Souk-Ahras : Le site de l’affaissement de 2022 remis en état
Voirie rétablie, réseau d’assainissement sécurisé et boulodrome rouvert, le secteur Ibn Khaldoun et le boulevard Amirat, lourdement affectés par l’affaissement survenu en mai 2022, ont achevé leur transformation. Une opération dont l’enjeu dépassait largement la seule remise en état d’une chaussée.
Pendant plusieurs années, ce secteur du centre-ville de Souk-Ahras est resté le symbole d’une vulnérabilité urbaine que ni les riverains ni les usagers ne pouvaient ignorer. L’affaissement apparu en mai 2022 au croisement de la rue Ibn Khaldoun et du boulevard Amirat avait profondément bouleversé le fonctionnement de cette partie de la ville, au point de transformer un espace fréquenté en zone à risque. En juillet 2026, la circulation y a finalement été rétablie, après la confirmation de la conformité de l’ouvrage réalisé. Le boulodrome, lui aussi neutralisé pendant toute la période des travaux, a retrouvé ses trois terrains et, avec eux, une partie de son animation habituelle. La séquence se referme ainsi sur un retour progressif à la normale, mais aussi sur une intervention qui aura mobilisé des moyens importants dans un environnement particulièrement délicat. L’opération, financée à hauteur de 9,5 milliards de centimes par le ministère de l’Hydraulique, ne relevait pas d’un classique chantier de voirie. Le problème se situait en profondeur, au niveau d’un réseau d’assainissement enfoui sous une zone fragilisée, alors que l’affaissement avait atteint près de 13 m. À cette profondeur, la priorité n’était pas de remettre rapidement une route en circulation, mais de traiter la cause immédiate du désordre, de stabiliser le secteur et de garantir que les nouvelles installations puissent résister dans le temps. Dans une zone urbaine aussi contrainte, chaque étape devait par ailleurs tenir compte de la proximité des bâtiments, des réseaux existants, de la circulation et de la sécurité des habitants. L’intervention a donc nécessité une approche relevant davantage du génie civil et de l’hydraulique lourde que de la seule réhabilitation urbaine. Sécurisation du périmètre, traitement de la zone instable, reprise des ouvrages d’assainissement, maintien de la continuité hydraulique et reconstitution progressive du terrain, la remise en état ne pouvait être dissociée d’un travail de fond sur les infrastructures enterrées. Parmi les éléments structurants du projet figure la réalisation d’une nouvelle conduite de 2 m de diamètre. Le choix d’une telle capacité traduit l’importance du réseau concerné et la nécessité de rétablir une évacuation hydraulique fiable dans ce secteur. Ce type d’intervention est particulièrement sensible lorsqu’il s’effectue à grande profondeur et dans un sous-sol dont la stabilité a déjà été mise en défaut. La difficulté consiste autant à poser un nouvel ouvrage qu’à maîtriser les interactions entre le terrain, les structures existantes et les installations voisines. Le chantier a également comporté une opération à forte portée patrimoniale avec la restauration à l’identique de l’ovoïde en pierre de taille, vestige d’un ancien dispositif d’assainissement. La
Une intervention révélatrice des défis du sous-sol urbain
L’épisode de Souk-Ahras rappelle surtout une réalité souvent invisible pour les usagers. Une grande partie de la sécurité d’une ville se joue sous ses rues. Lorsque les réseaux enterrés vieillissent, que les sols sont fragilisés ou que les eaux modifient progressivement les conditions du terrain, les conséquences peuvent dépasser largement le périmètre d’une canalisation endommagée. Elles peuvent affecter la circulation, les équipements publics, les commerces, les habitations et, plus largement, l’activité économique d’un quartier. Dans ce cas de figure, plusieurs explications avaient été évoquées pour tenter de comprendre l’apparition de la doline, dont l’hypothèse d’une surcharge liée à l’accumulation de déblais. Faute de cause géotechnique formellement établie dans les éléments disponibles, les travaux ont dû être conduits selon une logique de précaution, en tenant compte du comportement potentiellement instable du terrain. Cette dimension est essentielle pour comprendre pourquoi le chantier s’est inscrit dans la durée. La priorité n’était pas seulement de faire disparaître les traces du sinistre, mais d’éviter qu’une remise en état trop rapide ne conduise à reproduire les mêmes fragilités. La réouverture de cet axe constitue également un enjeu de mobilité. Pendant la période de neutralisation du site, les usagers ont dû composer avec les restrictions de circulation et les effets mécaniques d’une coupure au sein du tissu urbain. La restitution de la chaussée permet désormais de rétablir un itinéraire important pour les déplacements quotidiens dans le centre de Souk-Ahras. Mais l’impact dépasse les seuls automobilistes. C’est encore plus visible avec le boulodrome, dont la remise en état restitue à la population un équipement de proximité. L’enjeu peut sembler secondaire au regard des montants engagés et de la complexité hydraulique du projet. Il ne l’est pourtant pas sur le plan social. Les trois terrains constituent un lieu de rencontre et une composante familière de la vie locale. Leur réouverture marque symboliquement le passage d’un espace associé au danger à un espace de nouveau fréquenté. Autre enseignement de cette opération, sa réalisation par une entreprise du territoire, l’Entreprise de bâtiments, de travaux publics et d’hydraulique (EBTPH) Amar Nedjahi. Dans un chantier où les contraintes techniques étaient nombreuses, le recours à une entreprise locale met en évidence l’importance des compétences disponibles sur le terrain. Au-delà de la performance d’une entreprise, ce chantier pose une question plus large pour les collectivités locales, celle de la capacité à disposer, au niveau local et régional, de compétences capables d’intervenir sur des infrastructures critiques, notamment lorsque les désordres touchent simultanément l’hydraulique, le sol et l’espace public. Le principal résultat de l’opération est finalement moins spectaculaire que le cratère qui avait marqué les lieux pendant quatre ans, mais il est beaucoup plus important car le secteur fonctionne à nouveau. La circulation a repris, le réseau a été réhabilité, l’ouvrage ancien a été préservé et le boulodrome a retrouvé son usage. À Souk-Ahras, le site de l’affaissement de 2022 n’est désormais plus seulement le souvenir d’un sinistre urbain. Reste l’enjeu de la surveillance dans le temps. Comme pour tout ouvrage réalisé sur un secteur ayant connu un important mouvement de terrain, la pérennité de la solution dépendra du suivi du comportement du sol, de l’état du réseau et de l’absence de nouveaux désordres. Car, au-delà de la remise en circulation, la réussite complète d’un tel chantier se mesure à sa capacité à rester fiable plusieurs années après la fin des travaux.
Zakia Merabet

