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IA et opérations d’influence au Soudan : Le rapport d’Anthropic qui charge Abu Dhabi

Une enquête de la société américaine d’intelligence artificielle Anthropic a levé le voile sur une vaste opération de manipulation numérique attribuée à Abou Dhabi  et l’usage de l’IA pour cibler les expert de l’ONU au Soudan.

Le site panafricain francophone Afrik.com a rapproché, lundi, les conclusions d’un rapport de la société américaine Anthropic portant sur une opération d’influence numérique de grande envergure liée aux Emirats arabes unis, confirmant ainsi les mises en garde répétées du président de la République Abdelmadjid Tebboune concernant l’implication d’Abou Dhabi dans plusieurs foyers de tension du continent, à commencer par le Soudan. D’après le média, les constats de la start-up spécialisée en intelligence artificielle apportent un éclairage supplémentaire aux dénonciations portées de longue date par le chef de l’Etat algérien sur l’ingérence émiratie dans les crises africaines. Le document décrit un dispositif de manipulation numérique attribué, «avec un degré de certitude élevé», à des responsables du gouvernement émirati, axé en priorité sur le conflit soudanais et sur les tentatives d’en orienter la perception à l’échelle internationale.

Le rapport indique que les responsables de cette opération ont détourné le modèle d’intelligence artificielle Claude afin de faire fonctionner environ 300 faux profils sur les réseaux sociaux, de monter une structure-écran se faisant passer pour une organisation existante, de produire des contenus et rapports présentés comme émanant de sources indépendantes, et de collecter des données concernant des eurodéputés ainsi que des journalistes.

Le dispositif ne s’est pas cantonné aux manœuvres menées en ligne. Il comprenait aussi la rédaction de témoignages appelés à être soumis au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, en prenant soin de masquer toute connexion avec les Emirats, de même que la constitution de dossiers destinés à décrédibiliser des rapporteurs onusiens critiques envers la politique d’Abou Dhabi au Soudan. Selon le document, des responsables émiratis de haut rang comptaient parmi les destinataires des productions issues de cette opération, ce qui, selon Afrique.com, écarte l’hypothèse d’une simple mobilisation spontanée de comptes acquis à la cause émiratie au profit de celle d’un montage organisé au service d’intérêts étatiques.

Cette révélation résonne particulièrement avec les propos tenus à plusieurs reprises par le président Tebboune, qui a accusé les Emirats arabes unis d’attiser l’instabilité au Soudan, en Libye et au Mali, estimant que leur intervention outrepasse largement les usages diplomatiques habituels.

Toujours selon Afrik.com, le rapport d’Anthropic établit avec précision l’existence d’une opération d’influence liée à des cadres émiratis, destinée à peser sur les discussions internationales relatives à la guerre au Soudan et à entraver les mécanismes onusiens de reddition de comptes. Cette publication s’ajoute à d’autres accusations déjà formulées, Amnesty International ayant fait valoir que des armements employés par les Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan avaient transité par le territoire émirati, ce que Abou Dhabi rejette fermement, tandis qu’un institut de recherche allemand a désigné en 2026 les Emirats comme l’un des principaux acteurs extérieurs contribuant à l’instabilité de plusieurs conflits africains.

Cité par l’AFP, le rapport d’Anthropic révèle qu’un autre volet du dispositif consistait à usurper l’identité d’une ONG soudanaise pour rédiger des témoignages censés provenir «de témoins locaux indépendants, plutôt que d’acteurs étatiques», dans l’objectif de faire remonter jusqu’aux Nations unies des éléments favorables à l’une des parties au conflit.

Pour Afrik.com, les éléments dévoilés par Anthropic sur cette opération d’influence liée au dossier soudanais recoupent de manière significative les avertissements formulés de longue date par le Président Tebboune, et viennent conforter ses accusations relatives à la nature du rôle joué par les Emirats dans la région.

Lyes Saïdi

ONU : Les attaques de drones poussent davantage de civils au déplacement

Les attaques de drones continuent de mettre en danger les civils au Soudan et de pousser davantage de populations à fuir leurs foyers, notamment dans les régions du Darfour et du Kordofan ainsi que dans l’Etat du Nil-Bleu, a alerté l’ONU. Le porte-parole adjoint du secrétaire général de l’ONU, Farhan Haq, a indiqué lundi que l’Etat du Nil-Bleu avait été dimanche la cible d’attaques de drones visant des infrastructures essentielles, faisant des blessés parmi les civils. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 100.000 personnes ont été déplacées dans cette région depuis janvier, soit une hausse de 66 % depuis fin mai. Dans le nord du Darfour, le porte-parole a fait état de rapports signalant des frappes de drones contre plusieurs sites dans la zone de Tina, à la frontière avec le Tchad. L’OIM a recensé le déplacement d’environ 1.200 personnes depuis deux villages de la région d’El-Facher entre le 10 et le 13 septembre. Dans l’ouest du Darfour, Farhan Haq a indiqué que des attaques de drones avaient été signalées samedi dans plusieurs localités. Des sources locales ont rapporté qu’un marché de carburant situé dans une ville à l’ouest de la capitale de l’Etat avait été touché par un drone. Deux autres localités ont également été bombardées, faisant des blessés. Dans la région du Kordofan, le porte-parole adjoint a souligné que l’insécurité persistante aggravait les déplacements de populations et perturbait les opérations humanitaires. Il a notamment fait état de l’arrivée de plus de 7.000 personnes dans la ville d’Al-Abbasiya, dans le Kordofan-Sud, en provenance des villages environnants au cours des dernières semaines.

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