Le festival dédié institutionnalisé : Oran consacrée capitale internationale du raï
Le ministère de la Culture et des Arts vient de donner corps à une réorganisation majeure du paysage festivalier consacré au raï.
Par arrêté signé le 1er Dhou El Hidja 1447, correspondant au 18 mai 2026, et publié depuis au Journal officiel n° 53 du 23 juillet 2026, la ministre Malika Bendouda a procédé à l’institutionnalisation, à Oran, du festival culturel international annuel de la chanson raï. Ce texte s’appuie sur les dispositions de l’article 2 du décret exécutif n° 03-297 du 10 septembre 2003, modifié et complété, qui fixe les conditions et modalités d’organisation des festivals culturels en Algérie. Cette institutionnalisation intervient dans le sillage direct de la dernière édition en date du festival national, tenue en août 2025. Placée sous le patronage du ministère de la Culture et des Arts et de la wilaya d’Oran, la 14e édition s’était déroulée exceptionnellement en deux temps forts une première étape à Sidi Bel Abbès du 7 au 10 août, suivie d’un second volet à Oran, au théâtre en plein air Hasni Chekroun, à partir du 18 août. Cette édition commémorait alors les quarante ans du tout premier festival non officiel de la chanson raï, organisé en 1985 à Oran, et avait donné lieu à une conférence académique réunissant plusieurs spécialistes du genre, aux côtés d’une programmation ayant mobilisé une vingtaine d’artistes et une large affluence populaire. Le programme avait réuni une vingtaine d’artistes, ainsi qu’une conférence académique sur l’histoire de ce genre musical, animée par plusieurs universitaires spécialistes de la question.
Concrètement, cette décision sépare deux événements qui étaient jusque-là mélangés. D’un côté, un nouveau festival international, basé à Oran, chargé de faire rayonner le raï à l’étranger et d’accueillir artistes, chercheurs et professionnels venus du monde entier. De l’autre, le festival national, qui retrouve sa ville d’origine, Sidi Bel Abbès, après avoir été délocalisé à Oran depuis 2022. C’est Nardjès Zerhouni qui dirigera ce festival national.
L’objectif du ministère est simple. Il s’agit de donner au raï une vitrine à la hauteur de son statut. Le festival national à Sidi Bel Abbès est tourné vers les racines populaires du raï, et le festival international à Oran est tourné vers l’ouverture sur le monde. Une manière, pour le ministère de la Culture, de consolider à la fois la mémoire et l’avenir de ce patrimoine musical algérien.
Cette institutionnalisation fait aussi suite directe à l’inscription du raï par l’UNESCO sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2025. En dotant le rai d’un festival international officiel, l’État concrétise les engagements pris auprès de l’organisation onusienne, à savoir structurer une protection juridique et financière pérenne du raï, et financer sa transmission aux nouvelles générations à travers des programmes dédiés.
Derrière cette décision se cache aussi un enjeu stratégique. En s’imposant comme la seule référence institutionnelle du genre, l’Algérie entend rappeler de façon incontestable l’ancrage historique du raï sur son sol et se prémunir contre toute tentative d’appropriation culturelle.
Le nouveau festival ne se limite pas à une programmation de concerts. Il ambitionne de devenir un véritable espace académique, réunissant musicologues, historiens et universitaires autour de la mémoire du raï, depuis les voix pionnières des cheikhs et cheikhates jusqu’aux stars contemporaines du genre. Cette dimension de recherche et de documentation vient compléter le volet festif, avec l’idée d’archiver et de transmettre une histoire musicale jusque-là peu formalisée par les institutions.
Moncef Dahleb

