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Constantine : Oscar Niemeyer, l’empreinte brésilienne qui façonne l’université Mentouri

Près de six décennies après le lancement de sa construction, l’université Frères Mentouri Constantine-1 continue de témoigner de l’audace architecturale d’Oscar Niemeyer, figure majeure du modernisme brésilien. La visite de l’ambassadeur du Brésil en Algérie, accompagné d’un doctorant venu étudier l’œuvre de l’architecte, remet en lumière ce patrimoine singulier, conçu comme un espace universitaire moderne et fonctionnel, mais aussi comme une réalisation emblématique des relations entre les deux pays. À Constantine, l’architecture devient un trait d’union entre la mémoire, le savoir et la coopération internationale.

L’université Frères Mentouri Constantine-1, dont les lignes monumentales portent la signature du célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, a accueilli dimanche l’ambassadeur du Brésil en Algérie, accompagné de son épouse et d’un doctorant brésilien qui se consacre à l’étude des réalisations de l’architecte. Au-delà du caractère protocolaire de cette visite, cette rencontre a permis de mettre en lumière l’histoire et la valeur architecturale d’un campus qui compte parmi les réalisations majeures de Niemeyer sur le continent africain. La délégation a été reçue par le professeur Laïd Dehimat, chargé de la gestion des affaires de la direction de l’université, entouré de responsables administratifs et pédagogiques. Une visite guidée des bâtiments et des pavillons a ensuite permis de revenir sur les particularités architecturales de cet ensemble, ainsi que sur son importance historique et esthétique. L’ambassadeur a exprimé son admiration pour le campus et salué les efforts déployés pour préserver ce legs, tout en soulignant les perspectives de coopération susceptibles de rapprocher les chercheurs et les étudiants algériens et brésiliens.

Pour comprendre la portée de cette réalisation, il faut remonter au 29 mars 1968, date à laquelle le président Houari Boumediene a posé la première pierre de l’université de Constantine. Le projet s’inscrivait dans une ambition nationale, celle de doter la ville d’un établissement universitaire moderne, capable d’accompagner l’élargissement de l’accès à l’enseignement supérieur et la transformation du système éducatif. Son existence officielle a été consacrée par l’ordonnance n° 69-56 du 17 juin 1969, tandis que le grand chantier a été confié à l’entreprise publique ECOTEC, sur la base des plans élaborés par Niemeyer. La réalisation s’est étendue de 1969 à 1972, selon les références architecturales consacrées à ce projet. Les premiers étudiants ont toutefois investi certains espaces dès l’année universitaire 1969-1970, avec l’occupation du bloc des lettres. L’installation de l’administration dans la tour qui lui est dédiée est, quant à elle, intervenue en avril 1973. Ces différentes étapes témoignent d’une mise en service progressive d’un complexe conçu pour répondre aux besoins d’une université en pleine expansion. L’ampleur du programme était considérable pour l’époque. Selon l’historique publié par l’université, le projet prévoyait quelque 140 000 mètres carrés, 4 000 places pédagogiques et quatre amphithéâtres, pour un volume annoncé de 11 400 mètres cubes de béton. L’ensemble devait réunir les principales fonctions universitaires au sein d’un même campus, associant enseignement, recherche, administration et services collectifs.

Oscar Niemeyer, l’art de donner forme au béton

Né à Rio de Janeiro en 1907 et décédé en 2012, Oscar Niemeyer figure parmi les grandes références de l’architecture moderne du XXe siècle. Sa renommée internationale est notamment liée à sa participation déterminante à la conception des principaux édifices de Brasilia, la capitale brésilienne inaugurée en 1960. Son œuvre se distingue par l’utilisation expressive du béton armé, les volumes monumentaux et une recherche de formes libres qui rompt avec la rigidité de nombreuses constructions conventionnelles. À Constantine, l’architecte a transposé cette approche à un programme universitaire, en privilégiant la concentration des fonctions et la souplesse d’organisation. Plutôt que de disperser les facultés dans une multitude de bâtiments, il a imaginé un ensemble articulé autour de grands blocs pédagogiques, de laboratoires et d’un bâtiment administratif vertical. Le projet comprenait également des équipements collectifs, notamment une bibliothèque, un auditorium, un restaurant, des résidences et des installations sportives. Cette composition se distingue par le contraste entre les volumes horizontaux allongés et la tour administrative qui s’élève au-dessus du campus. L’un des blocs, destiné aux salles de cours, s’étire sur environ 300 mètres, tandis qu’un second, légèrement incurvé et consacré aux laboratoires et à la recherche, atteint quelque 350 mètres. Leur implantation et leur structure en béton armé traduisent la volonté de Niemeyer d’exploiter les possibilités techniques du matériau pour créer de vastes espaces fonctionnels. Le campus constantinois illustre ainsi une conception de l’université pensée comme un ensemble cohérent, susceptible d’évoluer avec les besoins de l’enseignement supérieur. Cette approche, qui associe fonctionnalité, monumentalité et recherche esthétique, contribue à faire de l’établissement bien davantage qu’une simple infrastructure pédagogique : il constitue également un témoignage de l’histoire de l’architecture moderne en Algérie.

Un patrimoine à préserver et à faire connaître

La visite de la délégation brésilienne prend, dans ce contexte, une dimension particulière. La présence d’un doctorant travaillant sur les réalisations de Niemeyer souligne l’intérêt scientifique que continue de susciter cette œuvre, bien au-delà des frontières brésiliennes. Pour l’université, l’accueil de chercheurs intéressés par son architecture représente également une occasion de valoriser son histoire et de développer de nouvelles perspectives d’échanges académiques. À l’issue de la visite, l’ambassadeur a salué la qualité du campus et les efforts engagés pour préserver cet héritage. Le doctorant a, pour sa part, remercié ses hôtes pour leur accueil et les informations mises à sa disposition. La rencontre s’est achevée par un échange de cadeaux symboliques et une séance de photos-souvenirs, dans une atmosphère marquée par l’intérêt commun porté à l’œuvre de l’architecte brésilien. Près de soixante ans après la pose de sa première pierre, l’université Frères Mentouri rappelle ainsi qu’un campus peut aussi être un patrimoine vivant, à la croisée de l’histoire nationale et du dialogue entre les cultures. La visite brésilienne offre une nouvelle occasion de faire connaître cette réalisation emblématique et de transmettre aux nouvelles générations la mémoire de sa conception.

Sofia Chahine

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