Économie

Avec des stocks de gaz au plus bas depuis 2009 : L’Europe sous pression avant l’hiver

Les réserves souterraines de gaz naturel en Europe n’atteignent plus que 57 % de leur capacité à la mi-août, un niveau plancher inédit depuis 2009, alors que la période estivale devait pourtant permettre leur reconstitution avant l’hiver. Cette situation, conjuguée à la flambée des prix sur fond d’incertitudes autour du détroit d’Ormuz, ravive les craintes d’une nouvelle crise énergétique sur le continent, quatre ans après celle provoquée par le conflit en Ukraine. À cette période de l’année, le taux de remplissage moyen des stockages européens devrait normalement se situer entre 75 et 80 %, selon Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Centre global de politique de l’énergie de l’Université Columbia, citée par l’AFP. Or, selon l’association Gas Infrastructure Europe, les capacités souterraines plafonnent à 57 %, un déficit qui trouve son origine dans un hiver 2025-2026 achevé avec des stocks réduits à seulement 28 %, un niveau nettement inférieur à celui des années précédentes, selon l’analyste Ronald Pinto, de Kpler.

À ce retard structurel s’est ajouté le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février, qui a perturbé les importations européennes de gaz naturel liquéfié, notamment celles acheminées depuis le Qatar via le détroit d’Ormuz. Anticipant une détente ultérieure des cours, les acheteurs européens ont différé leurs achats destinés au remplissage des réserves, maintenant artificiellement bas les prix d’hiver et réduisant l’intérêt économique du stockage estival, selon Kpler.

La Commission européenne se veut néanmoins rassurante. Un porte-parole a affirmé qu’il n’existait « aucune inquiétude immédiate » concernant la sécurité d’approvisionnement de l’Union avant l’hiver, la situation différant de celle de 2022. L’Europe a développé ses capacités d’importation de GNL par voie maritime et sa demande gazière a reculé de 17 % depuis le début de la guerre en Ukraine. Bruxelles juge un taux de remplissage de 80 % « techniquement atteignable » et suffisant pour sécuriser l’hiver. Des experts restent toutefois plus prudents, évoquant des risques persistants liés à la disponibilité du GNL moyen-oriental, à d’éventuelles perturbations norvégiennes ou à des vagues de froid affectant l’offre américaine.

Les prix bondissent de 8%

Ce climat d’incertitude s’est traduit ce lundi par un bond des prix du gaz naturel en Europe d’environ 8 %, les contrats à terme sur le TTF néerlandais s’approchant de 70 dollars le mégawattheure, effaçant l’essentiel du repli enregistré la semaine précédente. Cette hausse fait suite à l’échec de l’Iran et d’Oman à conclure un accord définitif sur la normalisation du trafic dans le détroit d’Ormuz, Téhéran ayant renouvelé ses exigences envers Washington tout en excluant toute réouverture immédiate de la voie maritime ou négociation directe avec les États-Unis. Selon Ronald Pinto, le prix de référence européen devrait rester élevé jusqu’à la fin de l’année, avec des moyennes mensuelles comprises entre 55 et 62 euros le mégawattheure, dans un contexte de concurrence accrue avec l’Asie, la Chine en tête, pour les cargaisons de GNL disponibles.

L’Algérie, partenaire incontournable

Un contexte qui force d’ailleurs une recomposition des routes gazières mondiales, et dans lesquel l’Algérie confirme son statut de fournisseur stratégique pour l’Europe. Les exportations algériennes par gazoduc ont progressé de 13 % en mai 2026 sur un an, après des hausses de 6 à 7 % en mars et avril, selon l’Oxford Institute for Energy Studies. Sur l’année 2025, Sonatrach a livré près de 40 milliards de mètres cubes de gaz aux pays de l’UE, tandis que la Commission européenne et Eurostat créditent l’Algérie de 35 milliards de mètres cubes acheminés par gazoduc, soit 17,4 % des importations européennes par cette voie, devançant désormais la Russie.

Le pays s’est également réimposé comme premier fournisseur de l’Espagne, avec 13,37 térawattheures exportés en mai, représentant 42,6 % des importations espagnoles, essentiellement via le gazoduc Medgaz, dont la capacité atteint 10 milliards de mètres cubes annuels. Côté GNL, Sonatrach a signé en mai son meilleur résultat mensuel depuis octobre 2025, en hausse de 8,3 % sur un an, et a scellé un mémorandum de coopération avec l’allemand VNG AG. Portée par une production nationale en progression de 6,2 % et un plan d’investissement de 60 milliards de dollars prévu par Sonatrach pour 2026-2030, l’offre algérienne, gazoduc et GNL confondus, s’affirme comme l’un des rares amortisseurs face aux secousses provoquées par la crise du détroit d’Ormuz sur le marché gazier européen.

Samira Ghrib

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