Attaf à l’ONU : « La confiance se restaure quand le droit est le même pour tous »
Devant l’Assemblée générale, le chef de la diplomatie algérienne a plaidé pour une réforme en profondeur du Conseil de sécurité et appelé à renforcer le rôle et l’autorité de l’Assemblée générale de l’ONU. Il a réaffirmé les positions constantes de l’Algérie sur la Palestine, le Sahara occidental, le Sahel et la Libye.
L’Algérie a appelé, lundi, à renforcer le rôle et l’autorité de l’Assemblée générale de l’ONU et à une « réforme profonde » du Conseil de sécurité. Celui-ci doit devenir « plus représentatif, plus juste et plus efficace », et mettre fin « à la sélectivité et à la duplicité » dans l’application du droit international. Ce message a été porté par le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, lors de la semaine de haut niveau de la 81e session.
Une réforme « imposée par les transformations du monde »
Le ministre a estimé que la réforme du système onusien n’est plus « un luxe institutionnel », ni « une option reportable indéfiniment ». Elle est devenue « une nécessité » face aux mutations du monde. Réitérant le soutien constant de l’Algérie à la position africaine commune, il a affirmé que réparer « l’injustice historique » faite à l’Afrique exige « une représentation africaine permanente et équitable, avec des prérogatives pleines ».
Reprenant le thème retenu par le président de l’Assemblée (« Restaurer la confiance, gérer la transition : des Nations unies qui produisent des résultats pour tous »), M. Attaf a posé la question centrale, comment retrouver la confiance dans un ordre international dont les règles et les institutions sont ébranlées ? Sa réponse : « La confiance se restaure quand les paroles concordent avec les actes, quand le droit est le même pour tous, et quand les peuples voient dans l’ONU une maison commune, non une organisation prisonnière des rapports de force. » Il a ajouté qu’on ne peut demander aux peuples de croire au multilatéralisme si ses institutions reflètent « les équilibres d’un monde révolu ».
Palestine, Golfe et Moyen-Orient
Sur la Palestine, l’Algérie a renouvelé, « de cette tribune », son soutien « total et inconditionnel » aux droits légitimes et inaliénables du peuple palestinien, « au premier rang desquels son droit naturel à un État indépendant, pleinement souverain, avec El-Qods Echarif pour capitale ». M. Attaf a dénoncé la poursuite de la tragédie humanitaire et des tueries de civils, dont de nombreux enfants et femmes, dans « un tableau qui ne doit pas devenir banal ». L’espoir né du cessez-le-feu à Ghaza, entré en vigueur il y a près de onze mois, s’est selon lui « vite dissipé » face aux politiques de colonisation et au « mépris habituel » de l’occupant pour les accords conclus.
Le Golfe et le Moyen-Orient traversent, a-t-il dit, l’une des phases les plus dangereuses de leur histoire. L’Algérie suit avec « une vive inquiétude » l’escalade dans le Golfe, où des peuples sont « otages de calculs qui ne sont pas les leurs ». Elle condamne les atteintes à la souveraineté des États de la région, appelle à la désescalade et dénonce les agressions israéliennes, notamment contre la Syrie et le Liban, ainsi que les visées de partition de la Somalie.
Sahara occidental, Sahel, Libye
Sur le Sahara occidental, M. Attaf a réaffirmé la position de principe de l’Algérie en faveur de l’autodétermination, car la décolonisation « ne se règle pas par le fait accompli ». Il a salué les négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario, tenues début 2026 sous l’égide de l’ONU avec l’appui des États-Unis. Il a rappelé que le succès du processus exige la bonne foi des deux parties et le respect de la référence onusienne. Aussi, toute tentative de contourner cette référence ou de marginaliser le peuple sahraoui et son représentant légitime, le Front Polisario, est à proscrire, souligne-t-il.
Sur le Sahel, il a rappelé, citant le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qu’on ne peut aborder le terrorisme par une approche purement sécuritaire, « la sécurité et le développement étant les deux faces d’une même médaille ». L’Algérie reste prête à accompagner les pays de la région dans le respect de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale. Pour la Libye, elle soutient une solution politique pacifique, menée par les Libyens eux-mêmes, et juge la fin des ingérences étrangères essentielle. Elle appuie aussi les autorités légitimes au Yémen et au Soudan.
Sous la direction du président Tebboune, l’Algérie a choisi, selon M. Attaf, d’être « actrice des transformations du monde et non simple spectatrice », en misant sur une économie productive et diversifiée et sur le savoir comme moteur de son essor. Il a enfin appelé à une régulation internationale équilibrée de l’intelligence artificielle, afin qu’elle soit « une opportunité partagée, non un privilège réservé à quelques-uns ».
Lyes Saïdi

