15e édition du Festival national du Raï à Sidi Bel-Abbès : Cheikha Rimitti à l’honneur
Du 31 août au 3 septembre, la wilaya de Sidi Bel-Abbès se transforme en capitale à ciel ouvert de la chanson raï pour la 15e édition du Festival national qui porte son nom, avec en fil rouge un hommage appuyé à Cheikha Rimitti, cette voix rocailleuse née dans les monts alentour et devenue légende planétaire.
Quatre jours durant, la ville va vibrer au rythme d’une musique qui a toujours refusé de baisser les yeux. On y célèbre Saadia Bediaf, plus connue du monde entier sous le nom de Cheikha Rimitti, native de Tessala, un modeste douar niché dans les monts du même massif, tout près de Sidi Bel-Abbès. Orpheline très jeune, elle a grandi au fil des mariages et des veillées populaires, puisant sa voix dans le malheur avant d’en faire un marqueur à part entière. Sa trajectoire, de l’anonymat rural à la scène de l’Institut du monde arabe, résume à elle seule l’épopée du raï, cette musique née dans les campagnes de l’Oranie dans les années trente et qui n’a jamais cessé de grandir.
Ce choix n’a rien d’un hasard protocolaire. Il s’inscrit dans une actualité encore fraîche. Le raï, en tant que tradition vivante, a été inscrit le 1er décembre 2022 par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Trois ans plus tard, cette consécration continue d’irriguer chaque programmation culturelle nationale et donne à ce festival une résonance particulière, celle d’un patrimoine désormais protégé qui doit pourtant rester dans la rue, dans les mariages et sur les planches, là où il est né.
Les organisateurs promettent un programme généreux mêlant grandes voix confirmées et jeunes talents montants, dans des soirées qui devraient faire vibrer les places publiques de la ville jusque tard dans la nuit. À ces moments de communion musicale s’ajouteront des conférences et des rencontres consacrées au parcours historique du genre, histoire de rappeler aux plus jeunes que derrière chaque tube dansant se cache une manière détournée de dire l’amour et le désespoir sans jamais demander la permission.
Sidi Bel-Abbès n’est pas un décor choisi au hasard pour cette célébration. La wilaya revendique une filiation directe avec les pionniers du raï et voit dans ce festival l’occasion de réaffirmer sa place dans la géographie de cette musique, aux côtés d’Oran et de Relizane. Le ministère de tutelle en a fait un espace fédérateur, où l’authenticité et l’esthétique du genre priment sur le simple divertissement, une manière de tisser un pont entre les chioukh d’hier et les chebs d’aujourd’hui.
Et la réussite de ce rendez-vous se mesurera moins aux discours qu’à l’ambiance des soirées elles-mêmes, à la ferveur du public quand résonneront les premières notes de gasba, à cette énergie populaire qui a toujours fait la force du raï bien avant les estrades officielles. Cheikha Rimitti, elle qui n’a jamais su écrire une note de musique et composait tout de mémoire, aurait sans doute préféré qu’on chante sa mémoire plutôt qu’on ne la commémore. C’est exactement ce que Sidi Bel-Abbès s’apprête à faire, entre le 31 août et le 3 septembre, en lui offrant sa ville natale comme scène.
Mohand Seghir

