs devaient traverser la frontière pour disputer leurs rencontres sur le sol américain, avant d’être obligés de quitter immédiatement le territoire américain à l’issue de chaque match. Une situation sans précédent dans l’histoire de la Coupe du monde, logistiquement épuisante et humainement dégradante, qui aurait dû valoir à la FIFA des explications publiques circonstanciées. L’instance dirigeante du football mondial, pourtant prompte à se poser en gardienne des valeurs universelles du sport, a largement minimisé l’affaire, renvoyant la responsabilité aux seules autorités fédérales américaines. Une posture jugée inacceptable par de nombreuses fédérations et organisations de défense des droits humains, qui ont rappelé que la FIFA avait contractuellement l’obligation de garantir des conditions égales de participation à toutes les équipes qualifiées.

La VAR au cœur de la tempête

Sur le plan strictement sportif, l’arbitrage et l’usage de l’assistance vidéo à la décision (VAR) ont constitué le feuilleton récurrent de l’édition 2026. L’élargissement à 48 équipes, avec ses 104 matchs de phase de groupes, a mécaniquement multiplié les décisions litigieuses, certaines ayant eu des conséquences directes sur la qualification d’équipes entières. Au-delà, certaines décisions arbitrales clairement favorables au tenant du titre argentin a suscité l’indignation. La fin du Mondial est marquée par la finale Espagne-Argentine pérvue ce dimanche soir à 20h00 heure algérienne. Deux philosophies du football, deux histoires, deux continents symboliquement réunis dans un stade américain dont les tribunes seront remplies à 99,7 %. Infantino l’a dit avec la grandiloquence qui est sa marque de fabrique, mais les chiffres, eux, ne mentent pas. Ce Mondial aura été une machine à records. Reste à savoir si la postérité retiendra les records d’affluence ou les zones d’ombre qui les auront accompagnés.

Moncef Dahleb

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