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Maroc : La rue gronde et le Makhzen ne sait plus que matraquer

Cherté de la vie, chômage, corruption et normalisation avec l’entité sioniste, le royaume vit une colère sociale d’une ampleur rare, que le pouvoir tente d’étouffer à coups de matraques et d’arrestations.

Des milliers de Marocains ont battu le pavé, ces derniers jours, dans plusieurs villes du royaume pour dénoncer la misère sociale, la corruption et le rapprochement avec l’entité sioniste, au lendemain d’élections largement boycottées par la population. Face à cette contestation qui s’étend, le Makhzen n’a trouvé d’autre réponse que le déploiement massif de son appareil de répression et des interpellations. Le mot d’ordre est partout le même. Dans la rue, les manifestants exigent que les promesses faites pendant la campagne électorale se traduisent enfin en actes concrets, à savoir une baisse des prix des produits de première nécessité, des emplois pour une jeunesse asphyxiée par le chômage et un meilleur niveau de vie. Ils réclament aussi une réforme de l’éducation et de la santé publique, deux secteurs que les Marocains jugent sinistrés, et que les responsables mêlés à des affaires de corruption aient enfin à rendre des comptes.

Le récent scrutin législatif a aggravé la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés. Organisées sous la houlette du Makhzen, ces élections ont été largement boycottées par une population qui n’y voit qu’une mise en scène destinée à reconduire les mêmes équilibres. La victoire du parti Authenticité et Modernité (PAM) a d’ailleurs déclenché une vive polémique, au Maroc comme à l’étranger, tant la formation traîne des casseroles liées à des affaires de corruption et à des relations avec des réseaux douteux. Les partis d’opposition ont affiché leur soutien aux revendications sociales, y voyant le reflet d’une « déception populaire » à l’égard des résultats du vote et de la capacité du vainqueur à changer les choses. Des personnalités politiques et médiatiques estiment que le paysage politique n’a pas bougé d’un iota. Elles rappellent que les engagements de campagne, comme la création d’un million d’emplois ou l’augmentation générale des salaires, tiennent davantage du slogan de propagande que d’un programme réaliste.

Le PAM est en outre éclaboussé par une affaire embarrassante. Selon des médias, deux de ses figures importantes seraient impliquées dans un réseau lié à un narco-trafiquant malien surnommé le « Pablo Escobar du Sahara ». L’un aurait mis son entreprise de construction au service d’opérations logistiques de contrebande, l’autre aurait tiré parti de sa présidence d’un club sportif marocain et de ses entrées dans les institutions pour blanchir de l’argent et falsifier des documents. Le chef du Parti Justice et Développement (PJD) n’a pas mâché ses mots en qualifiant le PAM de « parti corrompu », dépourvu de tout véritable projet de réforme. À ses yeux, la victoire électorale ne marque pas forcément l’ouverture d’une nouvelle phase, mais plutôt la poursuite de politiques qui n’ont rien produit de tangible en matière d’emploi, d’éducation et de santé.

À cette colère sociale s’ajoute une contestation d’un autre ordre, celle de la normalisation entre le régime du Makhzen et l’entité sioniste. À l’appel du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, des centaines de citoyens ont pris part à des rassemblements dans plusieurs grandes villes. Au total, 76 manifestations ont été recensées dans 45 villes, en signe de solidarité indéfectible avec la cause palestinienne. Casablanca, la capitale économique, Meknès, Beni Mellal, Tétouan, Agadir et Tanger ont été les principaux points de ralliement.

La réponse du pouvoir tient en un mot, la répression. À Agadir, un imposant dispositif sécuritaire a été mis en place, avec un cordon de police élargi pour empêcher la tenue du rassemblement, les forces de sécurité quadrillant la place principale ainsi que les artères alentour. À Tanger, des heurts ont opposé manifestants et forces de l’ordre, intervenues pour disperser les attroupements, comme l’ont documenté des images vidéo. Des arrestations ont été signalées parmi ceux qui dénonçaient la présence d’une représentation diplomatique de l’entité sioniste dans le royaume. Entre une jeunesse sans horizon, une classe politique discréditée et un pouvoir qui ne connaît que le langage du bâton, le royaume avance sur un terrain de plus en plus miné. Faute de réponses sociales crédibles, la rue marocaine n’a plus grand-chose à perdre.

Lyes Saïdi

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