L’Algérie à l’AGRA 2026, vitrine de son indépendance stratégique : L’agriculture, « une question de souveraineté nationale »
Mandaté par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Kamel Baddari a représenté l’Algérie samedi à Gornja Radgona, en Slovénie, où se tient le Salon international de l’agriculture et de l’alimentation AGRA 2026, dont le pays est l’invité d’honneur. Devant un parterre d’opérateurs économiques et de responsables slovènes, le ministre a saisi l’occasion pour rappeler que la question agricole ne relève plus, pour Alger, du seul registre économique mais touche désormais à la souveraineté nationale.
Baddari a d’abord transmis les salutations fraternelles du chef de l’État au peuple et au gouvernement slovènes, souhaitant plein succès aux travaux de ce rendez-vous international. Il a ensuite exposé les objectifs de la présence algérienne, conduite par une délégation à la fois ministérielle, économique, exportatrice et scientifique. Cette participation vise, a-t-il expliqué, à valoriser les capacités agricoles et agroalimentaires du pays, à faire connaître l’excellence et la diversité de ses produits sur les marchés européens et à conclure de nouveaux partenariats entre les économies algérienne et slovène.
Le ministre a insisté sur la volonté commune des dirigeants des deux pays de traduire les accords bilatéraux en projets d’investissement concrets et de renforcer le transfert mutuel de technologies. Selon lui, la Slovénie offre un environnement commercial favorable aux produits algériens et constitue une passerelle vers les marchés d’Europe centrale, tandis que l’Algérie représente pour Ljubljana un espace d’investissement prometteur et la principale porte d’accès vers le continent africain. « La République de Slovénie offre un environnement commercial favorable aux produits algériens et constitue une passerelle dynamique vers les marchés de l’Europe centrale, tout comme l’Algérie représente un espace d’investissement prometteur et la principale porte d’accès vers le continent africain pour la Slovénie », a t il affirmé, ajoutant que l’amitié et la coopération économique entre les deux pays « se nourrissent de la continuité des échanges ».
Une agriculture modernisée au service d’un objectif national
C’est sur ce terrain que le discours de Baddari a pris tout son sens. Le ministre a passé en revue les réformes engagées par l’Algérie pour moderniser son modèle agricole sous la conduite du président de la République, citant en particulier la mise en valeur des terres dans le Sud et les Hauts Plateaux ainsi que l’extension continue des surfaces irriguées, deux chantiers qu’il a présentés comme le cœur battant de la stratégie agricole nationale. Il a également mis en avant le rôle croissant de l’université, de la recherche scientifique et de l’intelligence artificielle dans le développement d’une agriculture de précision et durable, fondée sur la technologie et l’innovation plutôt que sur les seuls facteurs naturels.
C’est dans ce cadre que le ministre a livré la phrase qui résume l’esprit de son intervention, affirmant que pour l’Algérie « la réalisation de la sécurité alimentaire est un impératif de sécurité nationale et d’indépendance stratégique ». Une formule qui replace d’un coup l’ensemble des efforts agricoles décrits plus haut, l’irrigation des Hauts Plateaux, la valorisation des terres sahariennes, le recours à l’intelligence artificielle, dans une perspective bien plus large que le simple rendement des récoltes. Nourrir sa population sans dépendre des marchés extérieurs devient une condition de souveraineté au même titre que la défense du territoire ou la maîtrise de l’énergie.
Baddari a par ailleurs souligné que la participation algérienne à ce salon s’inscrit dans le cadre d’un agenda bilatéral dynamique et structuré, fruit d’une relation construite dans la durée entre Alger et Ljubljana. Les produits phares de l’exportation algérienne, dattes, huile d’olive, agrumes, fruits et légumes ainsi que les produits des industries de transformation, ont été présentés comme les premiers vecteurs de cette ambition de conquête des marchés européens et balkaniques.
Le ministre inscrit ainsi la modernisation agricole du pays dans une logique de puissance et d’autonomie, à un moment où de nombreux États repensent leur dépendance aux importations. L’enjeu donc affiché à Gornja Radgona n’est donc pas seulement de vendre ses dattes ou son huile d’olive en Europe centrale, mais de faire savoir que son modèle agricole se construit désormais comme un instrument de souveraineté nationale à part entière.
Sabrina Aziouez

