Vague migratoire sur Ceuta : La Garde civile espagnole détecte des agents du renseignement marocain infiltrés parmi les migrants
La Garde civile espagnole a mis au jour un nouveau volet des méthodes employées par le Makhzen dans l’instrumentalisation des crises migratoires, après avoir repéré des éléments liés aux services de renseignement marocains au sein de la vague de traversées massives et sans précédent qui a déferlé ces derniers jours sur Ceuta. Selon des révélations rapportées dimanche par le quotidien espagnol El Español, citant des sources de l’état-major général de la Garde civile, le dispositif de vidéosurveillance déployé le long de la frontière a permis d’identifier des individus appartenant aux services de renseignement marocains, se déplaçant au milieu des milliers de migrants qui ont afflué vers Ceuta. Les mêmes sources précisent que leur identification a été rendue possible grâce aux moyens de surveillance sécuritaire qui ont documenté leurs mouvements au plus fort de la crise.
Guerre hybride
Le journal ne s’est pas limité à révéler la présence de ces éléments, il a également rapporté que, selon les sources sécuritaires espagnoles, l’apparition d’agents du renseignement marocain au sein des vagues migratoires est devenue « un schéma récurrent » lors des crises qu’ont connues Ceuta et Melilla, deux villes espagnoles. Une constante qui a conduit les services de sécurité à considérer ces mouvements comme relevant des méthodes de la « guerre hybride », à travers laquelle le régime marocain instrumentalise l’immigration irrégulière pour engranger des gains politiques et sécuritaires et faire pression sur Madrid chaque fois que ses intérêts l’exigent.
Les mêmes sources ont ajouté que la mission de ces éléments ne consistait pas à participer aux opérations de franchissement illégal, mais à exécuter des tâches de renseignement de terrain. Il s’agit d’observer la manière dont les forces de sécurité espagnoles géraient la crise, évaluer la rapidité de leur intervention, cartographier leurs mécanismes de déploiement, et repérer les points de force et de faiblesse du dispositif de sécurisation des frontières, avant de transmettre ces données aux autorités du Makhzen. Un comportement que les milieux sécuritaires espagnols ont qualifié d’« exploitation dangereuse d’une crise humanitaire à des fins de renseignement ».
El Español n’est pas le seul média à relayer ces informations. Le journal La Gaceta, s’appuyant sur les mêmes sources sécuritaires, a confirmé que les systèmes de surveillance de la Garde civile avaient bel et bien repéré des éléments des services de renseignement du Makhzen au sein des foules de migrants, estimant que leur présence démontre que la crise n’était pas un simple afflux spontané, mais qu’elle s’est accompagnée d’un suivi direct des services de renseignement sur le terrain.
De son côté, le quotidien El Nacional a souligné que l’identification de ces éléments s’est faite en temps réel grâce aux systèmes de surveillance sécuritaire, précisant que cet épisode a suscité une vive inquiétude au sein des institutions sécuritaires espagnoles. Le journal rappelle que les rapports sécuritaires avaient déjà observé, à chaque épisode similaire, des comportements identiques chez des agents marocains surveillant « le moindre détail » des opérations, ce qui accentue les doutes des responsables espagnols quant au caractère « spontané » de la récente vague migratoire massive vers Ceuta.
Dans le même sens, La Jornada a publié depuis Madrid un reportage confirmant, selon les sources sécuritaires espagnoles, la présence d’éléments du renseignement marocain parmi les migrants, estimant que ces faits confèrent à la crise une dimension sécuritaire et informationnelle qui dépasse largement sa dimension humanitaire, et soulèvent de sérieuses interrogations sur la nature du rôle joué par les services marocains durant cette crise.
L’ensemble de ces éléments conforte, selon la lecture des services de sécurité espagnols, la conviction que le Makhzen ne se contente pas d’exploiter la souffrance de milliers de jeunes Marocains comme carte de pression politique dans ses relations avec l’Espagne, mais mobilise également des agents du renseignement pour accompagner ces crises sur le terrain et collecter des informations sécuritaires sous couvert des flux humains, une pratique qui suscite une inquiétude croissante au sein des institutions espagnoles et européennes, et met en lumière le risque de transformer les migrants en instruments au service de calculs politiques et sécuritaires.
Ces révélations interviennent alors que des experts en migration et en relations internationales estiment que le Makhzen exploite la crise sociale que vit le peuple marocain à des fins politiques, utilisant le sort de ses citoyens comme moyen de chantage vis-à-vis de Madrid, dans un contexte marqué par un bilan provisoire de dizaines de morts parmi les candidats à la traversée vers Ceuta.
Massinissa Raïs

