Gazoduc transsaharien : L’Algérie au cœur d’un corridor intercontinental stratégique
À l’ouverture de la 14e édition du NAPEC, le ministre d’Etat chargé des Hydrocarbures a fait du gazoduc transsaharien le symbole de l’ambition algérienne sur la scène énergétique. Pour Mohamed Arkab, le projet s’inscrit pleinement dans la vision d’un pays qui entend renforcer son rôle de « plateforme énergétique régionale », capable de relier les ressources du continent aux marchés méditerranéens et européens. Le ministre a pris soin d’écarter toute lecture purement technique. Selon lui, le TSGP « ne se limite pas » à un couloir de transport de gaz. Il porte une dimension africaine, celle de la valorisation des richesses du continent, de son intégration et du développement de ses infrastructures. M. Arkab a ajouté que l’ouvrage doit élargir l’accès à l’énergie et produire des retombées économiques et sociales pour les pays traversés, ce qui lui donne, a-t-il souligné, une portée de développement au-delà de son poids stratégique. Le dossier avance à bon rythme. Les études techniques et économiques ont connu des progrès importants, a indiqué le ministre, qui a rappelé le coup d’envoi donné en juin dernier aux travaux du tronçon algérien, dans la région d’Aoulef, wilaya d’Adrar, au lendemain de la cinquième réunion ministérielle consacrée au projet. Le chemin parcouru est réel. Relancé en février 2022 par l’Algérie, le Niger et le Nigeria, le projet a été consolidé par un mémorandum d’entente en juillet de la même année, puis par la signature en février 2025 du contrat d’actualisation de l’étude de faisabilité. Le rapport final a été adopté le 3 juin 2026, et les premiers travaux ont démarré le jour suivant.
Les chiffres donnent la mesure de l’ouvrage. Le gazoduc s’étirera sur environ 4 130 kilomètres, depuis les zones de production nigérianes jusqu’à Hassi R’Mel, en traversant le Niger. Sa capacité prévisionnelle se situe entre 20 et 30 milliards de mètres cubes par an. Il sera raccordé au réseau national de transport et aux infrastructures d’exportation existantes, ce qui offrira une voie supplémentaire au gaz africain vers l’Europe. Le projet est mené conjointement par Sonatrach, la NNPC nigériane et la SONIDEP nigérienne. Sur le sol algérien, le tracé suivra le corridor de la route transsaharienne, de la frontière nigérienne jusqu’au grand centre gazier du pays.
Le ministre n’a pas caché que la route reste longue. L’approche algérienne repose, a-t-il dit, sur un développement « réaliste, coordonné et responsable » du corridor, qui tienne compte des exigences techniques, commerciales, sécuritaires et financières. Cette séquence prend tout son sens dans le contexte du salon, placé sous le signe de « l’addition énergétique », où les sources d’énergie se complètent plutôt que de se remplacer. Dans un marché mondial sous tension, où les pays importateurs cherchent à diversifier leurs routes d’approvisionnement, l’Algérie avance un argument de géographie et d’infrastructures. Elle propose de transformer sa position de carrefour en levier d’intégration, au bénéfice des producteurs africains comme des consommateurs européens.
Amar Malki

