Régions

Face à la flambée des prix de la banane : Le pari de la production nationale prend racine à Jijel

Alors que la banane est devenue difficilement accessible pour une partie des consommateurs en raison de la flambée des prix, la wilaya de Jijel explore les possibilités d’une production locale à plus grande échelle. Visites de terrain, projets d’investissement, modernisation des serres, perspectives de production de plants, plusieurs leviers sont mobilisés pour développer cette filière et réduire, à terme, la dépendance au marché extérieur. Reste à transformer les premières performances agricoles en une production régulière, compétitive et accessible.

Et si une partie de la réponse à la cherté de la banane se trouvait dans les serres de Jijel ? Encore marginale dans le paysage agricole national, cette culture commence à susciter un intérêt croissant dans la wilaya, où les résultats obtenus dans plusieurs exploitations confortent les perspectives de développement de la filière. À l’heure où ce fruit, très prisé des ménages, pèse de plus en plus lourd dans le budget des consommateurs, l’émergence d’une production nationale représente un enjeu qui dépasse la simple diversification agricole. C’est dans cette perspective que les responsables des subdivisions agricoles de Taher, de Chekfa et de Kaous ont effectué des visites de terrain dans des exploitations spécialisées dans la culture du bananier sous serre. Les observations effectuées ont fait ressortir une qualité satisfaisante des fruits et des rendements jugés encourageants, confirmant le potentiel de cette production dans différentes zones de la wilaya. Au-delà de ces résultats, l’intérêt de cette dynamique réside dans la possibilité de développer une nouvelle activité agricole, susceptible de créer de la valeur, de mobiliser les investissements et de diversifier les sources d’approvisionnement du marché national. La réussite de cette filière pourrait ainsi contribuer à réduire la vulnérabilité de l’offre face aux fluctuations du marché extérieur, à condition que les volumes produits atteignent une échelle suffisante et que les coûts de production permettent une commercialisation compétitive.

La modernisation des serres constitue, à cet égard, un axe stratégique. Les premières expériences menées dans des installations conventionnelles montrent des marges de progression, notamment à travers l’amélioration des équipements et la maîtrise des techniques culturales. Le recours aux serres multichapelles pourrait offrir de meilleures conditions de régulation de la température, de l’humidité et de l’aération, des paramètres essentiels au développement du bananier. Une meilleure maîtrise de ces facteurs permettrait de stabiliser les rendements et d’améliorer la qualité des fruits.

Cette orientation s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs mois. En décembre 2025, une trentaine de projets de culture de la banane étaient envisagés dans la wilaya de Jijel, dont 18 en cours de réalisation. Des rendements de 600 à 800 qx à l’hectare avaient alors été annoncés pour certaines exploitations équipées de serres modernes. Ces performances, si elles se confirment dans la durée et à une échelle plus large, pourraient contribuer à renforcer l’attractivité économique de cette culture.

Vers la production locale de plants

Autre perspective susceptible de soutenir l’essor de la filière, la production locale de plants de bananiers par multiplication in vitro. Évoquée en février 2026, cette piste devait associer le Centre de recherche en biotechnologie de Constantine à des investisseurs agricoles. L’objectif serait de faciliter l’approvisionnement en matériel végétal, de mieux maîtriser les conditions de multiplication des plants et d’accompagner l’extension des superficies cultivées. Un investisseur originaire de Jijel avait également fait état d’un projet portant sur 3 000 hectares, illustrant les ambitions affichées autour de cette production. Le développement de la filière suppose néanmoins de lever plusieurs contraintes. Le bananier exige des conditions de culture spécifiques, des investissements importants et un approvisionnement régulier en eau. L’extension des superficies devra donc être pensée en fonction des ressources hydriques disponibles, mais aussi du coût de l’irrigation, de l’énergie, de la fertilisation et de l’entretien des serres. À défaut d’une maîtrise de ces charges, les performances agronomiques pourraient ne pas se traduire par une rentabilité durable. L’encadrement technique des producteurs, la disponibilité des plants, la modernisation des équipements et le suivi régulier des exploitations seront tout aussi déterminants. À ces impératifs s’ajoutent la conservation des fruits après récolte, les conditions de transport et l’organisation de la commercialisation. Car produire davantage ne suffit pas. Encore faut-il acheminer les volumes vers les marchés dans de bonnes conditions, limiter les pertes et assurer une distribution efficace.

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est désormais de faire passer cette filière prometteuse du stade des expériences et des projets à celui d’une production structurée, durable et économiquement accessible. Si Jijel parvient à consolider ses acquis, à sécuriser ses ressources et à développer des volumes significatifs, la banane locale pourrait devenir un atout supplémentaire pour diversifier l’offre nationale. Mais pour les consommateurs, le véritable indicateur de réussite restera le prix affiché sur les étals. C’est à cette condition que l’ambition agricole pourra se traduire en un bénéfice concret pour le pouvoir d’achat.

Zakia Merabet

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *