Alger accueille les patrons du renseignement africain sous la présidence de la RASD : Contrer le fléau de la drogue
Les travaux de la réunion des directeurs généraux du Comité des services de renseignement et de sécurité africains (CISSA) pour l’Afrique du Nord se sont ouverts, mercredi à Alger, sous la présidence du Premier ministre sahraoui, Bouchraya Hammoudi Bayoun, représentant le président Brahim Ghali. Au cœur des échanges, la prolifération et la consommation de drogues dans la région, désormais considérées comme une menace multidimensionnelle pour la stabilité des États. Cette rencontre de haut niveau couronne l’Atelier régional du CISSA, consacré aux répercussions du phénomène sur l’Afrique du Nord. Les experts du Comité s’étaient réunis la veille, sous la présidence de la Direction nationale de la sécurité, de la documentation et de la protection des institutions de la RASD, qui assure cette année la tête du Bureau régional. Y participent les responsables des organes de l’Algérie, de la Libye, de l’Égypte, de la Mauritanie, de la RASD et de la Tunisie, ainsi que des représentants du Botswana, du Zimbabwe, du Soudan, de l’Afrique du Sud et de la Namibie, aux côtés du Secrétariat exécutif du CISSA et de mécanismes africains spécialisés. Le président du CISSA, chef des services de renseignement libyens, Abdulmajid Ibrahim Abdulkarim, a insisté sur la gravité du sujet. Selon lui, « ce phénomène ne relève plus d’une simple affaire criminelle ou sanitaire isolée, mais constitue désormais une menace sécuritaire multidimensionnelle », impliquant réseaux criminels transfrontaliers, blanchiment d’argent, trafic d’armes, traite humaine et financement du terrorisme. Le secrétaire exécutif, Jackson Victor Hamata, s’est dit pour sa part très préoccupé par l’intensification des liens entre groupes terroristes, groupes armés et réseaux criminels, plaidant pour le renforcement de la résilience des communautés locales et l’intégration des communautés frontalières aux stratégies de sécurité. Le chef du Bureau régional, Ali Hamma Salem Malou, a rappelé que la position de l’Afrique du Nord, charnière entre l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et le Moyen-Orient, l’expose aux réseaux internationaux de contrebande.
Dans son allocution d’ouverture, M. Bayoun a plaidé pour une rupture avec les réponses conjoncturelles. Le fléau, a-t-il dit, exige « une vigilance permanente, une stratégie globale et une coordination étroite » entre les institutions des États et les composantes de la société. « La lutte contre la drogue est un combat pour protéger l’être humain, préserver la famille, garantir la sécurité de la société et défendre l’avenir de la patrie », a-t-il affirmé. S’il a reconnu que l’approche sécuritaire reste essentielle pour démanteler les cellules et assécher les sources de financement, le Premier ministre sahraoui a averti que « la fermeté sécuritaire, en dépit de son importance, ne suffit pas à elle seule ». Prévention, sensibilisation, éducation, prise en charge psychologique et réinsertion doivent l’accompagner, avec la famille comme « première ligne de défense », aux côtés de l’école, de l’université, de la mosquée, des médias et de la société civile. Il a également appelé à distinguer les trafiquants des victimes de l’addiction, qui ont besoin de soins et d’accompagnement. Face à des réseaux qui recourent aux nouvelles technologies pour attirer leurs victimes, il a plaidé pour davantage d’échange d’informations et de moyens humains et techniques. « Notre responsabilité ne se limite pas à établir un diagnostic », a-t-il souligné, mais à traduire la prise de conscience « en décisions, les décisions en programmes mesurables et réalisables ».
Chokri Hafed
