Trafic de biens archéologiques : Le patrimoine algérien sous la menace des réseaux clandestins
La saisie de 523 pièces de monnaie anciennes à Tamalous, dans la wilaya de Skikda, remet en lumière l’ampleur prise par le trafic illicite des biens archéologiques en Algérie. Dissimulation, fouilles clandestines, constitution de lots et acheminement vers des circuits parallèles, les dernières affaires enregistrées dans plusieurs wilayas montrent que le pillage du patrimoine national s’inscrit désormais dans des circuits organisés. Le coup de filet opéré à Tamalous par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la Sûreté de wilaya de Skikda a permis de récupérer un important lot de 523 pièces de monnaie anciennes, datant de 1250 à 1252. Les pièces étaient soigneusement dissimulées sous le siège d’un véhicule, dont le conducteur, soupçonné de trafic et de commercialisation illicite de biens archéologiques, a été interpellé en flagrant délit, apprend-on de source sécuritaire. Selon les précisions apportées par cette dernière, l’opération a été menée sur la base d’informations et sous la supervision du parquet compétent. Il faut souligner que cette affaire illustre les méthodes employées pour soustraire ces biens aux contrôles et les introduire dans des circuits clandestins. Mais l’affaire de Tamalous est loin d’être isolée. Elle intervient dans un contexte marqué par la multiplication des saisies à travers le territoire national, particulièrement dans les régions riches en vestiges historiques. Dans l’Est, Tébessa apparaît ainsi comme l’un des principaux foyers de cette activité clandestine. En janvier dernier, les services de sécurité y avaient démantelé un réseau et saisi 4 365 pièces de monnaie antiques datant de l’époque romaine. En mai, une autre opération menée dans la même wilaya s’était soldée par la saisie de 3 550 pièces archéologiques et l’arrestation de trois suspects. À Constantine, le phénomène a également pris une dimension préoccupante. En février, un réseau spécialisé dans le trafic de biens archéologiques et culturels a été démantelé avec l’arrestation de quatre individus et la saisie de 405 monnaies romaines. Les investigations avaient notamment révélé des opérations de fouilles et de prospection clandestines dans plusieurs wilayas de l’Est, avec l’objectif de rassembler les objets avant leur acheminement frauduleux hors du territoire national. Le phénomène ne se limite toutefois pas à l’Est. À Aïn Defla, les services de la Gendarmerie nationale ont récupéré en février un véritable trésor de plus de 10 000 pièces de monnaie, dans une affaire liée à un réseau actif entre Aïn Defla et Tipasa. Les premières investigations avaient fait ressortir le recours au creusement, à la prospection et même au pillage de tombes pour alimenter le trafic. Ces affaires donnent toute sa portée à la lutte engagée par les services de sécurité et les structures chargées de la protection du patrimoine. Le trafic ne représente pas uniquement une infraction commerciale, il prive la recherche scientifique et la mémoire collective de pièces dont la valeur historique dépasse largement leur valeur marchande. La multiplication des saisies révèle surtout la nécessité de renforcer la surveillance des sites archéologiques, le suivi des objets découverts et la coopération entre les services concernés. À Tamalous comme à Tébessa, Constantine ou Aïn Defla, les opérations récentes montrent ainsi que le patrimoine national demeure convoité par des réseaux capables de fouiller, dissimuler, transporter et commercialiser clandestinement des pièces anciennes.
Zakia Merabet

