Maïssa Bey installée à la tête de la commission de lecture et d’aide au cinéma : Mettre en place une industrie cinématographique intégrée
Installée mardi au Centre national du cinéma, à Alger, la commission de lecture et d’aide au cinéma sera présidée par Maïssa Bey, une première. La ministre Malika Bendouda lui demande objectivité et exigence artistique, et esquisse une ligne de production qui devrait faire débat.
Pour la première fois, une femme dirigera l’instance qui lit les projets et oriente l’argent public vers le cinéma algérien. La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a installé mardi, au Centre national du cinéma à Alger, la commission de lecture et d’aide au cinéma, placée sous la présidence de Maïssa Bey. Elle a salué une désignation de la « première femme à assumer cette responsabilité », qui montre selon elle « l’importance de la compétence et de l’expérience » dans le soutien au cinéma, rapporte un communiqué du ministère. Le geste s’inscrit, dit le ministère, dans des « efforts visant à mettre en place une industrie cinématographique nationale intégrée ». Mme Bendouda s’est dite confiante dans la capacité de la commission à « insuffler un nouvel élan au cinéma algérien », vu son rôle central dans l’évaluation des scénarios et dans la définition des orientations de la production des prochaines années. La ministre a d’abord fixé la méthode. Elle réclame « de l’objectivité dans l’étude et l’évaluation des projets », afin que le soutien aille à des œuvres répondant à « des critères artistiques et créatifs de haut niveau » et reflétant la richesse de la culture algérienne ainsi que la place de l’Algérie dans son espace africain, arabe et méditerranéen. Vient ensuite la ligne éditoriale, plus délicate. Mme Bendouda défend « une stratégie de production claire », qui privilégie « certaines orientations thématiques », encourage « les valeurs positives au sein de la société » et s’ouvre à la comédie, pour diversifier l’offre et répondre aux attentes du public. Cette installation, assure-t-elle, « ouvre une nouvelle étape », celle de la transparence et de l’objectivité, avec l’ambition de bâtir « une industrie cinématographique nationale durable ».
Ces annonces tombent dans un secteur qui sort d’une longue disette. Le fonds public d’aide au cinéma avait été supprimé, ce qui a conduit plus de cinquante cinéastes, producteurs et auteurs à alerter la ministre dans une lettre ouverte, où ils avertissaient que le cinéma algérien risquait de disparaître. En juin dernier, la ministre a présenté 2026 comme l’année de l’activation du Fonds national de développement de la technique et de l’industrie cinématographique, dont la commission spécialisée examinait alors des dossiers pour la deuxième fois depuis janvier. Le chantier avait été ouvert lors des assises nationales du cinéma des 19 et 20 janvier 2025, où le chef de l’État s’était dit favorable à la création d’une instance nationale élue pour gérer le secteur.
À l’issue de la cérémonie, Mme Bendouda a pris connaissance des propositions des membres de la commission, puis rencontré artistes, réalisateurs et professionnels conviés pour évoquer la situation du cinéma algérien. Elle a réaffirmé « l’importance du dialogue et de la concertation » avec le secteur, qu’elle veut associer à l’élaboration d’« une vision commune ». Il faudra que cette promesse se traduise en décisions publiques, motivées et rapides.
Mohand Seghir

