Détroit d’Ormuz : L’Iran et Oman s’accordent sur une nouvelle voie de navigation
L’Iran a indiqué mercredi avoir trouvé un accord avec le sultanat d’Oman sur un nouvel itinéraire de transit des navires dans le détroit stratégique d’Ormuz, dont ils sont tous les deux riverains et qui est au cœur des tensions avec les États-Unis.
«Les coordonnées géographiques du tracé envisagé par les deux parties ont été approuvées», a indiqué Esmaïl Baghaï, le porte-parole de la diplomatie iranienne cité par l’agence de presse officielle Irna, précisant que les deux pays travaillaient à une «déclaration conjointe», sous réserve que des «parties tierces ne viennent pas entraver le processus».
Mardi, dans une interview accordée à Fox News, le président américain Donald Trump a affirmé que le détroit rouvrirait « très bientôt », tout en réitérant des menaces militaires à l’adresse de Téhéran en cas d’échec des pourparlers. « S’ils se retirent de nouveau, ils seront frappés très durement. Ils le savent et le comprennent », a-t-il déclaré, avant d’ajouter, dans un registre plus mesuré, que des « très bonnes discussions » étaient en cours et que les négociateurs « avaient travaillé toute la journée ». S’exprimant plus tard devant des journalistes en Californie, avant de monter à bord d’Air Force One en direction de Las Vegas, Trump a estimé qu’un accord pourrait intervenir « demain ou le jour d’après », soit mercredi ou jeudi.
Ces déclarations illustrent le double registre caractéristique du président américain depuis le début du conflit provoqué par les attaques américano-israéliennes contre l’Iran en février dernier, une rhétorique martiale destinée à l’opinion intérieure, couplée à des signaux diplomatiques adressés aux interlocuteurs régionaux. Son secrétaire d’État, Marco Rubio, avait pour sa part confirmé des « progrès » dans les discussions, sans en préciser la teneur. Son ministre des Finances, Scott Bessent, s’était montré plus explicite sur la chaîne CNBC indiquant qu’« il y a une chance que nous parvenions aujourd’hui ou demain à un accord visant à rouvrir le détroit et à aller vers une normalisation. »
Du côté iranien, la communication officielle reste plus prudente. Lundi encore, Téhéran avait démenti tout contact direct avec Washington, précisant que ses négociations se déroulaient exclusivement avec Oman. Depuis le début du conflit, l’Iran n’autorise qu’un seul itinéraire de navigation le long de ses côtes et a envisagé l’instauration de frais de service pour les navires empruntant le détroit, une position rejetée par Washington et plusieurs États maritimes, au motif qu’elle contreviendrait au droit international de la mer.
Selon le site d’information Axios, qui cite des sources régionales, un accord temporaire de soixante jours serait sur la table. Il organiserait le passage dans le détroit selon un double itinéraire, les navires entrants emprunteraient une voie dans les eaux iraniennes, au nord, tandis que les bâtiments sortants suivraient une trajectoire méridionale dans les eaux contrôlées par Oman. Aucun péage ni droit de passage ne serait exigé dans les deux cas. La voie médiane, actuellement minée, serait déminée durant cette période. Téhéran n’a ni confirmé ni infirmé publiquement ces éléments.
Mardi, Donald Trump et l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, se sont entretenus par téléphone au sujet des efforts « pour apaiser les tensions » entre les deux capitales et « rapprocher les deux parties », selon un communiqué du palais qatari. Doha, qui entretient des relations avec Washington comme avec Téhéran, joue depuis plusieurs mois un rôle de facilitateur discret dans ce dossier.
Les marchés financiers, eux, ont réagi sans attendre aux signaux diplomatiques. Le prix du brut a sensiblement reculé en Asie dans la nuit de mardi à mercredi. Le baril de Brent de la mer du Nord perdait 1,12 % à 78,47 dollars, et le WTI américain 1,37 % à 74,73 dollars. Trump, qui lie explicitement la réouverture du détroit à une baisse du prix de l’essence à la pompe, qu’il espère voir descendre à 2,50 dollars le gallon, a par ailleurs appelé les compagnies pétrolières américaines à anticiper cette évolution en réduisant leurs prix dès maintenant.
Lyes S.

