Arrêt des frappes et bombardements au Moyen-Orient : Une chance pour la diplomatie ?
Après plusieurs jours de bombardements US contre l’Iran et de riposte iranienne ayant affecté plusieurs pays de la région du Golfe à la suite de la violation du cessez-le-feu instauré le 17 juin, une accalmie s’est installée depuis deux jours au Moyen-Orient.
Aucun bombardement américain n’a été signalé en territoire iranien dans la nuit de samedi à dimanche, une deuxième nuit consécutive sans frappes, tandis que Téhéran affirme de son côté n’avoir mené aucune attaque contre les pays du Golfe alliés de Washington. Une pause fragile, dont la portée reste incertaine, mais qui ouvre une fenêtre que plusieurs acteurs régionaux et internationaux semblent vouloir saisir pour relancer la voie diplomatique.
Sur le plan militaire, cette interruption des hostilités serait, selon Téhéran, la conséquence directe de la cessation des frappes américaines. « Comme notre stratégie est essentiellement basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations », a expliqué le porte-parole de l’armée iranienne, Mohammad Akraminia, cité par la télévision d’État. Une déclaration qui traduit la logique défensive revendiquée par Téhéran depuis le début de l’escalade, tout en laissant planer la menace d’une reprise des hostilités. Le responsable militaire a en effet averti que le conflit « s’étendra encore » géographiquement si les États-Unis choisissaient de reprendre leurs bombardements, en particulier les frappes aériennes.
Du côté américain, plusieurs éléments convergent pour expliquer cette pause. Selon des informations rapportées par le New York Times et citées par plusieurs sources proches du dossier, l’administration de Donald Trump aurait suspendu, pour l’heure, ses projets d’intensification militaire en raison de préoccupations logistiques bien réelles liées à l’épuisement progressif des stocks américains de missiles intercepteurs Patriot, indispensables à la protection des troupes et bases américaines en Jordanie, au Koweït, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis. Le chef d’état-major interarmées, le général Dan Caine, aurait ainsi averti les responsables américains qu’une opération de grande ampleur demeurait certes réalisable, mais qu’elle réduirait dangereusement les capacités de défense aérienne du Commandement central (CENTCOM). Ces inquiétudes se seraient accentuées après la mort de trois soldats américains en Jordanie, lors d’une attaque au cours de laquelle un missile balistique iranien est parvenu à franchir les défenses américaines.
Interrogé sur cette pause, l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Mike Waltz, a confirmé une volonté de laisser sa chance au dialogue. « Il laisse un peu de marge aux négociations, il leur accorde un peu de répit », a-t-il déclaré sur Fox News à propos du président américain. Donald Trump lui-même a assuré que le contact avec les dirigeants iraniens n’était pas rompu. « En fait, on leur parle en ce moment », a-t-il affirmé, ajoutant : « Je pense qu’ils deviennent de plus en plus sérieux au fil des jours, peut-être pour une raison évidente. »
Les négociations avancent sur Ormuz
Cette fenêtre diplomatique semble d’ailleurs déjà porter certains fruits sur un dossier hautement stratégique, celui du détroit d’Ormuz, point de passage essentiel du commerce mondial du pétrole et du gaz, dont les rives sont contrôlées par l’Iran et le sultanat d’Oman. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a fait état de discussions techniques tenues vendredi et samedi à Téhéran entre vice-ministres iranien et omanais, portant sur « les principes communs et les mécanismes de mise en œuvre » destinés à garantir une navigation sûre dans le détroit, dans le respect des droits souverains des deux États riverains. Des échanges qualifiés de « constructifs » par le responsable iranien, qui affirme que des progrès ont été réalisés et que les consultations techniques et politiques se poursuivent.
Le dossier du détroit d’Ormuz demeure toutefois une source de friction majeure entre Téhéran et Washington. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a accusé les États-Unis d’avoir violé le mémorandum d’entente conclu après le précédent cessez-le-feu, en ouvrant un corridor maritime alternatif avant l’expiration du délai d’un mois prévu pour la mise en œuvre de l’accord. Selon lui, l’article 5 du texte confie explicitement à l’Iran la responsabilité de définir les itinéraires de navigation et de conduire les opérations de déminage. « Si les Américains estimaient qu’un autre corridor devait être ajouté ou supprimé, ils auraient dû consulter l’Iran », a-t-il fait valoir, affirmant avoir personnellement transmis plusieurs mises en garde à Washington, directement et par l’intermédiaire de médiateurs qatari et pakistanais. « Nous n’avons constaté aucun signe de bonne volonté dans le comportement des États-Unis », a-t-il ajouté, tout en reconnaissant que la situation du trafic maritime dans le détroit restait, à ce stade, inchangée.
Au-delà de ce dossier, plusieurs incidents sont venus complexifier davantage la donne régionale. Le ministre iranien des Affaires étrangères a par ailleurs accusé l’Ukraine d’avoir attaqué un navire commercial iranien en mer Caspienne, faisant état d’un marin tué, une action qu’il a présentée comme ayant été menée « à la demande d’Israël » afin, selon lui, d’impliquer davantage l’Europe dans le conflit, une accusation que Kiev n’a pas commentée dans l’immédiat. De son côté, l’armée iranienne affirme avoir détruit, durant les quinze jours de guerre les plus intenses, plusieurs avions et hélicoptères américains au sol, ainsi que des drones de reconnaissance, sans que ce bilan ait pu être vérifié de manière indépendante.
Sur le plan régional, Abbas Araghchi a par ailleurs évoqué une volonté croissante de rétablir la confiance avec les pays arabes voisins, malgré des tensions encore persistantes après plusieurs semaines de conflit. « Je constate une volonté de reconstruire la confiance. Nous sommes voisins et nous le resterons », a-t-il affirmé, plaidant également pour une résolution diplomatique de la crise yéménite, qu’il présente comme une question régionale dépassant le seul prisme iranien.
Cette accalmie intervient enfin à la veille d’une visite à Washington du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, un rendez-vous qui pourrait peser sur la suite des événements. Entre lassitude militaire, contraintes logistiques et prudence diplomatique affichée de part et d’autre, la trêve actuelle reste éminemment précaire. Mais elle dessine, pour l’heure, un espace de négociation que plusieurs capitales semblent désormais disposées à explorer, sans qu’aucune des parties n’ait pour autant renoncé à ses lignes rouges.
Lyes Saïdi

