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À l’heure des turbulences pétrolières mondiales : Alger au cœur de la diplomatie de l’OPEP

Dix ans après avoir accueilli l’accord fondateur qui allait donner naissance au mécanisme OPEP+, l’Algérie est une nouvelle fois un pivot diplomatique au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. La visite à Alger du Secrétaire général de l’OPEP, Haitham Al Ghais, reçu par le ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, intervient à un moment charnière pour le marché pétrolier mondial, secoué par les tensions au Moyen-Orient, les retombées de la guerre en Ukraine et les manœuvres pesant sur la cohésion interne de l’Organisation.

Il y a des visites qui relèvent du protocole, et d’autres qui, par leur timing, prennent une dimension éminemment stratégique. La rencontre tenue dimanche à Alger entre le ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, et le Secrétaire général de l’OPEP, Haitham Al Ghais, appartient indéniablement à la seconde catégorie. Reçu au siège du ministère en présence du PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, du président de l’ALNAFT, Abdelkader Cherfaoui, et du président de l’ARH, Amine Remini, le Secrétaire général de l’Organisation effectue une visite de travail de quatre jours en Algérie dont la portée dépasse largement le cadre bilatéral.

Le contexte dans lequel s’inscrit cette rencontre n’a rien d’anodin. Depuis février 2026, le marché pétrolier mondial traverse l’une des périodes les plus volatiles de son histoire récente, sous l’effet conjugué de l’escalade des tensions au Moyen-Orient et des répercussions persistantes de la guerre en Ukraine, désormais entrée dans sa cinquième année. A cela s’ajoutent des manœuvres répétées visant à fragiliser la cohésion de l’OPEP, dans un contexte de recomposition géopolitique où certains acteurs cherchent à instrumentaliser les vulnérabilités de l’Organisation pour peser sur les prix ou redessiner les rapports de force énergétiques mondiaux. C’est précisément dans ce climat d’incertitude que la voix de l’Algérie, artisan reconnu de ses grands compromis historiques, prend tout son poids.

Les deux responsables ont d’ailleurs passé en revue, selon le communiqué officiel, « les questions liées à la coordination et aux perspectives de coopération entre les pays participant à la Déclaration de coopération entre les pays membres de l’OPEP et les producteurs hors OPEP, dans le cadre du mécanisme OPEP+ ». Ils ont également abordé « le fonctionnement, la gouvernance et les priorités de l’OPEP, ainsi que les moyens de renforcer l’efficacité de l’Organisation face aux mutations en cours sur le marché mondial de l’énergie ».

L’Accord d’Alger, dix ans après : un legs toujours vivant

La rencontre a été l’occasion, à deux jours près, d’évoquer le dixième anniversaire de l’Accord d’Alger, signé le 28 septembre 2016, qui avait posé les fondations du mécanisme OPEP+. Dans sa déclaration à la presse à l’issue des entretiens, M. Arkab a rappelé que cet accord « avait marqué une étape importante dans le processus de coopération entre les pays producteurs de pétrole, tout en posant les bases ayant permis, par la suite, la mise en place d’un cadre plus large de coopération avec les pays non membres au titre de l’OPEP+ ».

Le ministre a insisté sur la constance de l’engagement du pays. « L’Algérie a joué un rôle majeur dans cette dynamique, ayant contribué à renforcer la coordination et la coopération entre les pays producteurs, partant de son attachement constant au dialogue et au rapprochement des points de vue », a indiqué le ministre. Une décennie plus tard, a-t-il ajouté, « l’Algérie continue de contribuer aux efforts de dialogue, de coordination et de concertation au sein de l’OPEP et dans le cadre de l’OPEP+, partant de la conviction que l’unité, la cohésion et la coordination entre les pays producteurs demeurent des éléments essentiels pour soutenir la stabilité et l’équilibre du marché pétrolier mondial ».

C’est précisément cette conviction diplomatique, forgée depuis l’adhésion de l’Algérie à l’OPEP en 1969, qui explique pourquoi Alger demeure un point de passage obligé pour les responsables de l’Organisation, particulièrement lorsque les fondamentaux du marché se dérèglent. M. Arkab n’a pas manqué de le souligner, mettant en avant « le rôle constructif que joue l’Algérie au sein de l’OPEP et dans le cadre de l’OPEP+, ainsi que ses contributions constantes au dialogue et à la recherche de consensus entre les pays producteurs ».

De son côté, le Secrétaire général de l’OPEP n’a pas ménagé ses mots pour saluer l’apport historique de l’Algérie. M. Al Ghais a indiqué que la réunion avait permis « d’examiner plusieurs dossiers liés à l’OPEP et à l’OPEP+ et de poursuivre les efforts visant à préserver la stabilité des marchés mondiaux du pétrole et de l’énergie ».

Il a par ailleurs salué le rôle « central et historique » de l’Algérie dans le soutien à l’Organisation depuis son adhésion, égrenant les jalons qui ont fait d’Alger une capitale diplomatique du pétrole mondial. Le premier Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’OPEP, tenu en 1975 dans la capitale algérienne ; la réunion d’Oran de 2008, qui avait permis de stabiliser le marché en pleine crise financière internationale ; et bien sûr l’Accord d’Alger de 2016, qu’il a qualifié de premier jalon ayant donné naissance à l’architecture OPEP+ telle qu’on la connaît aujourd’hui. Le Secrétaire général de l’OPEP a conclu ses déclarations en adressant ses remerciements au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, « pour le soutien apporté par l’Algérie aux travaux de l’OPEP et de l’OPEP+ », réaffirmant le « rôle central » de notre pays en faveur de la stabilité des marchés pétroliers.

Une diplomatie de l’énergie qui ne se dément pas

Au-delà du symbole de l’anniversaire, cette visite illustre une réalité structurelle. Dans un marché pétrolier mondial tendu par les crises géopolitiques et guetté par des tentatives de fragilisation de la coordination interne de l’OPEP, illustrée par le retrait récent d’un membre du pool pétrolier, la commercialisation de l’idée d’un prochain retrait du Venezuela adossé aux tensions récurrentes sur les quotas l’Algérie continue d’incarner cette diplomatie du compromis qui a fait sa réputation depuis un demi-siècle. Et la visite du responsable de l’Opep à Alger à une semaine de la prochaine réunion de l’organisation prévue le 4 octobre pour examiner les conditions du marché et les niveaux de référence des quotas, prend tout ce sens, alors que les discussions se poursuivent de manière sensible sur les bases de calcul des futurs quotas de chaque État membre.

A l’heure où certains producteurs hors de l’alliance Opep+ cherchent à capitaliser sur les tensions du Moyen-Orient pour redistribuer les cartes du marché, et où la cohésion de l’Organisation est régulièrement mise à l’épreuve par des intérêts divergents, le rôle de médiateur et de bâtisseur de consensus que joue Alger n’a probablement jamais été aussi précieux.

Samira Ghrib

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