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Tomate industrielle : Une filière asphyxiée par la canicule

Alors que la campagne de récolte de la tomate industrielle atteint son pic à Guelma, les fortes chaleurs perturbent toute la chaîne logistique de la filière. Dégradation des récoltes, files interminables devant les unités de transformation et hausse des coûts fragilisent une filière stratégique pour l’économie agricole de la région.

La campagne de récolte de la tomate industrielle se déroule cette année sous des températures extrêmes dans la wilaya de Guelma. Avec un mercure oscillant quotidiennement entre 44 et 46 °C, les producteurs doivent composer avec des conditions de travail éprouvantes qui affectent aussi bien les rendements que la qualité des fruits destinés à la transformation industrielle. Considérée comme l’un des principaux bassins nationaux de production de tomate industrielle, la wilaya consacre près de 2.670 hectares à cette culture, exploitée par plus de 200 agriculteurs. Chaque jour, des milliers de tonnes de tomates sont acheminées vers les usines de transformation implantées à Guelma, El Fedjoudj et Bouati Mahmoud. Or, cette année, l’abondance des apports, conjuguée à la saturation des capacités de réception des usines, provoque d’importants ralentissements. Les camions, semi-remorques, tracteurs et camionnettes chargés de tomates patientent parfois entre deux et trois jours avant de pouvoir accéder aux quais de déchargement.

Cette attente prolongée sous une chaleur écrasante a des conséquences directes sur la qualité des récoltes. Exposées plusieurs heures, voire plusieurs jours au soleil, les tomates commencent à se détériorer avant même leur transformation. Des producteurs interrogés sur place décrivent des cargaisons qui perdent rapidement leur jus sous l’effet de la chaleur, laissant s’écouler sur la chaussée un liquide noirâtre révélateur de l’altération des fruits.

Sur la RN n° 80, principal axe desservant les unités de transformation du groupe Agrodiv à El Fedjoudj et Bouati Mahmoud, de longues files de poids lourds s’étendaient sur plusieurs centaines de mètres. Les chauffeurs, contraints d’attendre leur tour pendant de longues heures, cherchent refuge à l’ombre des arbres bordant la route pour échapper à la chaleur étouffante qui règne dans les cabines.

En plus des pertes de qualité, les agriculteurs dénoncent une envolée des charges d’exploitation. Le coût de la main-d’œuvre saisonnière, les frais de transport, la location des véhicules ainsi que la rémunération des chauffeurs réduisent considérablement les marges des exploitants, déjà affectées par les effets de la canicule.

Face aux critiques, les responsables des unités de transformation assurent que leurs installations fonctionnent sans interruption. Les équipes sont mobilisées jour et nuit afin de réceptionner les récoltes, d’effectuer les opérations de pesée et d’accélérer le traitement des livraisons. Ils affirment que les producteurs sont pris en charge selon leur ordre d’arrivée, sans traitement préférentiel.

Ces explications ne dissipent toutefois pas les inquiétudes des professionnels de cette filière. Malgré les efforts consentis par les industriels, les délais de déchargement restent importants et les pertes continuent de s’accumuler au fil des heures. Cette situation met en évidence la vulnérabilité de l’ensemble de la filière face aux épisodes de chaleur extrême, de plus en plus fréquents.

Cette vulnérabilité n’épargne pas les autres bassins de production. À El Tarf, la tomate industrielle, pilier de l’agriculture locale, enregistre elle aussi une baisse spectaculaire de productivité. Les rendements y atteignent à peine 600 qx à l’hectare, contre près de 1.200 qx lors d’une campagne normale. À cette baisse de production s’ajoutent des difficultés logistiques qui aggravent les pertes. Les transporteurs ont fortement revu leurs tarifs à la hausse, tandis que plusieurs unités de transformation fonctionnent à environ 50 % de leurs capacités en raison des fortes chaleurs, ralentissant la réception des récoltes et provoquant des pertes supplémentaires. Les producteurs de la région doivent également faire face à une pénurie persistante de main-d’œuvre.

Pour les producteurs, l’amélioration des capacités de réception des usines, le renforcement des moyens logistiques et une meilleure organisation des livraisons apparaissent désormais indispensables pour limiter les pertes et préserver la rentabilité d’une culture qui occupe une place essentielle dans l’économie agricole de la région. À défaut de solutions rapides, certains exploitants n’écartent plus l’idée de réduire, voire d’abandonner, les superficies consacrées à la tomate industrielle lors des prochaines campagnes, une perspective qui pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de la filière agroalimentaire à l’Est du pays.

Zakia Merabet

admin

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