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Alger et Dakar scellent un rapprochement stratégique

En visite de travail à Alger, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, a été reçu dimanche par son homologue Ahmed Attaf, puis par le ministre de l’Energie Mohamed Arkab. Cette visite traduit la volonté commune d’Alger et de Dakar de relancer une coopération globale. Alger et Dakar sont d’ailleurs convenus de réactiver leurs mécanismes de coopération, avec la tenue d’une commission mixte algéro-sénégalaise avant la fin de l’année et la relance du Conseil d’affaires bilatéral, resté en sommeil depuis plusieurs années.

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a reçu, dimanche à Alger, son homologue sénégalais, Cheikh Niang, ministre de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, en visite de travail dans le pays. Loin de se limiter à un échange protocolaire, cette visite a donné lieu à une série de rencontres, avec le chef de la diplomatie puis avec le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, confirmant la volonté des deux capitales de redonner un souffle global à leur relation bilatérale.

L’entretien entre les deux ministres des Affaires étrangères, tenu en tête-à-tête puis élargi aux membres des délégations, a permis, selon le communiqué du ministère, de « procéder à une évaluation globale de l’état des relations algéro-sénégalaises et d’examiner les perspectives de leur consolidation dans tous les domaines prioritaires ». Le champ couvert est large notamment les hydrocarbures et l’énergie, mais aussi « l’industrie pharmaceutique, la finance, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et la formation professionnelle », ainsi que le développement des échanges commerciaux, notamment « en tirant parti des avantages qu’offre la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ». Preuve que les deux pays veulent structurer leur partenariat, Alger et Dakar sont convenues de réactiver leurs mécanismes de coopération, avec la tenue d’une commission mixte algéro-sénégalaise avant la fin de l’année et la relance du Conseil d’affaires bilatéral, resté en sommeil depuis plusieurs années.

Cette rencontre a aussi été, selon le communiqué, « une importante occasion pour échanger les vues sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun, en tête desquelles la situation dans la région sahélo-saharienne ». Un point qui n’a rien d’un hasard, car l’Algérie, engagée depuis des mois dans une diplomatie active de médiation et de stabilisation au Sahel, cherche à élargir le cercle de ses partenaires africains partageant sa lecture de la crise régionale, et le Sénégal, acteur influent de la CEDEAO, figure parmi les interlocuteurs recherchés sur ce dossier.

L’expertise de Sonatrach pour le gaz sénégalais

C’est dans ce contexte de relance diplomatique d’ensemble que s’inscrit le volet énergétique, abordé lors d’une rencontre séparée entre Mohamed Arkab et Cheikh Niang, en présence du PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, des ambassadeurs des deux pays et de cadres du secteur. Les deux parties ont réaffirmé, selon le communiqué du ministère de l’Energie, « la solidité des relations de fraternité et d’amitié unissant l’Algérie et le Sénégal, ainsi que leur volonté commune de les hisser vers un partenariat économique et stratégique plus large », avant d’aborder « le développement de la coopération dans les différents maillons de la chaîne de valeur de l’industrie du pétrole et du gaz, notamment dans les domaines de l’exploration et de la production, du développement des champs, du raffinage et de la pétrochimie ».

Les deux ministres ont notamment réaffirmé l’importance d’activer le mémorandum d’entente signé entre Sonatrach et la compagnie nationale sénégalaise Petrosen, afin d' »ouvrir de nouvelles perspectives en matière d’investissement et d’échange d’expertises ». Le communiqué évoque aussi « les moyens pour la partie sénégalaise de bénéficier de l’expertise algérienne dans le développement du secteur du pétrole et du gaz au Sénégal, notamment dans le sillage des nouvelles découvertes que connaît ce pays ». Rappelons dans ce contexte l’entrée récente du Sénégal dans le club des producteurs, avec la mise en exploitation du champ pétrolier de Sangomar et du gisement gazier transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, dont la production a atteint son rythme de croisière au premier trimestre 2026, avec près de 17 000 barils équivalent pétrole par jour et plusieurs cargaisons de GNL exportées chaque mois.

Face à cette montée en puissance rapide, Dakar cherche logiquement à consolider son expertise technique et sa gouvernance pétrolière, un besoin que Mohamed Arkab a proposé de couvrir à travers l’expérience algérienne, en évoquant « les voies de renforcement de la coopération dans les domaines de la formation et du transfert de connaissances entre l’Institut algérien pétrole (IAP) et son homologue sénégalais », ainsi que les opportunités dans « les industries pétrochimiques, le transport des hydrocarbures, la commercialisation des produits pétroliers et gaziers », et l’échange d’expertises en matière de « réglementation, de gouvernance, de gestion des données pétrolières, de sécurité industrielle et de protection de l’environnement ».

Le ministre des Hydrocarbures a par ailleurs replacé cette coopération bilatérale dans une vision continentale, rappelant que « l’Algérie, conformément aux orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, attache une importance particulière au renforcement de la coopération intra-africaine et à la promotion des partenariats Sud-Sud », et appelant à « consolider l’action commune au sein de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), de manière à soutenir la sécurité énergétique du continent ». Une manière, pour Alger, de se poser en partenaire de référence des nouveaux producteurs africains. De son côté, le ministre sénégalais a réaffirmé la volonté de son pays de « bénéficier de l’expérience algérienne dans le domaine des hydrocarbures », saluant l’expertise de Sonatrach, tout en confirmant plus largement l’intérêt de Dakar pour un élargissement de la coopération avec Alger.

Salim Amokrane

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