Réfugiés sahraouis : L’Algérie balaie les allégations marocaines devant les instances onusiennes
À Genève comme à New York, la diplomatie algérienne a défendu le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et dénoncé les tentatives de Rabat de se poser en donneur de leçons humanitaires. L’Algérie a répliqué, mardi, avec fermeté devant deux enceintes des Nations unies. Elle a rappelé à la puissance occupante du Sahara occidental que la souffrance des déplacés sahraouis découle directement de l’occupation, et qu’aucune posture morale de circonstance ne saurait effacer cette réalité.
C’est à Genève que l’échange a été le plus vif. Devant le Comité exécutif du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le représentant permanent de l’Algérie, Idris Latreche, a répondu au délégué marocain, qui s’était employé à distribuer des « leçons » sur les solutions durables et à se prévaloir d’une « référence morale ». Pour le diplomate algérien, le paradoxe est flagrant soulignant que « la partie qui porte la responsabilité première et entière de cette situation, à savoir l’occupation marocaine, cherche à donner des leçons à l’honorable Comité en matière de solutions durables ». Il a ajouté que « le passage du déni total à la prétention à se poser en référence morale traduit l’opportunisme dans sa forme la plus abjecte ». La communauté internationale, a-t-il souligné, connaît parfaitement les faits comme les origines de la situation dans le territoire occupé. M. Latreche a mis en garde contre toute confusion des registres. Il a appelé à ne pas envoyer « le mauvais message au mauvais moment » et à ne pas brouiller la frontière entre les considérations humanitaires et les réalités politiques, deux dimensions indissociables à ses yeux. Il a ensuite posé trois constats qu’il a qualifiés d’irréfutables. Les réfugiés sahraouis sont des déplacés issus d’un territoire non autonome, et leur droit inaliénable à l’autodétermination est au cœur de leur souffrance. L’aide humanitaire ne doit être ni instrumentalisée politiquement ni transformée en monnaie d’échange. Enfin, la réalité du terrain dément les procès d’intention. « Les camps de Tindouf sont ouverts et transparents, accueillant en permanence plus de cinq agences des Nations unies et plus de vingt ONG, outre des visites régulières de donateurs, d’observateurs et de mécanismes onusiens », a-t-il rappelé.
Rappelant que l’Algérie accueille les réfugiés sahraouis depuis plus de cinq décennies, il a invité la communauté internationale à maintenir son soutien. Il a toutefois prévenu que tout regain d’attention pour leur détresse ne devait pas faire perdre de vue le processus politique chargé de s’attaquer aux causes profondes du conflit. Réaffirmant l’attachement de l’Algérie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, il a insisté sur un point de principe. L’aide et la protection internationales sont des droits fondamentaux des réfugiés, non des actes de charité.
Bendjama: « Aucune partie n’a le droit d’accorder la souveraineté »
Au même moment, à New York, l’ambassadeur Amar Bendjama portait la même position devant la Quatrième Commission de l’Assemblée générale, lors du débat général consacré aux questions politiques spéciales et à la décolonisation. Il y a rappelé que le Sahara occidental demeure une question de décolonisation inachevée, dont le statut juridique a été consacré par l’ONU, qui l’a inscrit sur la liste des territoires non autonomes. Les résolutions de l’Assemblée générale et l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) ont confirmé ce statut. S’appuyant sur les résolutions 1514 et 1541, il a rappelé que le choix du statut politique d’un territoire doit procéder de la libre volonté de son peuple, fondement de toute décolonisation authentique. « Aucune partie n’a le droit d’accorder la souveraineté sur le territoire, pas même le Conseil de sécurité des Nations unies », a-t-il tranché, ajoutant que seul le peuple sahraoui détient cette souveraineté et qu’il doit être consulté sur son avenir.
M. Bendjama a également averti qu’aucune solution ne peut être juste et durable si elle est imposée d’avance comme point de départ et d’arrivée. Les négociations doivent, selon lui, constituer un processus menant à une solution, et non un moyen d’en imposer une prédéterminée. Il a salué la reprise, en début d’année, des pourparlers directs entre le Maroc et le Front Polisario sous l’égide conjointe de l’ONU et des États-Unis, auxquels l’Algérie a pris part avec la Mauritanie, en qualité d’observateur.
Il a en revanche exprimé la « profonde inquiétude » de l’Algérie face aux développements récents, qu’il impute à un « accord honteux » conclu au détriment des Palestiniens d’abord, puis des Sahraouis. Il y voit « un échange contraire à l’éthique entre deux puissances occupantes connues pour leurs ambitions expansionnistes et leur défiance à l’égard des règles du droit international ainsi que de la jurisprudence internationale ». Il a aussi dénoncé les appels faits aux Sahraouis pour qu’ils renoncent à leurs aspirations à la liberté et à la dignité et se résignent au fait accompli, au nom du pragmatisme. Sur le volet humanitaire, le diplomate a admis la baisse des ressources financières, liée à la multiplication des foyers de crise. Pour lui, la solution ne réside cependant pas dans une réduction comptable du nombre de réfugiés à assister, mais dans le traitement des causes profondes des conflits par la négociation et la diplomatie. Il a appelé les États membres à « poursuivre leur soutien, leur protection et leur assistance aux réfugiés sahraouis, dans l’attente d’une solution politique juste et durable au conflit du Sahara occidental ». Il a enfin averti le HCR du risque de se laisser entraîner dans un « chantage abject par la famine », destiné à contraindre les réfugiés à accepter une solution à courte vue, démarche qui, a-t-il dit, ne relève pas de son mandat et ne saurait l’honorer. Il a conclu en réitérant l’attachement de l’Algérie au droit international et au droit international humanitaire, et en appelant l’Assemblée générale, garante de la légalité internationale, à œuvrer pour que le peuple sahraoui exerce son droit inaliénable à l’autodétermination.
Lyes Saïdi

