Archéologie : 8e campagne de fouilles sur le site de Marsa Eddadjadj
Le site archéologique de Marsa Eddadjadj, situé à Zemmouri El Bahri, dans l’est de la wilaya de Boumerdès, a entamé lundi sa huitième phase de prospection et d’exploration, une opération programmée sur dix jours et confiée à l’experte Aïcha Hanafi de l’Institut national d’archéologie, a annoncé mardi la Direction de la culture et des arts de la wilaya. Découvert en 2006, ce site continue vingt ans plus tard de livrer ses secrets. Sa directrice, Dalila Aouas, a expliqué à l’APS que cette nouvelle campagne mobilise une trentaine d’étudiants et de chercheurs venus prêter main forte à l’équipe scientifique. « Nous cherchons cette fois à élargir le périmètre déjà exploré afin de cerner précisément les limites architecturales des édifices mis au jour et de mieux saisir l’organisation générale de la ville antique », a-t-elle confié. Au-delà du seul travail de terrain, la responsable insiste sur la dimension formatrice de l’opération. Chaque échantillon récolté doit permettre d’affiner la chronologie et la stratigraphie du site, deux données essentielles pour retracer son évolution à travers les siècles. « C’est aussi une véritable école à ciel ouvert, où les étudiants de l’Institut d’archéologie viennent consolider leur pratique sur un terrain d’une richesse rare », a ajouté Mme Aouas.
Et de richesse, Marsa Eddadjadj n’en manque pas. Les campagnes précédentes ont déjà révélé des outils, des objets métalliques, des ateliers de fabrication de poteries et de céramiques, ainsi que des ossements d’animaux qui éclairent aujourd’hui les archéologues sur les habitudes alimentaires et les techniques de construction des populations d’alors. Autant d’indices qui dessinent, fouille après fouille, le visage d’une cité longtemps engloutie sous le sable. La responsable du secteur a par ailleurs rappelé que le plan technique définitif de protection et de valorisation du site est entré en vigueur en 2022, au terme d’un long processus. Diagnostic préalable, mesures d’urgence, levés topographiques et archéologiques, avant projet puis délimitation du périmètre ont ainsi jalonné les années précédentes, jusqu’à l’adoption de la version finale du plan de sauvegarde.
Les strates enfouies à Marsa Eddadjadj racontent, elles, une histoire bien plus longue que celle des dernières fouilles. Le site rassemble des couches correspondant à plusieurs périodes, de la préhistoire jusqu’à l’époque islamique, avec un intérêt particulier porté à la séquence allant du IVe au VIe siècle de l’Hégire, soit du Xe au XIIe siècle de notre ère. C’est là que reposent les vestiges de l’ancienne cité, connue à l’époque islamique sous le nom de « Rusubikari ». Son destin bascule en 1225, lorsqu’une expédition militaire menée par Yahia Ibn Abi Ghania El Mayourqui s’abat sur les positions almohades de la région. Villes et forteresses tombent sous les coups de cette offensive, et Marsa Eddadjadj ne se relève pas. Peu à peu désertée, la cité sombre dans l’oubli et se recouvre de sable pendant plusieurs siècles, avant que son emplacement ne refasse surface en 2006, ouvrant la voie aux campagnes de fouilles qui se poursuivent encore aujourd’hui.
R.C.

