Culture

L’Algérie verrouille son patrimoine

Sensibilisation, recensement, documentation, le ministère de la Culture et des Arts veut mettre à l’abri les collections privées du costume traditionnel algérien, jalousement gardées par les familles à travers le pays. Une course contre la dispersion et l’oubli pour un pan entier de la mémoire nationale.

La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a présidé, vendredi à Alger, une réunion consacrée à la mise en place de mécanismes de protection des collections privées du costume traditionnel algérien détenues par les familles. Le ministère les considère comme un « patrimoine culturel national et partie intégrante de la mémoire collective de la société algérienne », indique un communiqué du département. Premier axe de ce chantier, la sensibilisation. Mme Bendouda a insisté sur « la nécessité de lancer une campagne de sensibilisation pour faire connaître l’importance de ces collections privées, au regard de leur valeur historique, culturelle et artistique », en y associant les différents acteurs afin de renforcer la prise de conscience. Ces pièces sont, a-t-elle souligné selon la même source, des « témoins matériels de la diversité du costume traditionnel algérien et de ses particularités à travers les différentes régions du pays ». Deuxième axe, le terrain. La ministre a appelé à « renforcer le travail de proximité et de terrain mené par les institutions et organismes concernés par le patrimoine culturel immatériel », en impliquant les associations et la société civile dans « un contact direct avec les familles détentrices de ces collections privées ». Il s’agit de « se rapprocher davantage des sources du patrimoine vivant », là où il se transmet encore, dans les armoires et les mémoires familiales. Troisième axe, la documentation. Mme Bendouda a plaidé pour « renforcer la coordination entre les différentes institutions et structures spécialisées » et pour « recenser et documenter ces collections à valeur patrimoniale ». Ce travail passera par des registres et des bases de données de référence, avec photographies et informations précises sur la composition, les caractéristiques, les sources et les régions d’origine de chaque collection. L’objectif est de les conserver « comme références pour la recherche, l’étude et la valorisation ».

Derrière cette réunion, les enjeux sont considérables. Du karakou algérois à la robe kabyle, du burnous à la melhfa, en passant par la blousa et le Caftan, le costume traditionnel est l’un des marqueurs les plus visibles de la diversité culturelle du pays. Or une grande partie de ce fonds échappe encore aux institutions. Elle dort dans des demeures familiales, exposée aux aléas du temps, de la conservation et de la transmission. Fragiles par nature, ces pièces brodées risquent de se dégrader, d’être dispersées au gré des héritages ou de quitter le patrimoine national faute d’inventaire. Recenser, c’est déjà protéger, car ce qui n’est pas documenté est difficile à défendre, à étudier et à transmettre.

Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de préservation du patrimoine national, qui englobe à la fois les dossiers de classement à l’UNESCO et la protection face aux tentatives d’appropriation culturelle, de plus en plus nombreuses, en provenance du Maroc. L’Algérie a déjà obtenu l’inscription de la Chedda de Tlemcen en 2012, puis, en décembre 2024, celle du costume féminin de cérémonie du Grand Est algérien (gandoura et melhfa), avant de déposer, en 2025, un dossier consacré aux bijoux en argent émaillé de la Kabylie. Les registres et bases de données annoncés serviront ainsi de références solides à l’appui des futurs dossiers d’inscription. À l’issue de la rencontre, la ministre a qualifié cette préservation de « responsabilité collective qui requiert la conjugaison des efforts afin d’assurer la sauvegarde de ce legs culturel en tant que partie intégrante de l’identité culturelle nationale et de la mémoire collective ».

Mohand Seghir

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