Sétif : Ouverture de nouvelles perspectives aux agriculteurs
De plus en plus d’exploitants agricoles de Sétif intègrent l’élevage de poissons à leurs activités, transformant les bassins d’irrigation et les retenues d’eau en espaces de production supplémentaires. Une dynamique encouragée par les pouvoirs publics, qui y voient un moyen de diversifier les revenus agricoles, de renforcer la production locale de protéines et de contribuer à la sécurité alimentaire. L’aquaculture poursuit son implantation dans la wilaya de Sétif, avec une intensification récente des opérations d’empoissonnement au niveau de plusieurs communes et exploitations agricoles. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie visant à intégrer progressivement la pisciculture à l’activité agricole et à mieux valoriser les ressources hydriques disponibles. À Aïn Azel, l’exploitation agricole « Achouri » constitue l’un des exemples de cette nouvelle approche, avec l’introduction d’alevins de tilapia rouge dans des bassins destinés à l’irrigation. L’objectif est de faire de ces réserves d’eau de véritables espaces de production à double vocation. L’intérêt de cette pratique réside en effet dans sa capacité à associer production agricole et production aquacole sur une même exploitation. Outre la production d’une source supplémentaire de protéines animales destinée au marché local, les déjections des poissons enrichissent naturellement l’eau en matière organique. Utilisée ensuite pour l’irrigation, cette eau peut contribuer à améliorer la fertilité des sols et à réduire le recours aux fertilisants chimiques. Pour les agriculteurs, l’intérêt économique est donc double : d’une part, valoriser une ressource déjà disponible ; d’autre part, diversifier les sources de revenus sans nécessairement mobiliser de nouvelles superficies agricoles. Cette complémentarité constitue l’un des principaux atouts de l’aquaculture intégrée à l’agriculture, particulièrement dans les régions où la gestion rationnelle de l’eau représente un enjeu majeur. La dynamique ne se limite toutefois pas aux bassins de petite capacité. Au niveau du barrage de Bouchtat, dans la commune de Tizi N’Bechar, une opération d’empoissonnement de plus grande envergure a été réalisée au moyen de cages flottantes exploitées par l’entreprise « Abed ». L’initiative traduit la volonté de diversifier les supports de production et de tirer davantage profit des ressources hydriques de la wilaya afin d’augmenter progressivement la production piscicole locale. Pour Sétif, l’essor de cette activité pourrait ainsi contribuer à l’émergence d’un nouveau segment économique, avec des retombées qui ne se limitent pas à la production de poissons. Le développement de la pisciculture génère en effet des besoins en aliments, équipements, transport, entretien, commercialisation et services techniques, autant d’activités susceptibles de profiter aux opérateurs locaux. Il peut également permettre aux exploitants agricoles de mieux amortir leurs infrastructures hydrauliques et d’améliorer la rentabilité globale de leurs exploitations. Les pouvoirs publics cherchent, dans cette perspective, à accompagner les investisseurs et les agriculteurs afin de sécuriser cette activité encore en développement. La Direction de la pêche et de l’aquaculture de Sétif mène ainsi des opérations de proximité auprès des exploitants. À Boutaleb, des spécialistes se sont notamment rendus dans l’exploitation « Menani » pour contrôler les paramètres biologiques des poissons ainsi que la qualité de l’eau, tout en fournissant aux agriculteurs des recommandations relatives à l’alimentation, au suivi sanitaire et à l’équilibre écologique des bassins. Cet accompagnement technique est déterminant pour éviter que l’enthousiasme suscité par les premières expériences ne se transforme en difficultés liées à la maîtrise des conditions d’élevage. C’est dire que le développement de l’aquaculture nécessite en effet un suivi régulier de la qualité de l’eau, de la densité des poissons, de leur alimentation et de leur croissance. La multiplication des expériences positives semble toutefois encourager de nouveaux agriculteurs à franchir le pas. À travers l’empoissonnement des bassins d’irrigation, la valorisation des retenues d’eau et le recours aux cages flottantes, Sétif est progressivement en train d’expérimenter un modèle où l’agriculture et l’aquaculture se complètent plutôt que de fonctionner séparément. Une évolution qui s’inscrit dans la logique de l’économie bleue, fondée sur une utilisation plus rationnelle et plus productive des ressources aquatiques. Pour une wilaya intérieure, cette orientation présente un intérêt particulier. Elle permet de produire localement davantage de protéines, de diversifier les revenus des agriculteurs et de créer de nouvelles activités économiques autour des exploitations. Si l’accompagnement technique et institutionnel se poursuit, la pisciculture pourrait ainsi passer du stade d’expérience prometteuse à celui d’une véritable filière génératrice de valeur ajoutée et d’emplois à l’échelle locale. Dans les bassins d’irrigation comme dans les grands plans d’eau, Sétif semble désormais vouloir faire de chaque ressource hydrique une opportunité de production.
Zakia Merabet

