IA : L’Exécutif se mobilise autour d’une feuille de route en 5 axes
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a présidé mercredi à Alger la toute première réunion de coordination interministérielle consacrée à la mise en œuvre concrète de la stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle, en présence de représentants de plusieurs départements ministériels et organismes nationaux, selon un communiqué du ministère.
Cette rencontre, inédite dans son format, marque le passage d’une phase de conception à une phase d’exécution pour un chantier que le gouvernement porte depuis plusieurs mois. Les participants ont procédé à «la définition des objectifs stratégiques et à l’élaboration des grandes lignes d’un plan d’action commun visant à renforcer la souveraineté technologique et à élargir le recours à l’IA au sein des services publics, à l’instar des expériences internationales pionnières», précise le texte officiel.
Au terme des travaux, les participants ont adopté une feuille de route structurée autour du développement de modèles gouvernementaux souverains d’intelligence artificielle en open source, de la mise à disposition de capacités de calcul intensif via les centres de calcul nationaux, ainsi que de l’accompagnement des centres de recherche et des start-up afin qu’ils puissent entraîner localement leurs propres modèles. Le volet humain occupe une place centrale dans ce dispositif. Le communiqué évoque «la qualification des ressources humaines et le développement des compétences, à travers le lancement de programmes de formation intensifs et innovants en partenariat avec les universités et les établissements de recherche, afin de former les compétences nationales dans les domaines de l’analyse des données et de l’IA générative».
La feuille de route prévoit également la création «d’un centre de recherche scientifique et d’unités de recherche spécialisées, ainsi que la facilitation du passage de la recherche académique à l’application industrielle, tout en assurant le traitement et le stockage des données administratives et publiques au sein de centres de données nationaux sécurisés», avec un accent particulier mis sur «une utilisation éthique et fiable des techniques de pointe».
Pour piloter ce dispositif dans la durée, la réunion s’est conclue par «la mise en place d’une commission conjointe de suivi chargée de veiller à la mise en œuvre des étapes de la feuille de route, suivant un calendrier défini, à même de garantir la transformation concrète vers une administration publique moderne et intelligente».
Un chantier engagé depuis plusieurs mois
Cette réunion s’inscrit dans la continuité d’un processus amorcé depuis le printemps. Fin mai, le Premier ministre avait déjà présidé une réunion gouvernementale consacrée à l’examen du projet de stratégie nationale, un texte reposant sur trois piliers structurants à savoir les données, les infrastructures numériques et les compétences humaines, considérés comme les piliers essentiels pour bâtir une capacité nationale durable en intelligence artificielle. Selon les informations disponibles début août, le document devait encore être soumis au Conseil des ministres pour adoption, avec une vision fixée à l’horizon 2035 pour positionner l’Algérie comme un hub technologique en Afrique.
Le volet universitaire, que pilote directement Kamel Baddari, s’est également concrétisé ces dernières semaines. Fin juillet, lors de la Conférence nationale des universités, le ministre avait détaillé les grands axes de la rentrée 2026-2027, articulés autour de l’intelligence artificielle et de la numérisation, affirmant que l’université algérienne entrait dans une nouvelle étape, celle de l’université intelligente, entrepreneuriale et productrice de savoir. Dès la rentrée prochaine, chaque étudiant devrait bénéficier d’un accompagnement personnalisé assuré par un assistant numérique piloté par l’IA, tandis qu’un grand modèle de langage dédié à la communauté universitaire est en préparation pour appuyer les enseignants dans leurs activités pédagogiques.
Sur le terrain, un premier pôle dédié avait déjà vu le jour début juin. Le centre d’IA pour l’éducation virtuelle de Sidi Abdallah, présenté comme le premier centre algérien consacré à l’intelligence artificielle appliquée à l’enseignement supérieur, réparti sur 87 hectares et réunissant quatre écoles nationales spécialisées pour 20 000 places.
Les enjeux de cette accélération sont multiples. Il s’agit d’abord de souveraineté : réduire la dépendance aux solutions étrangères en développant des modèles open source hébergés localement et en sécurisant le stockage des données administratives. Il s’agit ensuite de compétitivité régionale, dans un contexte où l’Algérie cherche à combler son retard face à ses voisins. D’après un rapport de Microsoft cité début août, 13,2 % des actifs algériens utilisaient déjà des outils d’IA, plaçant le pays devant le Maroc (11,7 %) mais légèrement derrière la Tunisie (13,5 %), une progression continue depuis fin 2025. Le pays s’appuie sur des atouts certains come la formation de 30 000 ingénieurs par an et compte près de 58 000 étudiants inscrits dans 74 masters spécialisés en IA.
Reste, pour les autorités, à transformer cette dynamique en écosystème productif, faire émerger des start-up compétitives, industrialiser la recherche académique et, surtout, tenir le calendrier fixé par la nouvelle commission de suivi installée mercredi.
Samir Benisid

