8e édition du Festival culturel national de la production théâtrale féminine : Hippone, écrin de la création féminine
Du 1er au 3 octobre, le site archéologique d’Hippone accueillera trois rendez-vous artistiques dans le cadre de la 8e édition du Festival culturel national de la production théâtrale féminine. Poésie, conte, musique et spectacle vivant investiront ce haut lieu du patrimoine annabi, dans une programmation qui entend conjuguer la richesse de la mémoire historique avec la vitalité de la création féminine contemporaine.
Loin de se limiter aux espaces théâtraux traditionnels, le festival investit ainsi un lieu chargé d’histoire pour faire dialoguer patrimoine et création contemporaine. Le choix d’Hippone donne à ces rendez-vous une dimension particulière. Dans ce décor marqué par les traces de la civilisation antique, les voix de femmes, les récits, les textes poétiques et les expressions scéniques contemporaines viendront inscrire de nouvelles formes de création dans un espace où la mémoire demeure omniprésente. Le premier rendez-vous est fixé à ce jeudi, avec une soirée consacrée à la poésie. Dans le cadre exceptionnel du site archéologique, les mots occuperont le devant de la scène, faisant de la voix et du texte les principaux vecteurs d’expression. Cette ouverture littéraire permettra de mettre en avant la création poétique féminine et de rappeler les liens étroits qui unissent, depuis toujours, littérature et théâtre, notamment à travers le travail sur la langue, la voix et l’interprétation.
Le lendemain, vendredi,à partir de 19 h 30, place sera faite au conte. Les conteuses investiront à leur tour Hippone pour une soirée consacrée aux récits, à l’imaginaire et à la mémoire. Entre tradition orale et réécriture contemporaine, le conte offrira un autre espace d’expression aux artistes, en faisant ressurgir des univers puisés dans l’imaginaire populaire tout en les confrontant aux sensibilités d’aujourd’hui. Cette présence du conte dans la programmation prend tout son sens dans un festival qui cherche à élargir les frontières de la création féminine. Le récit oral, transmis de génération en génération, devient ici une matière artistique susceptible d’être réinventée, mise en scène et portée par de nouvelles voix. Dans le cadre d’Hippone, cette rencontre entre mémoire collective et création actuelle devrait prendre une résonance particulière.
La série de rendez-vous se poursuivra le samedi à 21 h avec le « Women Show », consacré à l’expression artistique féminine à travers le spectacle vivant, la musique et le mouvement. Après la poésie et le conte, cette dernière soirée proposera une forme plus scénique et dynamique, donnant toute sa place au corps, à la présence et à l’interprétation. L’Orchestre philharmonique d’Annaba accompagnera les trois soirées, apportant une dimension musicale à cette programmation et assurant un fil conducteur entre les différentes propositions artistiques. La musique viendra ainsi se mêler aux voix, aux textes et au mouvement, contribuant à créer une atmosphère particulière dans un site dont les pierres, les vestiges et les espaces ouverts constituent déjà un décor naturel.
Cette programmation hors des salles habituelles s’inscrit dans l’esprit général de cette huitième édition du Festival culturel national de la production théâtrale féminine. Placée sous le thème « Horizons », celle-ci entend accorder une place importante à l’émergence de nouvelles voix et à l’accompagnement des porteuses de projets. Le programme général comprend notamment des spectacles pour adultes et enfants, du monodrame, des rencontres ainsi que des ateliers consacrés à l’écriture, la réécriture, la construction de projets, la scénographie, la lumière et les conditions de production et de diffusion. Un forum réunit par ailleurs 37 participantes autour de différents aspects de la création théâtrale.
L’investissement d’Hippone apparaît ainsi comme le prolongement naturel de cette volonté d’ouvrir de nouveaux espaces à la création. En choisissant un site patrimonial comme cadre de ces soirées, les organisateurs ne proposent pas uniquement un changement de décor. Ils créent une rencontre entre deux temporalités, celle d’un patrimoine antique, témoin d’une histoire millénaire, et celle d’une création artistique portée par des femmes qui cherchent aujourd’hui à élargir leurs horizons et leurs modes d’expression. Cette approche rejoint d’ailleurs l’une des ambitions affichées de l’édition 2026, qui entend faire du festival un espace de rencontre entre mémoire, patrimoine et création contemporaine, tout en favorisant la formation et l’accompagnement des nouvelles générations de créatrices.
Au-delà de l’animation culturelle, cette initiative participe aussi à une autre manière de faire vivre le patrimoine. Les vestiges d’Hippone ne seront pas seulement contemplés comme les témoins d’un passé révolu, ils deviendront, le temps de quelques soirées, un espace de création, de transmission et de rencontre avec le public. Une façon de rappeler que le patrimoine peut également être un lieu vivant, capable d’accueillir les expressions artistiques du présent et de dialoguer avec les imaginaires de demain.
Sofia Chahine

