Investissement : Un guichet unique piloté par un PDG au rang de ministre d’Etat
L’Algérie accorde à son guichet unique national de l’investissement un poids institutionnel de premier plan. Le décret présidentiel 26-326 du 12 octobre 2026, publié au Journal officiel numéro 72, place à sa tête un PDG nommé par le président Abdelmadjid Tebboune avec rang de ministre d’Etat, sous la tutelle du Premier ministre. Ce choix en dit long sur la place que les plus hautes autorités entendent donner à cette structure et, à travers elle, à l’investissement. Un responsable nommé par le chef de l’Etat, doté du rang de ministre d’Etat et rattaché directement au Premier ministre, dispose de l’autorité nécessaire pour dialoguer d’égal à égal avec les départements ministériels. Un conseil d’administration réunissant les ministres de l’Intérieur, des Finances, de l’Industrie, du Commerce extérieur, du Commerce intérieur et du Tourisme vient consolider ce dispositif. Sur le fond, le texte consacre un principe fort dès l’article 5. Le guichet devient «l’interlocuteur unique, intégré et exclusif des investisseurs». Il statue sur «l’ensemble des décisions» et délivre actes, agréments et autorisations, de l’enregistrement du projet jusqu’à sa réalisation puis son exploitation. L’investisseur, national comme étranger, dispose ainsi d’une porte d’entrée unique pour mener son projet de bout en bout.
Neuf pôles spécialisés structurent l’organisation. Ils couvrent la création d’entreprises, l’enregistrement des projets, le foncier économique, la fiscalité, les douanes et les domaines, l’accompagnement financier, l’urbanisme, le raccordement aux réseaux, la sécurité sociale et l’emploi, ainsi que les autorisations, actes et agréments. Le foncier occupe une place centrale. Le guichet crée et aménage des zones industrielles, constitue un portefeuille de terrains auprès des domaines et des particuliers et tient une banque de données sur les disponibilités, accessibles via la plateforme numérique de l’investisseur qu’il gère. Il examine l’éligibilité aux avantages, les octroie, vérifie le respect des engagements et suit l’avancement des projets par des missions sur le terrain. Il traite aussi les doléances des investisseurs, hors recours, et peut exercer, au nom de l’Etat, un droit de préemption sur tout bien immobilier privé susceptible d’accueillir un projet.
Cette avancée est le fruit d’un suivi permanent du président de la République, qui a consacré plusieurs réunions au dossier. Le projet s’inscrit dans la loi sur l’investissement examinée en Conseil des ministres en mai 2022. En septembre de la même année, M. Tebboune soulignait que «l’objectif principal est de garantir la transparence». En mars 2023, il demandait de «faciliter l’acte d’investissement» à travers le guichet unique, puis, en avril 2025, d’installer l’organe «dans un délai d’un mois».
Le rythme s’est intensifié cet automne. Le 9 septembre 2026, le chef de l’Etat a réuni le Premier ministre, les ministres concernés, la Haut-commissaire à la numérisation, le directeur général des Douanes et celui de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement. Il y a donné «des instructions fermes pour la mise en service effective du guichet unique» avant la fin du mois, tout en ordonnant un recensement général du foncier industriel. Le 23 septembre, une nouvelle réunion a permis de finaliser le décret afin d’«imprimer une nouvelle dynamique à l’investissement» par la simplification des procédures. L’Agence algérienne de promotion de l’investissement poursuivra son activité jusqu’à la mise en place effective du guichet, ce qui garantit la continuité du service aux investisseurs pendant la transition.
A.M.

