Régions

Jijel : Le port de Boudis face au défi de l’ensablement

Le port de pêche de Boudis devra bientôt tourner la page de l’ensablement chronique qui affecte depuis plusieurs années son fonctionnement. Lors d’une visite effectuée la semaine en cours sur le chantier, Ahmed Meguelati, wali de Jijel, a fixé le premier trimestre 2027 comme échéance pour l’achèvement des travaux destinés à protéger le bassin portuaire contre l’accumulation des sédiments. L’objectif est de mettre en place des ouvrages capables de limiter durablement la pénétration du sable dans le bassin et de préserver les conditions d’accès des embarcations au port. Le phénomène n’est pas nouveau et constitue l’une des principales contraintes auxquelles sont confrontées plusieurs infrastructures portuaires du littoral algérien. À Boudis, la configuration naturelle du site favorise particulièrement le déplacement et l’accumulation des sédiments. Une étude réalisée par l’École nationale supérieure des sciences de la mer et de l’aménagement du littoral explique que la passe d’entrée du port se situe sur le trajet de la dérive littorale, courant parallèle au trait de côte qui transporte les sédiments d’Est en Ouest. Ceux-ci ont ainsi tendance à s’accumuler au niveau de la jetée secondaire avant de pénétrer dans le bassin et de réduire progressivement les profondeurs disponibles. Le problème est donc autant environnemental que technique et économique. À terme, l’ensablement peut compliquer l’entrée et la sortie des bateaux, perturber la circulation à l’intérieur du bassin et imposer des opérations répétées de dragage. Les premiers travaux engagés ces dernières années ont précisément cherché à répondre à cette contrainte. Un programme national de dragage et de protection contre l’ensablement a notamment concerné 25 ports, avec 34 opérations réalisées ou engagées et un volume total dépassant six millions de mètres cubes. Le port de pêche de Boudis figurait parmi les infrastructures concernées par ce dispositif. Une enveloppe de 130 millions DA avait notamment été mobilisée pour une opération de retrait d’environ 30 000 m³ de sable accumulé dans le port de Boudis, destinée à rétablir les conditions normales de navigation. Le chantier actuellement suivi par les autorités vise désormais à aller au-delà de ces interventions ponctuelles, en agissant directement sur les causes et les mécanismes favorisant l’accumulation des sédiments. Au titre de sa visite, le chef de l’exécutif a constaté l’état d’avancement des travaux ainsi que les préparatifs liés à la réalisation des ouvrages de protection. D’importantes quantités de blocs en béton compacté au rouleau (BCR) ont récemment été acheminées vers le site en prévision de leur mise en place. Le wali a insisté sur le respect des délais contractuels et du calendrier arrêté, appelant pour cela les entreprises chargées du chantier à mobiliser les moyens humains et logistiques nécessaires et à assurer un suivi rigoureux de la réalisation. Cette exigence de célérité intervient dans un contexte où les pouvoirs publics accordent une importance croissante à la prévention des risques et à la protection durable des infrastructures. À l’échelle nationale, l’approche du secteur des travaux publics ne se limite plus à la remise en état des ouvrages après leur dégradation, mais tend à privilégier des interventions préventives destinées à renforcer leur résilience face aux contraintes naturelles. Cette orientation concerne notamment les infrastructures exposées aux mouvements sédimentaires, à l’érosion du littoral ou aux épisodes météorologiques extrêmes. Dans le cas de Boudis, la protection du port revêt une importance particulière pour l’activité halieutique. Toute réduction de la profondeur de la passe ou toute difficulté d’accès au bassin peut directement affecter les professionnels de la pêche et, au-delà, l’ensemble de la chaîne économique liée aux produits de la mer. La sécurisation du port constitue donc un enjeu de continuité de l’activité et de préservation d’un outil économique essentiel pour les professionnels jijéliens. L’opération s’insère également dans un projet plus vaste de protection et d’aménagement du littoral est du chef-lieu de wilaya sur environ 3 km. La problématique de Boudis illustre surtout les limites des interventions ponctuelles face à des phénomènes naturels permanents. Depuis mars 2016 déjà, les services de la wilaya avaient chargé la Direction des travaux publics d’étudier différentes solutions pour lutter contre l’ensablement, parmi lesquelles le maintien et l’aménagement de l’épi de protection existant et le recours éventuel à un système de géotube. Près d’une décennie plus tard, le dossier entre dans une phase opérationnelle destinée à apporter une réponse plus durable. Cette évolution rejoint la stratégie nationale qui privilégie désormais les solutions structurelles et la planification à long terme dans la gestion des infrastructures. Dans le domaine portuaire, l’État a ainsi multiplié les opérations de dragage et de protection afin de préserver les profondeurs des bassins et garantir la fluidité du trafic maritime. Ainsi, après plusieurs années de recherches, de dragage et de solutions techniques envisagées, Boudis joue désormais la carte de l’anticipation. À l’horizon du premier trimestre 2027, le défi ne sera pas seulement d’achever un ouvrage, mais de démontrer qu’une protection durable peut enfin permettre au port de résister à un phénomène naturel qui, lui, ne connaît pas de répit.

Zakia Merabet

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *