Résultats des législatives et irrégularités dans le processus électoral : La Cour constitutionnelle rend son verdict
La présidente de la Cour constitutionnelle, Mme Leïla Aslaoui, a annoncé samedi à Alger les résultats définitifs des élections législatives du 2 juillet 2026, au terme de l’examen des recours introduits contre les résultats provisoires proclamés près de deux semaines plus tôt par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), conformément aux articles 191 de la Constitution et 211 de la loi organique relative au régime électoral.
Le verdict de la Haute juridiction confirme, pour l’essentiel, la physionomie déjà connue de la future Assemblée populaire nationale, tout en y apportant des retouches qui ne sont pas sans conséquence sur les rapports de force entre les états-majors politiques. Le Front de libération nationale (FLN) conserve la première place avec 91 sièges sur 407, devançant le Rassemblement national démocratique (RND), crédité de 74 mandats, et le Front El-Moustakbel, qui s’installe en troisième position avec 56 députés. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) occupe la quatrième marche avec 43 sièges, suivi du Mouvement El-Bina avec 40 élus, puis des listes indépendantes qui totalisent 33 sièges. Sawt Echaab décroche 16 sièges, le Front des forces socialistes (FFS) en obtient 12, tandis qu’une dizaine de formations, du Parti de la liberté et de la justice à l’Alliance nationale républicaine, se partagent le reste de l’hémicycle.
En comparant ce verdict aux résultats provisoires diffusés par l’ANIE début juillet, l’on relève des ajustements limités mais significatifs : le FLN et le RND gagnent chacun un siège supplémentaire, quand le Front El-Moustakbel en cède trois. À l’inverse, le MSP et El-Bina progressent de trois sièges par rapport aux chiffres provisoires, un correctif qui, sans bouleverser la hiérarchie, atténue légèrement le recul du courant islamiste enregistré depuis 2021, année où le MSP occupait la deuxième place avec 65 sièges. Le taux de participation, lui, demeure inchangé entre les deux annonces avec 21,24% à l’intérieur du pays et 10,75% au sein de la communauté nationale à l’étranger, un chiffre qui confirme la faible mobilisation déjà pointée lors de la proclamation provisoire.
Selon les données communiquées par la présidente de la Cour constitutionnelle, le corps électoral comptait 23.872.756 inscrits, pour 5.071.020 votants, dont 4.111.331 suffrages exprimés et 959.689 bulletins nuls. À l’étranger, 854.285 électeurs étaient inscrits, pour 91.810 votants seulement. Sur le plan contentieux, 320 recours ont été déposés devant la Cour, dont 43 ont été jugés fondés, 8 rejetés pour vice de forme et 269 écartés faute de fondement.
Des anomalies constatées dans neuf circonscriptions
Au-delà des chiffres, l’intervention de Mme Aslaoui a mis en lumière des dysfonctionnements ayant émaillé le déroulement du vote dans plusieurs wilayas. La présidente de la Cour a fait état d’anomalies relevées à Alger, Chlef, Bouira, Djelfa, M’sila, Mila, Oran, Barika et Aïn Ouessara, soit neuf circonscriptions où des correctifs ont dû être apportés au dépouillement initial.
Le cas le plus emblématique concerne la capitale, où les suffrages recueillis par les listes du Front El-Moustakbel ont été invalidés dans 57 bureaux de vote de la commune de Bourouba. À Chlef, ce sont des bulletins favorables au RND qui ont fait l’objet d’une annulation, tandis qu’à Bouira, des voix portées sur les listes du Front El-Moustakbel ont également été écartées. À Aïn Ouessara, la sanction a cette fois touché le parti majoritaire, avec l’invalidation de bulletins acquis au FLN. D’autres irrégularités, sans que la présidente de la Cour n’en détaille systématiquement la nature, ont par ailleurs été signalées dans les wilayas de Djelfa, M’sila, Mila, Oran et Barika.
Ces correctifs, bien que circonscrits, illustrent la vigilance affichée par la Cour constitutionnelle dans le traitement des contestations post-électorales et confirment, une fois de plus, la persistance de failles locales dans l’organisation du scrutin, quand bien même celles-ci n’ont pas suffi à modifier substantiellement l’équilibre général issu des urnes.
Cette nouvelle carte politique, où le tandem FLN-RND consolide sa position dominante face à un courant islamiste en repli et à une opposition dispersée, dessine les contours d’une future Assemblée populaire nationale marquée par la continuité, malgré une représentation plus diversifiée de l’ensemble du faisceau politique algérien avec la présente de représentant de plus d’une vingtaine de partis. L’installation des nouveaux députés devrait intervenir dans les prochains jours, avant la clôture de la session parlementaire.
Hocine Fadheli

