Céréales : L’autosuffisance en blé dur à portée de main
L’Algérie devrait enregistrer, cette année, l’une des plus importantes récoltes céréalières de son histoire récente. À la faveur d’une pluviométrie favorable, d’un accompagnement renforcé des agriculteurs et d’investissements soutenus dans les infrastructures agricoles, les pronostics du secteur pour la campagne 2025-2026 marquent un tournant dans la stratégie nationale de sécurité alimentaire avec une prévision de récolte de 5 millions de tonnes. Les perspectives sont particulièrement encourageantes pour le blé dur, dont l’autosuffisance apparaît désormais à portée de main.
Pour les professionnels de cette filière, les performances attendues cette saison ne relèvent pas du hasard. Elles sont le résultat d’une politique publique menée depuis plusieurs années en faveur de la relance de la filière céréalière. Les mesures mises en œuvre par les pouvoirs publics, à savoir l’amélioration de la disponibilité des semences certifiées, la subvention des engrais, le renforcement du soutien financier aux exploitants, la modernisation du matériel agricole et l’extension des capacités de stockage, commencent à produire leurs effets. Il est ainsi estimé que l’année 2026 constitue une année d’excellence pour la production céréalière. Car toutes les conditions étaient réunies dès le lancement de la campagne des semis. Les agriculteurs ont bénéficié des moyens nécessaires, qu’il s’agisse des semences adaptées aux différentes régions agro-climatiques, des fertilisants ou encore des équipements agricoles.
À ces mesures s’est ajoutée une pluviométrie abondante et bien répartie sur la majorité des régions du pays, permettant un développement optimal des cultures après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse. Les rendements enregistrés cette année devraient ainsi dépasser ceux des saisons précédentes et conduire à une production exceptionnelle. D’où les résultats attendus pourraient permettre à l’Algérie de franchir une étape majeure avec l’atteinte de l’autosuffisance en blé dur dès cette campagne agricole. Une perspective déjà évoquée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a récemment souligné les progrès réalisés dans cette filière stratégique.
Moyens logistiques
Cette dynamique impose néanmoins une mobilisation importante des moyens logistiques. Plus de 10 000 moissonneuses-batteuses sont actuellement mobilisées à travers le territoire afin d’assurer une récolte rapide et limiter les pertes. Il faut également insister sur la nécessité d’anticiper dès maintenant les besoins des prochaines campagnes, notamment en poursuivant le renouvellement du parc de matériel agricole et en renforçant la maintenance des équipements.
Au-delà des facteurs climatiques, il faut aussi mettre en avant l’évolution de la politique agricole nationale, désormais orientée vers le renforcement durable de la souveraineté alimentaire. Face aux effets du changement climatique et à la récurrence des épisodes de sécheresse, l’État a multiplié les dispositifs d’accompagnement au profit des producteurs tout en encourageant l’adoption de techniques culturales modernes, le respect des itinéraires techniques, ainsi que l’amélioration des chaînes de transport, de stockage et de collecte. Un point de vue qui fait l’unanimité, considérant que la campagne actuelle devrait établir de nouveaux records, notamment pour le blé dur, et soulignant que les investissements consentis dans les infrastructures de stockage, avec la réalisation de nouveaux silos et centres de collecte, constituent un maillon essentiel de la stratégie nationale visant à réduire les pertes après récolte et à sécuriser les approvisionnements.
L’agriculture saharienne comme levier
Dans ce même contexte, il faut mettre également en avant le développement de l’agriculture saharienne, devenue l’un des principaux leviers de croissance de la production céréalière. L’extension continue des superficies cultivées dans le Sud, soutenue par les investissements publics et privés ainsi que par des partenariats avec des investisseurs étrangers, ouvre des perspectives prometteuses pour accroître durablement la production nationale. Cette orientation stratégique est désormais considérée comme un pilier de la politique agricole nationale. Les vastes périmètres agricoles aménagés dans les régions sahariennes contribuent progressivement à diversifier les zones de production et à réduire la dépendance aux conditions climatiques des régions du Nord.
Délai fixé au 10 août
Pour accompagner cette récolte exceptionnelle, le gouvernement a engagé plusieurs mesures destinées à fluidifier la campagne de moisson-battage. Lors d’une réunion tenue en juillet dernier par visioconférence avec les walis, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a instruit les responsables locaux de veiller personnellement au bon déroulement des opérations et au respect du calendrier fixé par le président de la République. L’objectif est d’achever la campagne avant le 10 août, tout en assurant l’acheminement rapide des récoltes vers les centres de stockage. Les autorités reconnaissent que cette campagne présente des défis logistiques inédits, en raison de l’importance des superficies emblavées et des volumes de production attendus, les plus élevés enregistrés depuis plusieurs décennies. Afin d’y faire face, des mesures anticipatives ont été prises pour optimiser l’utilisation des équipements agricoles disponibles. Le parc national, qui compte près de 10 000 moissonneuses-batteuses, a été renforcé par la création de coopératives agricoles de mécanisation ayant engagé l’acquisition de nouveaux équipements répondant aux standards technologiques les plus récents.
Au-delà des performances attendues cette année, cette campagne apparaît comme un indicateur de la transformation engagée dans la filière céréalière. L’amélioration des rendements, l’extension des superficies cultivées, le développement de l’agriculture saharienne et le renforcement des capacités de stockage traduisent une stratégie de long terme visant à réduire progressivement la facture des importations et à consolider la souveraineté alimentaire du pays.
Sofia Chahine

